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6 mai 2026 à 19h02
Avec moins de deux cas par an pour 100 000 personnes, les chercheurs s’accordent à dire que les tumeurs cardiaques constituent des entités cliniques rares. « Les tumeurs cardiaques métastatiques seraient 100 fois plus fréquentes que les lésions primaires », appuie ainsi l’étude Primary Malignant Cardiac Tumors : A Rare Disease With an Adventurous Journey, publiée en mai 2020 dans le Journal of the American Heart Association.
Plus récemment, une équipe scientifique s’est demandé pour quelles raisons les cancers du cœur sont si rares, là où d’autres cancers sont bien plus fréquents – à l’instar du cancer du sein (61 214 nouveaux cas par an), de la prostate (59 885 nouveaux cas) ou du poumon (52 777 nouveaux cas), selon les chiffres 2025 de l’Institut national du cancer. Et ils semblent avoir trouvé la réponse.
Maladies, prévention, bien-être, innovations médicales… retrouvez chaque jour notre rendez-vous santé sur actu.fr.La « charge mécanique » du cœur en question
Une étude baptisée Mechanical load inhibits cancer growth in mouse and human hearts, publiée le 23 avril 2026 dans la revue spécialisée Science, donne une piste de réflexion concernant la rareté des cancers du cœur, qui représentent entre 0,0017 % à 0,028 % seulement de la totalité des cancers.
Selon les chercheurs ayant travaillé sur le sujet, ce développement si peu fréquent de métastases dans le cœur serait lié à sa « charge mécanique ».
Comprendre : les battements incessants de notre organe cardiaque, entretenus par la « forte vascularisation du myocarde », empêcheraient la multiplication des cellules cancéreuses.
Une expérience menée sur des souris
Cette piste, avancée depuis des années, a désormais été vérifiée par la récente étude parue dans Science, dirigée par la Pr Serena Zacchigna, spécialisée en biologie cardiovasculaire à l’université de Trieste, en Italie.
Pour cela, les scientifiques ont mené une expérience sur des souris, auxquelles ils ont implanté des cellules cancérigènes humaines. Une partie des rongeurs avait une activité cardiaque normale, l’autre non.
Ils ont également comparé des échantillons de tissus humains provenant de rares métastases cardiaques et des tumeurs extracardiaques correspondantes.
Étude « Mechanical load inhibits cancer growth in mouse and human hearts »
Revue « Science » du 23 avril 2026
Les conclusions sont sans appel : la croissance des tumeurs s’est stoppée chez les souris avec une charge mécanique accrue. En revanche, celles dont le cœur ne pompait pas correctement le sang ont vu les cellules cancéreuses l’envahir quasi totalement en deux semaines.
La Nesprin-2, protéine clé dans la lutte contre le cancer
Au cœur de cette régulation de la prolifération des cellules problématiques : la protéine Nesprin-2, « connue pour assurer la médiation de la mécano-transduction du cytoplasme vers le noyau ». C’est assez technique, alors retenons surtout que cette protéine est la clé du sujet.
La Nesprin-2 […] s’est révélée être une molécule clé capable de détecter les forces mécaniques agissant dans le cœur battant et de les traduire en une réduction de la prolifération cellulaire. L’inhibition de la Nesprin-2 dans des cellules cancéreuses pulmonaires avant leur implantation in vivo dans le cœur a restauré la capacité de ces cellules à proliférer en présence d’une charge mécanique physiologique, entraînant la formation de tumeurs volumineuses.
Étude « Mechanical load inhibits cancer growth in mouse and human hearts »
Revue « Science » du 23 avril 2026
« Au premier coup d’œil, on pourrait croire que les tumeurs ne peuvent tout simplement pas proliférer dans le cœur à cause du mouvement physique incessant qui les perturberait. Mais nous avons mis le doigt sur un processus biologique bien plus complexe », s’est réjouie la Pr Zacchigna.
Il ne s’agit pas juste d’un mouvement en soi, mais bien de la façon dont les cellules perçoivent ce mouvement et y répondent.
Pr Zacchigna
Spécialiste en biologie cardiovasculaire à l’université de Trieste
Et dès l’instant que l’action de la Nesprin-2 est suspendue, le développement des tumeurs repart de plus belle. L’objectif, désormais, est de mettre au point un dispositif médical reproduisant le mécanisme cardiaque pour lutter contre ce cancer (et les autres), dans la foulée.
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