Prendre un pas de recul
Ce constat ne signifie pas que tout va bien, croit Sarah Bonin. «Les participants ne consommaient pas, en moyenne, les portions recommandées de fruits et légumes. De plus, les outils utilisés mesuraient la fréquence et la variété, mais pas la quantité réelle d’aliments consommés. Une personne peut manger des légumes tous les jours, mais en portions insuffisantes», nuance-t-elle.
Si les résultats remettent en question certains raccourcis établis entre pauvreté alimentaire et mauvaises habitudes alimentaires, ils ne nient pas la vulnérabilité vécue par les personnes immigrantes en situation d’insécurité alimentaire.
«Nos résultats montrent plutôt que les solutions ne peuvent pas reposer uniquement sur des interventions individuelles, comme les ateliers de cuisine ou l’amélioration des compétences alimentaires», souligne la chercheuse aujourd’hui diplômée.
Cela dit, poursuit-elle, les programmes axés sur les compétences alimentaires, comme les cuisines collectives ou les jardins communautaires, ne sont pas inutiles pour autant. Ils peuvent répondre à d’autres besoins importants comme la socialisation, le maintien d’une bonne santé mentale ou le sentiment d’appartenance.
Revoir l’approche
Pour Sarah Bonin, considérer les compétences alimentaires comme une solution principale pour améliorer la qualité de l’alimentation est réducteur, puisque l’insécurité alimentaire est d’abord et avant tout un problème de revenu.
«Un autre levier souvent négligé concerne l’offre elle-même des programmes de dépannage alimentaire. Quelle est la qualité des aliments distribués? leur variété? Quelle est la place accordée aux fruits, aux légumes et aux aliments culturellement acceptables?» questionne-t-elle.
En fin de compte, les résultats de cette étude rappellent que l’insécurité alimentaire ne se résume pas à des choix individuels ou à un manque de connaissances. C’est un phénomène complexe, profondément ancré dans des contextes économiques, sociaux et structurels.