Le chanteur Frah du groupe Shaka Ponk a pris la mesure de la gravité de ses actes et de ses erreurs grâce au mouvement Me Too.
Dans une très longue vidéo, proche d’une confession, publiée le 8 juillet 2026 sur son compte Instagram, Frah – François Charon à l’état civil – fait son mea culpa sur son duo pour Palabra Mi Amor, d’il y a quinze ans avec le chanteur Bertrand Cantat. Le leader de Noir Désir, qui avait battu à mort sa compagne, Marie Trintignant, remontait sur scène après avoir purgé une peine de prison pour avoir causé le décès de l’actrice.
Quinze ans donc après cette collaboration sulfureuse avec l’ex-leader de Noir Désir, qui a pu provoquer et provoque encore « de l’incompréhension », « de la colère », « de la douleur », et peu de temps après que le groupe de rock électronique français Shaka Ponk a fait ses adieux à la scène, Frah reconnaît publiquement ses torts.
« C’était juste totalement débile de faire ce duo », dit-il, la voix un peu serrée. Puis, revenant sur le terme « débile », il se demande s’il est approprié et ajoute « du moins, c’était gravement déplacé ».
Pourquoi parler aujourd’hui, si longtemps après ? Frah s’en explique, soulignant qu’on les a « beaucoup dissuadés » de le faire. « Mais il y a un moment, se taire, ne pas en parler, c’est juste exactement ce qu’il ne faut pas faire », dit-il.
Evoquant des « regrets » et un « manque de lucidité », le chanteur de 54 ans assure que c’était « totalement déplacé et grave de faire cette collaboration ». Et il évoque les « proches de Marie Trintignant », « sa mémoire ». Mais Frah veut élargir la question, et sa responsabilité.
« C’est aussi déplacé par rapport à ce que subissent toutes les femmes depuis la nuit des temps », dit-il, mentionnant également « toutes les victimes de violences conjugales ». Il lâche le mot : « c’était indécent ». Et de mettre en cause « un manque de recul, de clairvoyance, d’intelligence et probablement aussi d’éducation ».
« Donc oui, on a fait de la merde et on le regrette sincèrement », affirme le chanteur face caméra, dans cette publication également partagée sur le compte officiel de Shaka Ponk et de l’autre artiste du groupe, la chanteuse Samaha Sam.
Pour sinon justifier mais expliquer le pourquoi de ce duo ancien, Frah parle de « la société très patriarcale » et « sourde ». Et d’avouer qu’il a fallu « qu’on fasse une grosse déconstruction par rapport à tout ça ».
Cette société était celle « dans laquelle la parole des femmes n’est pas prise en compte » et les violences physiques, conjugales et psychologiques étaient « terriblement minimisées », même s’il reconnaît que « tout n’est pas parfait aujourd’hui ».
Plus précisément, le soutien à Bernard Cantat, qui avait purgé une peine de prison avant d’être libéré et de remonter sur scène malgré le tollé, s’expliquerait par le rapport de Shaka Ponk à la prison. Frah met en avant « l’empathie, meilleur moyen de lutter contre la haine et la colère ».
Et le cinquantenaire évoque le « gamin très très fuck up », « mal barré », qu’il était et à qui on a tendu la main à l’adolescence. « Nos histoires personnelles nous ont mal orientés », excuse-t-il avant d’affirmer : « On s’est trompés de combat, on s’est trompés de chemin. Mais c’est impardonnable ».
« C’est trop grave d’avoir fait ça », dit-il à propos des coups portés par Bernard Cantat et de son absence d’aide à la blessée qui ont entraîné le coma puis la mort de l’actrice. « Evidemment que Cantat n’aurait jamais dû remonter sur scène. Et évidemment qu’on n’aurait jamais dû faire ce duo », insiste-t-il.
Frah explique que ce qui les a « éclairés », « fait sortir de cette léthargie cognitive », « c’est MeToo ». Il ajoute, lucide, « un peu tard malheureusement ».
Le repenti rend hommage aux femmes qui ont mis leur « carrière », leur « santé et même leur santé mentale en danger pour dénoncer un système médiatique, politique, global qui protège les prédateurs et banalise la violence ». La « révolution anthropologique » de MeToo a tout changé pour le groupe, avec ses messages qui s’adressent « à tous les hommes ».
Le « mec » qu’il est souligne l’importance de « cette parole féministe ». « C’est en grande partie grâce à MeToo que la réalité nous a explosé en plein visage. (…) MeToo, Balance ton porc, cela nous a beaucoup aidés à comprendre des choses… On avait fait partie du problème, de ce que l’on dénonce par ailleurs. On était du côté de ceux qui se taisent, de ceux qui tolèrent ou qui cautionnent de par leur silence ou par leurs actes », assume-t-il.
Reconnaissant qu’il est toujours plus « confortable d’être dans sa bulle et même ses privilèges, plutôt que de devoir se remettre en question et changer », Frah finit par espérer que les enfants d’aujourd’hui seront des hommes éclairés et responsables… « Ce que nous n’avons pas du tout été », conclut-il.