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Par précaution, mieux vaut éviter de se baigner dans une zone potentiellement contaminée en cas de blessure au niveau de la peau »
En Espagne, plusieurs plages ont été temporairement fermées, tandis qu’en août 2024, une baigneuse contaminée à Saint-Jean-de-Luz, dans les Pyrénées-Atlantiques, avait frôlé l’amputation.
Un phénomène saisonnier, amplifié par le climat
Pour Géraldine Laloux, maître de recherches FNRS et professeure de microbiologie à l’UCLouvain, il est important de distinguer les deux modes de contamination possibles. « La voie la plus fréquente, mais la moins grave, c’est l’ingestion de fruits de mer contaminés, typiquement des huîtres pas cuites. On développe alors une grosse gastro-entérite. C’est plus sérieux chez les personnes au système immunitaire affaibli ou souffrant de problèmes hépatiques : la bactérie peut alors passer dans le sang et provoquer une septicémie« , explique-t-elle.
La seconde voie, plus rare mais potentiellement bien plus grave, concerne la baignade en eau contaminée. « Il faut une quantité suffisamment importante de bactéries, et surtout une porte d’entrée : une blessure, une coupure. La bactérie peut alors provoquer une nécrose locale des tissus. C’est très rare, mais dans certains cas, une amputation s’avère nécessaire », précise la chercheuse.
Contrairement à ce que son actualité médiatique pourrait laisser penser, la présence de Vibrio dans les eaux côtières européennes n’a rien d’inédit. « Ce n’est pas un phénomène nouveau. La hausse des bactéries Vibrio dans les eaux côtières se fait de manière saisonnière : quand l’eau se réchauffe, les bactéries se développent davantage. Elles apprécient les eaux peu salées, notamment dans les zones côtières avec estuaires. C’est pour ça qu’on les observe surtout en été », détaille Géraldine Laloux.
Ce qui change, en revanche, c’est la fréquence et l’intensité de ces conditions favorables, sous l’effet du réchauffement climatique global. « Sur plusieurs zones du globe, dont les côtes européennes, Baltique, Méditerranée, Atlantique, on atteint plus vite et plus souvent les conditions propices à la prolifération de ces bactéries. Si ça se répète, on pourrait arriver à un dérèglement de l’écosystème marin, avec des conséquences pour l’aquaculture et les fruits de mer, qui deviendraient un vrai enjeu de santé publique s’ils sont consommés contaminés », prévient-elle.
Et la Belgique dans tout ça ?
Si la Méditerranée concentre l’attention médiatique, c’est paradoxalement ailleurs que se situent historiquement les cas les plus graves de Vibrio vulnificus. « En Méditerranée, ce n’est pas tant que ça. C’est davantage la mer Baltique, et la côte zélandaise, tout près du Danemark, qui sont concernées. Et ça arrive tout près de chez nous aussi : en mer du Nord et en Atlantique, il y a déjà eu des cas et on peut s’attendre à en voir sur nos côtes », souligne Géraldine Laloux.
La dynamique d’apparition peut être en effet plus précoce, ou en quantité plus importante, parce que les conditions environnementales favorables sont plus facilement réunies à cause du changement climatique. Autrement dit : le littoral belge, jusqu’ici relativement épargné, pourrait voir apparaître ce type de cas plus tôt dans la saison, et plus régulièrement, dans les années à venir.
Face à ce risque, les experts plaident pour la surveillance plutôt que la panique. « S’il y a une notification concernant un endroit de baignade à risque, des mesures sont prises pour informer les baigneurs. Par précaution, mieux vaut éviter de se baigner dans une zone potentiellement contaminée en cas de blessure au niveau de la peau. » Pour la population générale en bonne santé, pas question d’interdire la consommation d’huîtres, mais les personnes fragiles peuvent être invitées à s’en abstenir. Autre réflexe simple : prendre une douche à l’eau claire après une baignade en mer.
Pour Géraldine Laloux, le ‘Vibrio vulnificus’ n’est qu’un symptôme visible d’un phénomène bien plus large. Des études récentes s’intéressent à l’ensemble des communautés bactériennes présentes dans les sols et les milieux aquatiques, des indicateurs sensibles aux variations de température. « Les études sérieuses montrent que le réchauffement climatique a déjà eu, et aura durablement, un impact sur la composition microbienne des sols et des milieux aquatiques », souligne-t-elle.
Un impact dont les conséquences restent difficiles à anticiper. « Est-ce que c’est bien ou mal ? Ça dépend. Certaines espèces pourraient devenir majoritaires là où elles ne l’étaient pas. Comme tout est lié par la chaîne alimentaire, ça peut avoir des répercussions sur les organismes qui s’en nourrissent, et donc sur la biodiversité, la disponibilité en nutriments, la qualité de l’eau et des sols. C’est un effet boule de neige qui peut toucher le fonctionnement entier d’un écosystème », résume la microbiologiste.
Au fond, Vibrio n’est donc qu’un symptôme. Le vrai enjeu, c’est une mer dont l’équilibre se dérègle sous l’effet de la chaleur et de la pollution, un déséquilibre qui, année après année, se traduit par de nouveaux indicateurs de ce genre.