Contacté par La Libre, Maksim Beznosiuk confirme que la guerre est devenue « un moyen de survie » pour le président russe. « S’il s’arrête, la forteresse de son régime sera brisée. » Depuis plusieurs mois, les forces ukrainiennes multiplient les frappes à longue portée contre les infrastructures pétrolières et militaires russes. Une campagne qui produit des effets tangibles : les revenus énergétiques domestiques et l’approvisionnement en carburant reculent, tandis que la pression inflationniste s’intensifie en Russie.

« Pour Vladimir Poutine, négocier serait un véritable déshonneur »Une logique d’escalade, pas de négociation

Cette pression suffira-t-elle à contraindre Moscou à négocier avec Kiev ? « Non », répond Maksim Beznosiuk. « Un cessez-le-feu peut conduire à la chute de Vladimir Poutine« . Selon lui, affaiblir le Kremlin ne rapprochera pas d’une issue diplomatique, bien autre contraire. « Le mettre sous pression ne mènera pas à un chemin immédiat vers les négociations. Cela créera en fait la situation opposée. » Et d’insister: « Une Russie affaiblie ne signifie pas une Russie plus coopérative, mais plus hostile ».

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Mettre Vladimir Poutine sous pression ne mènera pas à un chemin immédiat vers les négociations. Cela créera la situation opposée.

La Russie sait qu’elle ne pourra pas « prendre militairement l’Ukraine », explique le chercheur. Elle change donc de cibles : ses forces « ciblent les civils » et cherchent à « paralyser complètement l’économie ukrainienne et y déclencher une instabilité sociale ». Une seule alternative est en réalité possible pour le Kremlin : l’escalade. « La Russie augmente sa production de missiles balistiques, jusqu’à cent par mois. Et elle intensifiera cet effort. »

« Zelensky n’est pas plus lucide que Vladimir Poutine, il est meilleur joueur de poker »Un régime prêt à encaisser les pertes

« Vladimir Poutine ne négociera pas, parce qu’il sait que la Russie peut supporter » cet effort, poursuit Maksim Beznosiuk. « La Russie peut, malheureusement, absorber les coûts. » Notamment parce que le régime durcit les répressions, en Russie comme dans les territoires ukrainiens occupés : interdiction des médias indépendants, exclusion du seul parti d’opposition des prochaines élections, fermeture de messageries comme Telegram, WhatsApp ou Viber…

Le Service fédéral de sécurité (FSB), l’agence russe de renseignement et de sécurité intérieure, a lui aussi vu ses prérogatives renforcées pour arrêter et emprisonner plus facilement. Quant au commandement de l’armée, il a été recomposé de fidèles à Vladimir Poutine, afin de prévenir tout risque de coup d’État. Autant de mesures destinées à démontrer que le président garde la main sur la situation : « Il doit montrer sa force ».

Embourbé dans la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine remanie le haut commandement russe et désigne un favoriUne guerre d’usure

Le constat dressé par le chercheur est sans appel : « ça devient une guerre d’épuisement, et aucune partie n’est prête à faire de compromis. » Dans cette impasse, l’Occident et l’Ukraine n’ont, selon lui, guère d’alternatives. « La seule option est de se battre et de soutenir l’Ukraine », car si Kiev cède du terrain, « la Russie continuera à envahir des oblasts [départements, NdlR] pour créer des territoires tampons en Europe entre elle et l’Otan. »

Maksim Beznosiuk met toutefois en garde contre une lecture trop étroite du conflit, purement centrée sur les infrastructures. « Il s’agit aussi d’une guerre hybride. La Russie utilise des moyens asymétriques pour déstabiliser l’Europe et saper le soutien militaire à l’Ukraine. Elle essaiera d’exploiter la vulnérabilité des infrastructures en Europe. C’est quelque chose que nous devrions surveiller de près. »

Reste une question : à quelles conditions Vladimir Poutine accepterait-il de négocier sérieusement ? « La seule chose qui peut le faire négocier sérieusement, c’est quand poursuivre la guerre deviendra plus dangereux pour son régime qu’accepter un compromis », conclut le chercheur. « C’est pourquoi l’Europe et l’Ukraine doivent continuer à exercer cette pression cumulative sur la Russie pour perturber son économie de guerre. »