La Belgique accueille la compétition pour la première fois, en binôme avec les Pays-Bas, laissant derrière elle son titre de “petite dernière” en tant que seule nation en lice à ne jamais l’avoir fait. “L’équipe belge joue à domicile devant son public”, regarde Serge Pilet. Le CEO de la Royal Belgian Hockey Association, la fédération nationale, soutient l’intérêt d’accueillir l’événement aux 10.000 spectateurs par jour.

“Avant tout, l’objectif est sportif. Les v et les Red Panthers – équipes nationales masculine et féminine – vont briller. Ensuite, c’est une très forte médiatisation de notre sport et une énorme opportunité pour le faire découvrir. On espère ensuite avoir des retombées dans les clubs”, argue Serge Pilet, n’excluant pas les intérêts économiques du secteur, grâce à la visibilité offerte aux sponsors. Sans nul doute, les acteurs associés à cette Coupe du monde seront gagnants. Mais dans leur ombre et dans celle du stade, certains se disent perdants. Le joueur des Red Lions, Victor Wegnez, s’excusait dimanche face caméra : « Avoir un stade rempli, on sait que ça fait un peu grincer des dents les riverains à Wavre, on s’en excuse… mais c’est que 15 jours. On doit être fiers ! »

Une Coupe du monde de hockey qui profite à tous ?

L’argent est le nerf de la guerre, et le nerf du sport aussi, à en croire les montants débloqués pour cette Coupe du monde. Plus de 10 millions d’euros alloués à l’organisation, en plus de 11 millions pour la modernisation et la transformation du stade, la Belfius Hockey Arena de Wavre. La première enveloppe a été portée par la Fédération internationale de hockey, qui a mandaté la société Galazo pour la réalisation du projet. La seconde a été financée pour moitié par la Région, et pour l’autre moitié par la commune, la province ou encore la loterie nationale. “La commune a aussi mis des moyens humains pour la partie opérationnelle depuis un an et demi, un coût difficile à chiffrer”, ajoute l’échevin.

Pour le CEO de la ligue, il s’agit bien “d’un risque, d’un challenge financier pris à la base sans savoir si public et sponsors seraient attirés.” Concrètement, le stade comptait 4 000 places fixes existantes, contre 10 000 aujourd’hui grâce à l’ajout de tribunes et d’espaces VIP, qui ne reflètent qu’une petite part des travaux réalisés. L’inauguration de l’infrastructure rénovée, le 1er avril dernier, n’a toutefois pas unanimement convaincu.

Thierry Wilmès, le président du RW Limal, le club de foot disposant de terrains avoisinant le stade de hockey, s’en souvient particulièrement. “Le 1er avril, on a fermé et annulé tous nos entraînements, car il n’y avait pas plus de stationnements et aucune navette mise en place pour permettre à nos adhérents de venir sans faire une randonnée.” Thierry Matagne, le gérant de club de tennis La Raquette, corrobore : “Ce n’est pas juste deux semaines de compétition. Depuis avril, entre la ProLeague et les journées tests, c’est compliqué de recevoir le public.” L’été dernier, les deux hommes faisaient part de leurs craintes dans les médias. “Depuis, c’est pire”, conclut l’indépendant, regrettant de “devoir défendre son gagne-pain devant la commune et les organisateurs” pour finir par être “abandonné”.

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Au cœur des réclamations, la question de la mobilité. “On a prévu des parkings de délestage en dehors avec des navettes, rassure l’échevin, confiant sur l’estimation reçue par la société Galazo considérant que 3 500 places seraient suffisantes pour 10 000 visiteurs journaliers. Ils ont l’habitude d’événements comme celui-ci, et ça s’est bien déroulé lors du test de la ProLeague.” Une réponse insatisfaisante pour les clubs alentour. “On peut rester ouverts mais on est enclavés. Il faut marcher 20 minutes pour arriver à nos portes, déplore Thierry Matagne, contraint d’annuler et de déplacer une partie de ses tournois aoûtiens. Ce mois, c’est 25 % de mon chiffre d’affaires. Rien que sur le premier tournoi, j’ai constaté une baisse de mes recettes de 18 % !”

Thierry Wilmès, lui, a dû déplacer les matchs prévus vers d’autres stades. “On ne va pas percevoir les recettes des entrées et de la cafétéria mais on devra quand même payer les arbitres.” Le président a également reporté la date de rentrée, du 20 août au 2 septembre. Il chiffre la perte économique à 10 000 euros, sans aucune compensation proposée. “La Belfius Arena est un Forest National installé à Wavre, sans que cela ne soit pour autant le bon endroit.”

Cette réalité pourrait concerner d’autres commerces de proximité du périmètre. Là encore, pour l’Horeca, Joëy Kumps ne prévoit aucun impact négatif malgré la présence de foodtrucks dans l’espace du stade. “Les prix sont exorbitants à l’intérieur, et on a autorisé la sortie libre du site jusqu’à 13 h. À l’Horeca de tirer son épingle du jeu.” L’échevin y voit plutôt une occasion en or, notamment pour les commerçants du centre-ville et les hôtels, grâce aux animations prévues. Et ce, malgré la suppression de dizaines de places, qui inquiétaient certains il y a quelques mois. “Les touristes vont aussi se promener et dépenser, les équipes ne jouant qu’un jour sur deux. Et puis, le hockey attire un public familial et sans déboire, qui ira probablement profiter du centre”, loue Serge Pilet, sans nier l’existence “de nuisances évidentes liées au bruit et à la mobilité”, conséquence d’un stade passé “de l’abandon aux feux des projecteurs”.

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Wavre est attendue pour tirer son palet du jeu, si aucun imprévu ne vient gâcher la fête, croisent les doigts les organisateurs. “Cette coupe du monde est un one shot, mais on fera tout pour continuer à amortir l’infrastructure après pour que la commune en profite à long terme”, anticipe Joey Kumps. “Au-delà du hockey, c’est une expérience qu’on ne revivra pas de sitôt en Belgique qui doit servir toute la Région”, complète le président de la ligue. Un stade qui aura indéniablement de l’avenir. “Y aura-t-il plus de matchs et de nuisances à gogo, étant donné que le stade d’Uccle ne sera pas construit ?”, s’interroge Thierry Wilmès, craignant définitivement pour la pérennité économique des activités annexes. Rien ne semble donc garantir qu’au coup de sifflet final, Wavre ressorte grande gagnante.

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