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Aujourd’hui, Mohamed se demande avec sa sœur si « tout s’est fait dans les règles » ? Il s’étonne « de ne toujours pas disposer d’une vision claire de ce qui a été demandé au décès de notre père, de ce qui a été reçu, transféré, clôturé et décidé en nos noms ».

« Derrière cette histoire ancienne, il y a les interrogations, toujours actuelles pour nous, d’une mère et de ses enfants. Qu’en a-t-il été des droits sociaux de notre père, de sa pension, des assurances, de l’héritage resté flou, de l’accident lui-même qui n’a jamais vraiment été expliqué et d’un silence familial qui a traversé plusieurs générations. Notre mère s’étant remariée, il y a aussi le rôle trouble du beau-père et de son frère intervenus tous deux dans les démarches administratives. Plusieurs éléments me poussent à m’interroger sur une possible captation des droits liés au parcours professionnel de papa, avec des montants qui auraient été orientés vers le Maroc pendant que maman et nous restions en précarité en Belgique ».

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C’est en France, donc, au retour de vacances, que l’accident a lieu sur la nationale 10, près de Bordeaux, le 28 juillet 1977. Leur père n’est pas tué sur le coup. Ahmed décède le 3 octobre, au bout de deux mois et demi de coma.

Son fils doit retrouver les rapports de police, les archives judiciaires, l’identité du conducteur, le ou les véhicules concernés, les circonstances et encore identifier les compagnies d’assurance impliquées et s’il y eut des suites pénales. Le dossier français existe-t-il encore ? Une assurance automobile ou une assurance-décès ont-elles indemnisé la famille ? Si oui, où est passé l’argent ? Même si le numérique n’existait pas, quinze ans d’activités professionnelles en Belgique ont forcément laissé des traces aux niveaux pension, droits sociaux, banques, employeurs et démarches entreprises après le décès. « Pour l’instant je cherche à identifier les employeurs successifs de papa et à établir précisément qui, dans la famille, a pris la responsabilité, à son décès, de clôturer ses droits ».

Rue de Russie Mohamed ouvre déjà les yeux sur un constat qui interpelle. « Disons les choses comme elles sont : à l’époque, on se fichait pas mal des Maghrébins tant que des Belges n’étaient pas concernés. C’est tout simple. On les laissait se débrouiller entre eux ».

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Au décès d’Ahmed B., une succession a-t-elle été ouverte au Maroc ? Dans l’affirmative, une branche familiale, celle du Rif, « n’a-t-elle pas mis plein les poches en investissant là-bas dans l’immobilier, des terres, les oliviers, des puits ».

Visiblement, leur mère n’était pas de taille. Et quand bien même, quel était alors le poids de la femme ? Tout se passait dans son dos. Sur qui pouvait-elle compter ?

C’est ce que Mohamed cherche à éclaircir. « En ce temps-là, combien de familles belgo-marocaines, rendues vulnérables par les aléas de la vie, n’ont-elles pas perdu des droits parce qu’aucune institution ne suivait réellement le dossier de bout en bout ? Combien de veuves, de personnes en situation de faiblesse, ont dépendu d’intermédiaires officieux, comme cela se pratiquait, qui ont profité de leur état ? Combien d’orphelins comme ma sœur et moi ont grandi sans savoir ce qui a été décidé en leurs noms ? « 

Ils habitaient à Saint-Gilles, rue de Russie. Mohamed ne lâche pas. En ce moment, il prépare des plaintes au Maroc et à Bruxelles. « C’est le combat de ma vie. Je le mène en mémoire de papa, pour ma famille ».

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