{"id":105778,"date":"2026-05-13T11:35:17","date_gmt":"2026-05-13T11:35:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/105778\/"},"modified":"2026-05-13T11:35:17","modified_gmt":"2026-05-13T11:35:17","slug":"coudre-pour-ne-pas-oublier-les-morts-du-sida-et-reparer-les-vivants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/105778\/","title":{"rendered":"Coudre pour ne pas oublier les morts du Sida et r\u00e9parer les vivants"},"content":{"rendered":"<p>Le 28 avril, au Palais de Tokyo, \u00e0 Paris \u2014 La vie l\u2019a vite priv\u00e9 de toute illusion ; mais le rire est rest\u00e9 comme pour mieux vivre sa s\u00e9ropositivit\u00e9. Yann l\u2019a apprise \u00e0 36 ans dans les ann\u00e9es 1990, lui qui \u00e9tait accro \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne dix ans plus t\u00f4t. M\u00eame d\u00e9cennie, autre nouvelle. Sa s\u0153ur d\u00e9c\u00e8de \u00e0 33 ans du sida apr\u00e8s l\u2019avoir contract\u00e9 lors d\u2019un rapport sexuel. Quelques ann\u00e9es plus tard, il perd sa belle-s\u0153ur \u00e2g\u00e9e de 35 ans.<\/p>\n<p>Alors aujourd\u2019hui, v\u00eatu d\u2019un sweat \u00e0 carreaux, Yann, 61 ans, coud, pique et confectionne des panneaux de tissus de la taille d\u2019une pierre tombale, pour inscrire et transmettre leurs histoires. Devant lui, il y a celui de Juliette Megue, sa belle-s\u0153ur. Il le r\u00e9alise lors des rendez-vous bimensuels au Palais de Tokyo organis\u00e9s par l\u2019association Les Ami\u00b7e\u00b7s du Patchwork des noms, dans laquelle il est investi depuis 2021 avec huit autres membres.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, sont accroch\u00e9s sur cette \u00e9toffe rouge des papillons bleus, des fleurs orange et les lettres de son pr\u00e9nom. Une fois termin\u00e9, il sera assembl\u00e9 \u00e0 sept autres carr\u00e9s \u2013 et tout autant de r\u00e9cits d\u2019hommes et de femmes emport\u00e9s par le virus \u2013 pour cr\u00e9er un patchwork. Une fa\u00e7on de se recueillir et d\u2019attirer l\u2019attention, car l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du VIH n\u2019est pas termin\u00e9e.\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Les membres de l\u2019association Les Ami\u00b7e\u00b7s du Patchwork rendent hommage aux morts du sida. \" class=\"img-responsive\" src=\"resize-en-une-2.jpg\" loading=\"lazy\"\/>Les membres de l\u2019association Les Ami\u00b7e\u00b7s du Patchwork rendent hommage aux morts du sida.<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline GauerUn hommage aux morts du sida<\/p>\n<p>Pour sa s\u0153ur, Yann voulait broder \u00ab\u00a0\u00e0 Nadia, ma s\u0153ur ch\u00e9rie\u00a0\u00bb, il y avait toujours pens\u00e9. Catherine, 80 ans, l\u2019a fait pour lui. Mais ce soir d\u2019avril, elle ne coud pas. Probl\u00e8me d\u2019yeux, dit-elle. Alors, elle regarde Loup, 34 ans, l\u2019un des douze participants pr\u00e9sents, s\u2019atteler \u00e0 coudre pour la premi\u00e8re fois des \u00e9toiles sur un panneau de velours rouge sur lequel on peut lire : \u00ab\u00a0Nathalie Roynette de Pantine 93\u00a0\u00bb. Plus loin, sous sa photo cousue : \u00ab\u00a01963-2024\u00a0\u00bb. Ce travail, lanc\u00e9 d\u00e9but 2025, est l\u2019une des quatre cr\u00e9ations en cours de l\u2019association. Il sera gard\u00e9 au Centre d\u2019archives LGBTQI+ ou d\u00e9ploy\u00e9 dans l\u2019espace public, comme en f\u00e9vrier <a href=\"https:\/\/www.capc-bordeaux.fr\/agenda\/rencontre-avec-les-amies-du-patchwork-des-noms\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00e0 Bordeaux.<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\" Loup, L\u00e9o et Catherine participent \u00e0 l\u2019atelier.\" class=\"img-responsive\" src=\"sans-titre-1440-x-1040-px-1-.jpg\" loading=\"lazy\"\/>Loup, L\u00e9o et Catherine participent \u00e0 l\u2019atelier.<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline GauerUne lutte toujours d\u2019actualit\u00e9<\/p>\n<p>Dans cette ambiance studieuse, o\u00f9 seul le bruit des lames du ciseau se d\u00e9marque, Catherine retrace son parcours. Elle, l\u2019ancienne cheffe de Division Sida \u2014 un organisme priv\u00e9 dont le but \u00e9tait de mettre en place des dispositifs de pr\u00e9vention \u2014 a connu les ann\u00e9es noires de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. \u00ab\u00a0Je ne pouvais ni gu\u00e9rir ni soigner, seulement consoler.\u00a0\u00bb S\u2019ils ont disparu, elle choisit de continuer la lutte. Une fois \u00e0 la retraite, elle s\u2019est engag\u00e9e dans des associations militantes comme Act Up ou Les Ami\u00b7e\u00b7s du Patchwork. Aujourd\u2019hui, les ateliers sont subventionn\u00e9s par les services fun\u00e9raires de la Mairie de Paris. \u00ab\u00a0L\u2019argent des morts finance les morts\u00a0\u00bb, souffle le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Mika\u00ebl Zenouda \u2014 ironique quand on sait que jusqu\u2019en 2018, en France, les d\u00e9funts s\u00e9ropositifs \u00e9taient priv\u00e9s de soins fun\u00e9raires.<\/p>\n<p>\u00c0 lire aussi : <a href=\"https:\/\/www.streetpress.com\/1698758435-vraie-vie-genevieve-maman-seropositive-vih-enfants\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">La vraie vie de Genevi\u00e8ve, maman s\u00e9ropositive<\/a><\/p>\n<p>Durant cette soir\u00e9e, Catherine \u00e9change avec Loup, gar\u00e7on discret, qu\u2019elle ne l\u00e2che pas. Cette ancienne m\u00e9decin n\u2019en est pas \u00e0 son coup d\u2019essai : \u00e0 un pr\u00e9c\u00e9dent atelier, elle a ramen\u00e9 un jeune homme rencontr\u00e9 quelques minutes plus t\u00f4t dans le bus. Raconter, transmettre, encore, et encore, pour ne pas oublier. En 2023, une <a href=\"https:\/\/www.ifop.com\/article\/les-jeunes-linformation-et-la-prevention-du-sida-6\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00e9tude<\/a> r\u00e9v\u00e9lait que 18 % des 15-24 ans estiment que la prise d\u2019un comprim\u00e9 de parac\u00e9tamol est efficace pour emp\u00eacher la transmission.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Catherine, 80 ans, est l\u2019ancienne cheffe de Division Sida.\" class=\"img-responsive\" src=\"resize-n%c2%b022.jpg\" loading=\"lazy\"\/>Catherine, 80 ans, est l\u2019ancienne cheffe de Division Sida.<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline Gauer<\/p>\n<p>\u00ab Si on s\u2019en fout du sida, pourquoi on fait encore des patchworks alors ?\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-elle de sa voix rocailleuse. L\u2019initiative a presque quarante ans. Elle d\u00e9barque en France d\u00e8s 1989, gr\u00e2ce \u00e0 quatre fondateurs qui se sont inspir\u00e9s d\u2019un projet lanc\u00e9 aux \u00c9tats-Unis. En effet, en 1985, \u00e0 San Francisco, les noms des morts \u00e9taient inscrits sur des pancartes lors de retraites aux flambeaux. Deux ans plus tard, des patchworks de tissus \u00e9taient d\u00e9ploy\u00e9s sur le sol du National Mall de Washington pour la premi\u00e8re fois sous l\u2019impulsion de l\u2019association Names Project AIDS Memorial Quilt.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\u00ab\u00a0Si on s\u2019en fout du sida, pourquoi on fait encore des patchworks alors\u00a0?\u00a0\u00bb \" class=\"img-responsive\" src=\"photo-n%c2%b029-resize.jpg\" loading=\"lazy\"\/>\u00ab\u00a0Si on s\u2019en fout du sida, pourquoi on fait encore des patchworks alors\u00a0?\u00a0\u00bb<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline GauerSensibiliser et lutter contre la d\u00e9sinformation<\/p>\n<p>Aur\u00e9lie, 29 ans, est venue \u00ab\u00a0pour entendre les t\u00e9moignages de ceux qui ont connu les ann\u00e9es noires du sida\u00a0\u00bb. Et pour ne pas oublier que des personnes vivant avec le VIH d\u00e9c\u00e8dent encore, non du sida, mais des comorbidit\u00e9s li\u00e9es au virus. Il y a environ 1.200 \u00e0 1.500 d\u00e9c\u00e8s par an en France. \u00c0 35 ans, Ir\u00e8ne voit \u00e9voluer le virus chez ses \u00ab\u00a0amis plus \u00e2g\u00e9s et s\u00e9ropositifs\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Participer \u00e0 ces ateliers est ma mani\u00e8re de leur rendre hommage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\" Ir\u00e8ne s\u2019occupe de r\u00e9parer les patchworks ab\u00eem\u00e9s. \" class=\"img-responsive\" src=\"sans-titre-1440-x-1040-px-.jpg\" loading=\"lazy\"\/>Ir\u00e8ne s\u2019occupe de r\u00e9parer les patchworks ab\u00eem\u00e9s.<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline Gauer<\/p>\n<p>Actuellement, \u00ab\u00a0entre 5.000 et 6.000 nouveaux cas sont d\u00e9couverts par an en France\u00a0\u00bb, rappelle l\u2019infectiologue et chercheuse \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Saint-Louis, Victoria Manda. Les premiers traitements sont arriv\u00e9s \u00e0 partir de 1986, puis l\u2019efficacit\u00e9 des trith\u00e9rapies (combinaison de trois m\u00e9dicaments) a permis, chez les personnes sous traitement, d\u2019obtenir une charge virale ind\u00e9tectable et donc un virus intransmissible. \u00ab\u00a0Il faut mettre en avant ces donn\u00e9es pour encourager le d\u00e9pistage\u00a0\u00bb, et la prise de la PrEP\u2014 une pr\u00e9vention m\u00e9dicamenteuse disponible depuis 2016 sous forme de comprim\u00e9s, ou injectable depuis mars.<\/p>\n<p>Ce soir, Ir\u00e8ne d\u00e9laisse l\u2019aiguille pour la colle. Elle r\u00e9pare l\u2019un des onze patchworks ab\u00eem\u00e9s par les conditions de stockage chez les uns et les autres au fil du temps. Sur un carr\u00e9 vert, con\u00e7u en 1994 \u00e0 Nancy, cette restauratrice d\u2019art recolle lettre par lettre une strophe des Cahiers de Douai, recueil de po\u00e8mes d\u2019Arthur Rimbaud. Point par point, Ir\u00e8ne et les autres entretiennent la m\u00e9moire des morts, allant jusqu\u2019\u00e0 f\u00eater leur anniversaire avec la lecture d\u2019un mot d\u2019un proche ou \u00e0 les faire exister lors de d\u00e9ploiements de patchworks, pour continuer la lutte contre le VIH.\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Entre 5.000 et 6.000 nouveaux cas de VIH sont d\u00e9couverts par an en France. \" class=\"img-responsive\" src=\"photo-n%c2%b019-resize.jpg\" loading=\"lazy\"\/>Entre 5.000 et 6.000 nouveaux cas de VIH sont d\u00e9couverts par an en France.<br \/>\n\/ Cr\u00e9dits\u202f: Pauline GauerNe manquez rien de StreetPress,<br \/>Abonnez-vous \u00e0 notre newsletter<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le 28 avril, au Palais de Tokyo, \u00e0 Paris \u2014 La vie l\u2019a vite priv\u00e9 de toute illusion&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":105779,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[82],"tags":[504,15733,11850,12,13,18,17,419,86,1119,12645,39008,943,39009,87,10881,4551],"class_list":{"0":"post-105778","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-sante","8":"tag-art","9":"tag-association","10":"tag-atelier","11":"tag-be","12":"tag-be-fr","13":"tag-belgique","14":"tag-belgium","15":"tag-culture","16":"tag-health","17":"tag-hommage","18":"tag-lutte","19":"tag-memoires","20":"tag-paris","21":"tag-patchwork","22":"tag-sante","23":"tag-sida","24":"tag-vih"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@be_fr\/116567063209013623","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/105778","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=105778"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/105778\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/105779"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=105778"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=105778"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=105778"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}