{"id":117879,"date":"2026-05-25T02:12:25","date_gmt":"2026-05-25T02:12:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/117879\/"},"modified":"2026-05-25T02:12:25","modified_gmt":"2026-05-25T02:12:25","slug":"je-ne-pense-pas-quil-y-ait-une-maniere-genree-de-faire-du-design-visite-a-paris-dans-latelier-de-julie-richoz-designer-a-la-rigueur-discrete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/117879\/","title":{"rendered":"\u00abJe ne pense pas qu\u2019il y ait une mani\u00e8re genr\u00e9e de faire du design\u00bb: visite \u00e0 Paris dans l\u2019atelier de Julie Richoz, designer \u00e0 la rigueur discr\u00e8te"},"content":{"rendered":"<p>Vitrines masqu\u00e9es. Pas de plaque, aucun nom. Nul ne peut r\u00e9aliser, en passant dans cette rue populaire du XXe arrondissement de Paris, que derri\u00e8re cette porte grise se niche l\u2019atelier d\u2019une designer multir\u00e9compens\u00e9e. En une dizaine d\u2019ann\u00e9es, Julie Richoz, 35\u00a0ans, a collabor\u00e9 avec une flop\u00e9e de marques de renomm\u00e9e internationale \u2013 de Vitra \u00e0 La Manufacture Cogolin, en passant par Hay et Alki. Elle a gagn\u00e9 deux fois les Swiss Design Awards et remport\u00e9, en 2023, le Grand Prix de cr\u00e9ation de la ville de Paris. Mais la Franco-Suisse garde les pieds sur terre, chaussures de trail sur le sol b\u00e9tonn\u00e9 de son atelier aussi sobre que sa devanture, meubl\u00e9 d\u2019\u00e9tag\u00e8res m\u00e9talliques et de tabourets Ikea. Tout au fond, une \u00e9chelle tr\u00f4ne dans la deuxi\u00e8me partie de son studio, enti\u00e8rement vide, qu\u2019elle utilise parfois comme lieu d\u2019accrochage. Au quotidien, le bureau est occup\u00e9 seulement par elle et son conjoint Joschua Brunn, ancien collaborateur des fr\u00e8res Bouroullec, ponctuellement \u00e9paul\u00e9s par deux assistantes lorsque le rythme s\u2019intensifie. \u00abEt \u00e7a restera comme \u00e7a\u00bb, assure-t-elle, peu encline \u00e0 agrandir son \u00e9quipe ou \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer plus que de raison.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, on remarque sa personnalit\u00e9 discr\u00e8te, timide. Sa voix douce et calme s\u2019accorde avec son visage paisible, et impose de se caler sur son rythme, d\u2019\u00e9couter les silences, les h\u00e9sitations. Par moments, le ton se densifie, la voix gagne en assurance: c\u2019est quand elle rentre dans les d\u00e9tails de ses projets, les joies de son m\u00e9tier. \u00ab\u00c7a touche \u00e0 plein de domaines, c\u2019est vari\u00e9, et aussi tr\u00e8s ancr\u00e9 dans la vie\u00bb, se r\u00e9jouit-elle, reconnaissante de pouvoir voyager\u00a0gr\u00e2ce au design \u2013 r\u00e9cemment en Bulgarie pour une conf\u00e9rence \u2013, de jouer avec la mati\u00e8re, d\u2019enseigner aussi. Depuis huit ans, elle accompagne les \u00e9tudiants en bachelor design industriel de l\u2019Ecole cantonale d\u2019art de Lausanne (ECAL), l\u00e0 o\u00f9 tout a d\u00e9but\u00e9 pour elle. L\u00e0 o\u00f9, \u00e0 20\u00a0ans seulement, en deuxi\u00e8me ann\u00e9e d\u2019\u00e9tudes, l\u2019une de ses cr\u00e9ations \u00e9tait \u00e9dit\u00e9e par la marque italienne Alessi. Une r\u00e9ussite pr\u00e9coce qui marque le d\u00e9but d\u2019une trajectoire fluide, d\u2019une ascension \u00e9clair et sans emb\u00fbche.<\/p>\n<p>  <a class=\"glightbox\" href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/placeholder.png\" data-type=\"image\" data-description=\"Une maquette de la chaise \u00abBibolina\u00bb pour la marque Alki. \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" data- rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p>      <img decoding=\"async\" class=\"lazy\" title=\"Une maquette de la chaise \u00abBibolina\u00bb pour la marque Alki. \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" alt=\"Une maquette de la chaise \u00abBibolina\u00bb pour la marque Alki. \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/large.jpeg\"\/><\/p>\n<p>  <\/a><br \/>\n  Une maquette de la chaise \u00abBibolina\u00bb pour la marque Alki. \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T<\/p>\n<p>L\u2019art de la discr\u00e9tion<\/p>\n<p>Pourtant, quelque chose d\u00e9joue les attentes. On ne peut pas vraiment dire qu\u2019il existe un style propre \u00e0 Julie Richoz, une \u00e9criture reconnaissable au premier coup d\u2019\u0153il. Ou de pi\u00e8ce iconique, de best-seller connu du grand public. Ses objets se distinguent au contraire par leur retenue: des formes simples et \u00e9pur\u00e9es, des lignes nettes, sans fantaisie, comme d\u00e9gageant un chic silencieux. A l\u2019heure o\u00f9 dominent les signatures affirm\u00e9es et les gestes spectaculaires, cette discr\u00e9tion intrigue.<\/p>\n<p>Pour percer \u00e0 jour le succ\u00e8s de sa pratique, il faut retracer les \u00e9tapes de son parcours. N\u00e9e en 1990 \u00e0 Yverdon-les-Bains, elle passe ses cinq premi\u00e8res ann\u00e9es en Suisse avant de d\u00e9m\u00e9nager en France, \u00e0 Evian, puis dans plusieurs villes de l\u2019Hexagone. Apr\u00e8s un bac arts appliqu\u00e9s obtenu \u00e0 Angoul\u00eame, elle suit les conseils de son oncle qui lui propose d\u2019\u00e9tudier \u00e0 l\u2019ECAL. C\u2019est l\u2019occasion de retourner sur sa terre natale, o\u00f9 vit encore une partie de sa famille maternelle \u2013 y compris son grand-p\u00e8re, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un atelier d\u2019\u00e9b\u00e9nisterie dans lequel elle aimait, enfant, bricoler avec les chutes de bois. A l\u2019ECAL, ses dessins sont aussit\u00f4t remarqu\u00e9s par son professeur de design industriel Elric Petit, cofondateur du studio Big-Game avec Augustin Scott de Martinville et Gr\u00e9goire Jeanmonod: \u00abDans ses carnets, on trouvait des silhouettes d\u2019objets accompagn\u00e9es de d\u00e9tails de construction qu\u2019elle avait trac\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de marqueurs ultra-fins. Je me disais que si elle parvenait \u00e0 transcrire cette sensibilit\u00e9 en objets fonctionnels, ce serait gagn\u00e9 pour elle.\u00bb<\/p>\n<p>Lire aussi: <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/culture\/big-game-signe-un-nouveau-canape-modulaire-aux-couleurs-pop?srsltid=AfmBOorsrVQGULHOFsiAJ1_TxAzQ2IiQc2E9VlkdplbxuyrmB_hGpMs9\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Big-Game signe un nouveau canap\u00e9 modulaire aux couleurs pop<\/a><\/p>\n<p>En 2012, l\u2019ann\u00e9e du dipl\u00f4me, c\u2019est la cons\u00e9cration. Avec une s\u00e9rie de r\u00e9cipients compos\u00e9s de fines lamelles d\u2019acier d\u00e9coup\u00e9es puis cousues manuellement, elle remporte le Grand Prix Design Parade \u00e0 la Villa Noailles, \u00e0 Hy\u00e8res. Et pl\u00e9thore d\u2019opportunit\u00e9s: des r\u00e9sidences, un projet financ\u00e9 par l\u2019influente Galerie kreo, \u00e0 Paris, ainsi qu\u2019une ribambelle d\u2019expositions. Au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille (Cirva), elle con\u00e7oit des \u00abvases oreilles\u00bb qui attirent l\u2019attention. A premi\u00e8re vue, ce sont de simples pi\u00e8ces assembl\u00e9es, mais il faut s\u2019en rapprocher pour admirer les parties greff\u00e9es, dot\u00e9es de tranches multicolores. \u00abJ\u2019avais \u00e9tabli un parall\u00e8le avec le bois contreplaqu\u00e9, je voulais superposer des couches de verre et les mettre en forme.\u00bb Une prouesse technique.<\/p>\n<p>Maturit\u00e9 et d\u00e9termination<\/p>\n<p>Comme dans la plupart des success-stories de designers, il lui faudra faire ses armes\u00a0dans un studio de renom: ce sera celui de Pierre Charpin, son enseignant \u00e0 l\u2019ECAL, qui avait d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 \u00abson calme, sa sensibilit\u00e9\u00bb. Aux c\u00f4t\u00e9s de ce cr\u00e9ateur aussi plasticien et sc\u00e9nographe, elle exp\u00e9rimente pendant trois ans le quotidien d\u2019un atelier intimiste dont elle copiera le mod\u00e8le. Elle y apprend les rouages du m\u00e9tier, d\u00e9j\u00e0 s\u00fbre de sa voie. \u00abM\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9cole, Julie savait ce qu\u2019elle voulait. La direction qu\u2019elle entendait donner \u00e0 son travail, \u00e0 l\u2019\u00e9criture de ses projets. Ce n\u2019est pas quelqu\u2019un qui se perd. Elle est claire dans sa t\u00eate\u00bb, confie son mentor. Maturit\u00e9 et d\u00e9termination: des traits de caract\u00e8re essentiels pour percer t\u00f4t.<\/p>\n<p>En 2015, elle d\u00e9cide de se consacrer pleinement \u00e0 son studio, signant des tapis inspir\u00e9s de motifs berb\u00e8res\u00a0pour La Manufacture Cogolin, du mobilier d\u2019ext\u00e9rieur pour Tectona, des suspensions architecturales pour Louis Poulsen et m\u00eame des accessoires de d\u00e9coration pour Louis Vuitton. En m\u00eame temps, les lignes bougent enfin pour les femmes dans le milieu. \u00abJ\u2019ai v\u00e9cu le moment o\u00f9 il y a eu une prise de conscience. Parfois, des \u00e9diteurs m\u2019appelaient en me disant qu\u2019ils n\u2019avaient que des collaborateurs masculins et qu\u2019ils voulaient changer cela.\u00bb<\/p>\n<p>Invit\u00e9e \u00e0 la prestigieuse r\u00e9sidence Casa Wabi au Mexique, Julie Richoz travaille avec des communaut\u00e9s locales sur des paravents en tressage de palme, puis avec le fabricant de verre Nouvel Studio sur des vases color\u00e9s, \u00e0 nouveau; bousculant les processus de fabrication, \u00e0 nouveau. Au centre de ces gigantesques r\u00e9cipients ovales souffl\u00e9s se glisse une pi\u00e8ce de verre circulaire ajout\u00e9e \u00e0 chaud. Les artisans doivent ma\u00eetriser l\u2019emplacement, tenter de garder le cercle parfait, mais la difficult\u00e9 cr\u00e9e des distorsions, des tensions.<\/p>\n<p>Lire aussi: <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/societe\/styles\/bienvenue-casa-wabi-idyllique-refuge-dartistes-designers-suisses?srsltid=AfmBOorCsOyJC5H_gbfrzybuykmGs6zx806caFGhIEz7ijhmi8TtoS8h\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Bienvenue \u00e0 Casa Wabi, idyllique refuge d\u2019artistes\u2026 et de designers suisses<\/a><\/p>\n<p>\u00abSes objets paraissent simples mais en r\u00e9alit\u00e9 ils sont d\u2019une grande complexit\u00e9. Ils incarnent une sophistication dans la manufacture\u00bb, r\u00e9sume Francisco Torres, directeur artistique de Nouvel Studio. Faire croire \u00e0 une \u00e9vidence formelle, une simplicit\u00e9 du geste, n\u2019est-ce pas l\u00e0 l\u2019empreinte des cr\u00e9ateurs de haut vol? Sa m\u00e9thode\u00a0consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 transformer la mati\u00e8re, \u00e0 jouer d\u2019assemblages inattendus. Elle \u00e9voque alors son projet de tapis bicolores pour la marque espagnole Nanimarquina: \u00abC\u2019\u00e9tait un d\u00e9fi de teinter d\u2019aussi grandes surfaces d\u00e9j\u00e0 tiss\u00e9es, il fallait des installations sp\u00e9cifiques dans l\u2019atelier. Mais ils l\u2019ont relev\u00e9, c\u2019est m\u00eame probablement ce qui les a motiv\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>En examinant et en questionnant les \u00e9tapes de production, elle cherche \u00e0 offrir aux fabricants \u2013 industriels comme artisans \u2013 l\u2019occasion de d\u00e9ployer l\u2019\u00e9tendue de leurs savoir-faire.\u00a0De les amener \u00e0 se d\u00e9passer. Cette forme d\u2019humilit\u00e9 la place \u00e0 distance des designers stars, de ces ensembliers qui imposent leur griffe dans chaque recoin d\u2019un int\u00e9rieur, jusqu\u2019\u00e0 signer au verso des objets. \u00abJe n\u2019essaie pas de coller \u00e0 un style. La tendance me fait peur. J\u2019essaie simplement de faire de bons objets avec lesquels on aurait du plaisir \u00e0 vivre, des pi\u00e8ces bien fabriqu\u00e9es qui viennent avec un h\u00e9ritage culturel. Des objets intemporels? Peut-\u00eatre, mais avec le mot \u00abintemporel\u00bb on pense souvent \u00abminimalisme\u00bb. Ce n\u2019est pas ce que je recherche.\u00bb Loin d\u2019elle l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9pouillement \u00e0 l\u2019extr\u00eame et d\u2019une palette restreinte aux teintes naturelles. Il ne faudrait pas lui enlever cette part expressive et color\u00e9e qui fait sa renomm\u00e9e. L\u2019h\u00e9ritage, probablement, de sa double nationalit\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 \u00abd\u00e9coratif d\u00e9complex\u00e9\u00bb hexagonal venant contrebalancer sa rigueur helv\u00e9tique.<\/p>\n<p>  <a class=\"glightbox\" href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/placeholder.png\" data-type=\"image\" data-description=\"Comme un mantra, Julie Richoz r\u00e9p\u00e8te: \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019objet puisse \u00eatre un support pour exp\u00e9rimenter la couleur.\u00bb \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" data- rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p>      <img decoding=\"async\" class=\"lazy\" title=\"Comme un mantra, Julie Richoz r\u00e9p\u00e8te: \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019objet puisse \u00eatre un support pour exp\u00e9rimenter la couleur.\u00bb \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" alt=\"Comme un mantra, Julie Richoz r\u00e9p\u00e8te: \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019objet puisse \u00eatre un support pour exp\u00e9rimenter la couleur.\u00bb \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1779675145_61_large.jpeg\"\/><\/p>\n<p>  <\/a><br \/>\n  Comme un mantra, Julie Richoz r\u00e9p\u00e8te: \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019objet puisse \u00eatre un support pour exp\u00e9rimenter la couleur.\u00bb \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, comme un mantra, elle r\u00e9p\u00e8te: \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019objet puisse \u00eatre un support pour exp\u00e9rimenter la couleur.\u00bb Et illustre son propos en tirant un grand rideau derri\u00e8re lequel se niche l\u2019un de ses miroirs dessin\u00e9s pour Vitra. Encadr\u00e9 de bois peints, le Colour Frame Mirror illumine l\u2019atelier domin\u00e9 par les tons gris, fruit de multiples combinaisons pour trouver \u00abdes teintes ni trop tendance ni dans l\u2019air du temps\u00bb mais classiques et durables. \u00abC\u2019est un objet \u00e0 la fois pr\u00e9cis et expressif \u2013 dot\u00e9 d\u2019une identit\u00e9 forte mais capable de s\u2019adapter \u00e0 divers contextes. Il a suscit\u00e9 beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat, tant de la part de la communaut\u00e9 du design que d\u2019un public plus large. Les professionnels ont particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre entre rigueur conceptuelle et fonctionnalit\u00e9\u00bb, se targue Christian Grosen, Chief Design Officer de la c\u00e9l\u00e8bre marque suisse.<\/p>\n<p>Des st\u00e9r\u00e9otypes tenaces<\/p>\n<p>En interrogeant ses pairs, les m\u00eames mots reviennent sur son travail: rigueur, engagement sans faille, intelligence du dessin, sensibilit\u00e9. \u00abC\u2019est quelqu\u2019un qui est compl\u00e8tement dans son histoire. Elle vit par le design\u00bb, estime Didier Krzentowski, fondateur de la Galerie kreo. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9dition de la lampe Dyade en 2013, il pr\u00e9sente en 2022 l\u2019\u00e9chelle qu\u2019elle imagine pour une chambre de r\u00e9sidence d\u2019artistes: un simple rectangle ajour\u00e9 de cercles, \u00abqui est comme un r\u00eave\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Pour la galerie parisienne sign\u00e9, des lampes habill\u00e9es de textiles tendus voient aussi le jour, en fant\u00f4mes tamisant l\u2019espace.<\/p>\n<p>Lire aussi: <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/culture\/arts\/didier-krzentowski-galeriste-de-design-avant-de-creer-un-objet-il-faut-me-raconter-une-histoire?srsltid=AfmBOoqRWs3jpRRtow_AEBR4ceUlH-ppCgeDWqQzyX27nFCJsh9Brsef\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Didier Krzentowski, galeriste de design: \u00abAvant de cr\u00e9er un objet, il faut me raconter une histoire\u00bb<\/a><\/p>\n<p>Autant de silhouettes qui prouvent une d\u00e9licatesse dans le dessin, que la cr\u00e9atrice tient syst\u00e9matiquement \u00e0 insuffler \u00e0 ses commandes de produits industriels, de ce serre-livres sculptural pesant 3\u00a0kg d\u2019acier, inspir\u00e9 des poids qui maintiennent les portes de son studio (pour Nedre Foss), \u00e0 ce portemanteau en forme de feuille de ginkgo (pour E\u00a0&amp; Y), en passant par ses projets de mobilier, aujourd\u2019hui encore difficiles \u00e0 d\u00e9crocher. \u00abOn fait peut-\u00eatre moins appel \u00e0 moi pour des choses techniques. Les st\u00e9r\u00e9otypes restent.\u00bb Aux grandes pi\u00e8ces de types bureaux ou canap\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement confi\u00e9es aux hommes, on lui pr\u00e9f\u00e8re les vases, les textiles, les accessoires. \u00abPourtant, je ne pense pas qu\u2019il y ait une mani\u00e8re genr\u00e9e de faire du design, glisse-t-elle, avant de nuancer.\u00a0Les femmes sont peut-\u00eatre plus empathiques, plus compr\u00e9hensives.\u00bb<\/p>\n<p>  <a class=\"glightbox\" href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/placeholder.png\" data-type=\"image\" data-description=\"Divers objets dessin\u00e9s par Julie Richoz: \u00abIsla\u00bb, un vase pour Nouvel Studio; \u00abLaguz\u00bb, des poids domestiques pour Nedre Foss; \u00abColour Frame Mirrors\u00bb, un miroir pour Vitra.\u00a0 \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" data- rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p>      <img decoding=\"async\" class=\"lazy\" title=\"Divers objets dessin\u00e9s par Julie Richoz: \u00abIsla\u00bb, un vase pour Nouvel Studio; \u00abLaguz\u00bb, des poids domestiques pour Nedre Foss; \u00abColour Frame Mirrors\u00bb, un miroir pour Vitra.\u00a0 \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" alt=\"Divers objets dessin\u00e9s par Julie Richoz: \u00abIsla\u00bb, un vase pour Nouvel Studio; \u00abLaguz\u00bb, des poids domestiques pour Nedre Foss; \u00abColour Frame Mirrors\u00bb, un miroir pour Vitra.\u00a0 \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1779675145_108_large.jpeg\"\/><\/p>\n<p>  <\/a><br \/>\n  Divers objets dessin\u00e9s par Julie Richoz: \u00abIsla\u00bb, un vase pour Nouvel Studio; \u00abLaguz\u00bb, des poids domestiques pour Nedre Foss; \u00abColour Frame Mirrors\u00bb, un miroir pour Vitra.\u00a0 \u2014 \u00a9 Marion Berrin pour le magazine T<\/p>\n<p>Et de ne citer que des cr\u00e9atrices, \u00e0 commencer par la papesse du design, Charlotte Perriand, pass\u00e9e par l\u2019atelier de Le Corbusier \u2013 \u00e0 l\u2019origine des grandes ic\u00f4nes d\u2019apr\u00e8s-guerre. \u00abAvec elle c\u2019est g\u00e9n\u00e9reux, chaleureux.\u00bb L\u2019Irlandaise Eileen Gray aussi, pionni\u00e8re du modernisme dont elle vient de visiter la villa m\u00e9diterran\u00e9enne et Anni Albers, g\u00e9niale cr\u00e9atrice textile issue du Bauhaus. Toute une g\u00e9n\u00e9alogie f\u00e9minine du design moderne, reli\u00e9e par diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s, une m\u00eame exigence et une certaine productivit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce domaine, Richoz fait d\u2019ailleurs preuve d\u2019une redoutable efficacit\u00e9, jonglant avec une dizaine de projets \u00e0 la fois m\u00eame si elle fait \u00aben sorte que \u00e7a se calme\u00bb ces derniers temps, car elle attend un enfant. \u00abElle avance pas \u00e0 pas. Son parcours est r\u00e9fl\u00e9chi, progressif, solide. Cette rigueur appliqu\u00e9e partout, c\u2019est rare aujourd\u2019hui\u00bb, souligne Alexis Georgacopoulos, designer et directeur de l\u2019ECAL. Sur Instagram, m\u00eame ligne de conduite: la cr\u00e9atrice compte des milliers d\u2019abonn\u00e9s mais poste peu et sans teasing. Son attitude d\u00e9finit une autre mani\u00e8re d\u2019exister dans le paysage du design. \u00abElle ne c\u00e8de pas aux potentielles envies de faire de la com. Si elle ne per\u00e7oit pas le sens des choses, c\u2019est un no go\u00bb, compl\u00e8te-t-il, peu convaincu, d\u2019ailleurs, que l\u2019envie soit vraiment pr\u00e9sente. S\u00fbrement que pour cette nature r\u00e9serv\u00e9e, communiquer tient plus du fardeau que du r\u00e9flexe. L\u2019important ce sont les objets, qu\u2019elle consid\u00e8re comme ses meilleurs \u00abambassadeurs\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vitrines masqu\u00e9es. Pas de plaque, aucun nom. 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