{"id":126097,"date":"2026-06-01T10:44:08","date_gmt":"2026-06-01T10:44:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/126097\/"},"modified":"2026-06-01T10:44:08","modified_gmt":"2026-06-01T10:44:08","slug":"le-syndrome-des-ovaires-polykystiques-qui-touche-plus-de-10-de-femmes-change-de-nom-voici-pourquoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/126097\/","title":{"rendered":"Le syndrome des ovaires polykystiques qui touche plus de 10% de femmes change de nom, voici pourquoi"},"content":{"rendered":"<p>Depuis plus de vingt ans, j\u2019\u00e9tudie une <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/maladies\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">maladie<\/a> qui touche environ <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/108\/10\/2447\/7242360\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">10 \u00e0 13\u00a0% des femmes<\/a>. Cette pathologie entra\u00eene des sympt\u00f4mes complexes et vari\u00e9s, tels que des r\u00e8gles irr\u00e9guli\u00e8res, une pilosit\u00e9 excessive, une prise de poids, de l\u2019acn\u00e9 et des difficult\u00e9s \u00e0 tomber enceinte. Jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques jours, j\u2019appelais cela le syndrome des ovaires polykystiques ou SOPK. Mais d\u00e9sormais, tout comme mes coll\u00e8gues, les <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/medecins\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">m\u00e9decins<\/a> et les patientes, je l\u2019appellerai diff\u00e9remment et utiliserai le terme\u00a0: syndrome ovarien m\u00e9tabolique polyendocrinien ou SMOP.<\/p>\n<p>        Un changement important<\/p>\n<p>Ce changement de nom a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 dans un document de consensus qui vient d\u2019\u00eatre publi\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(26)00717-8\/fulltext\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> The Lancet<\/a> . Il est le r\u00e9sultat d\u2019un processus qui a dur\u00e9 plus de dix ans, qui a mobilis\u00e9 plus de 22\u00a0000\u00a0personnes sur six continents et qui a r\u00e9uni 56\u00a0patientes et organisations professionnelles. Certains lecteurs verront \u00ab\u00a0SMOP\u00a0\u00bb et se demanderont pourquoi les scientifiques ont consacr\u00e9 tant d\u2019efforts \u00e0 modifier seulement trois lettres. En tant que chercheuse ayant particip\u00e9 \u00e0 ces travaux, je tiens \u00e0 expliquer pourquoi ce petit changement est, en r\u00e9alit\u00e9, un changement tr\u00e8s important \u2013 et pourquoi nous esp\u00e9rons qu\u2019il permettra d\u2019am\u00e9liorer la prise en charge des patients.<\/p>\n<p>Lire aussi\u00a0:  <a href=\"https:\/\/www.ouest-france.fr\/sante\/syndrome-des-ovaires-polykystiques-dix-reponses-dune-gynecologue-a-vos-questions-f9d66b06-544e-11f1-a8af-559ef5894fc2\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Syndrome des ovaires polykystiques\u00a0: dix r\u00e9ponses d\u2019une gyn\u00e9cologue \u00e0 vos questions<\/a><\/p>\n<p>        Un nom qui ne convenait pas<\/p>\n<p>L\u2019ancien nom \u00e9tait le fruit d\u2019un hasard de l\u2019histoire. Les m\u00e9decins <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/36959968\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">qui ont \u00e9tudi\u00e9 cette affection pour la premi\u00e8re fois<\/a> ont examin\u00e9 les ovaires touch\u00e9s au microscope \u2013 puis plus tard par \u00e9chographie. Ils ont observ\u00e9 des grappes de petits sacs remplis de liquide qu\u2019ils ont <a href=\"https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamainternalmedicine\/fullarticle\/2848540\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">pris pour des kystes<\/a>. C\u2019est ainsi que le terme \u00ab\u00a0polykystique\u00a0\u00bb s\u2019est impos\u00e9. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ces structures ne sont <a href=\"https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamainternalmedicine\/fullarticle\/2848540\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">pas des kystes<\/a>. Il s\u2019agit de follicules ovariens immatures dont le d\u00e9veloppement s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 un stade pr\u00e9coce. Il est important de noter que de nombreuses personnes chez qui on a diagnostiqu\u00e9 un SOPK\u00a0(d\u00e9sormais appel\u00e9 SMOP) ne pr\u00e9sentent m\u00eame pas ces anomalies au niveau des ovaires.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0SOPK\u00a0\u00bb attirait l\u2019attention sur une partie du corps qui, pour de nombreuses patientes, est le moindre de leurs soucis. Il laissait en outre entendre que cette affection relevait exclusivement de la gyn\u00e9cologie. En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019un trouble hormonal et m\u00e9tabolique complexe qui commence t\u00f4t et dure toute la vie. Des d\u00e9cennies de recherche, notamment les travaux men\u00e9s dans mon laboratoire au Karolinska Institutet \u00e0 Stockhom\u00a0(Su\u00e8de), ont montr\u00e9 que cette affection implique une <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41572-024-00511-3\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">s\u00e9rie de perturbations interd\u00e9pendantes<\/a>.<\/p>\n<p>Les taux d\u2019hormones m\u00e2les\u00a0(androg\u00e8nes) sont souvent \u00e9lev\u00e9s chez les personnes atteintes de cette affection. La communication entre le cerveau et les ovaires est perturb\u00e9e. La r\u00e9ponse de l\u2019organisme \u00e0 l\u2019insuline est \u00e9galement alt\u00e9r\u00e9e, ce qui explique pourquoi les personnes atteintes de cette maladie pr\u00e9sentent des<a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/humrep\/article\/39\/8\/1823\/7690821?login=false\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"> taux plus \u00e9lev\u00e9s de diab\u00e8te de type 2<\/a>, d\u2019ob\u00e9sit\u00e9, de st\u00e9atose h\u00e9patique et<a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/ejendo\/article\/194\/1\/58\/8404129?login=false\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"> de maladies cardiovasculaires<\/a>. Il existe \u00e9galement un <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/110\/3\/e750\/7645063?login=false\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">risque accru de d\u00e9pression, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9<\/a>, d\u2019apn\u00e9e du sommeil et de cancer de l\u2019endom\u00e8tre.<\/p>\n<p>        Plus de 14\u00a0000\u00a0personnes interrog\u00e9es<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, cette nouvelle d\u00e9nomination comporte trois parties\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; le terme \u00ab\u00a0polyendocrinien\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence aux multiples syst\u00e8mes hormonaux impliqu\u00e9s\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; le terme \u00ab\u00a0m\u00e9tabolique\u00a0\u00bb souligne le risque permanent de diab\u00e8te et de maladies cardiaques\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; le terme \u00ab\u00a0ovarien\u00a0\u00bb maintient<a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41572-024-00511-3\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> le lien avec les troubles de l\u2019ovulation et l\u2019infertilit\u00e9<\/a>, qui restent des caract\u00e9ristiques essentielles de cette maladie.<\/p>\n<p>Le processus de consensus qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce changement a \u00e9t\u00e9 d\u2019une rigueur inhabituelle. Des patientes et des m\u00e9decins de toutes les r\u00e9gions du monde ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s au cours de plusieurs phases successives et leurs r\u00e9ponses ont d\u00e9termin\u00e9 les options propos\u00e9es dans le questionnaire de la phase qui a suivi. Plus de 14\u00a0000\u00a0personnes, dont plus de la moiti\u00e9 \u00e9taient elles-m\u00eames atteintes de cette maladie, se sont prononc\u00e9es par vote sur les noms propos\u00e9s. L\u2019accord final a \u00e9t\u00e9 conclu en f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p>        Un choix de nom important pour les soins<\/p>\n<p>Un nom n\u2019est pas qu\u2019un simple nom. Il indique aux m\u00e9decins dans quelle direction ils doivent regarder, guide les chercheurs sur les pistes \u00e0 \u00e9tudier et permet aux personnes atteintes du syndrome de SMOP de savoir \u00e0 quoi s\u2019attendre. Sous l\u2019ancienne appellation, on disait \u00e0 de nombreuses femmes que leurs sympt\u00f4mes \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/108\/10\/2447\/7242360?login=false\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">un probl\u00e8me de fertilit\u00e9 ou de poids<\/a>. Poser le diagnostic prenait, en moyenne, <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/102\/2\/604\/2972079?login=false\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">plus de deux ans<\/a> \u2013 et jusqu\u2019\u00e0 70\u00a0% des patientes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 initialement ignor\u00e9es ou mal diagnostiqu\u00e9es avant d\u2019obtenir enfin un diagnostic. Rares sont celles qui ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es du risque accru \u00e0 vie de d\u00e9velopper une maladie m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses r\u00e9gions du monde,<a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/102\/2\/604\/2972079?login=false\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> les soins \u00e9taient fragment\u00e9s<\/a> entre gyn\u00e9cologues, endocrinologues, dermatologues et professionnels de la sant\u00e9 mentale, sans que personne n\u2019assume la responsabilit\u00e9 globale de la patiente.<\/p>\n<p>Avec le terme \u00ab\u00a0SMOP\u00a0\u00bb, le caract\u00e8re multisyst\u00e9mique de cette affection est d\u00e9sormais pris en compte dans son appellation. J\u2019esp\u00e8re que cela incitera les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes \u00e0 v\u00e9rifier le taux d\u2019insuline, la glyc\u00e9mie, la tension art\u00e9rielle et le <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/bien-etre\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">bien-\u00eatre psychologique<\/a> lors de l\u2019examen et du diagnostic des <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/sante-des-femmes\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">patientes<\/a>, et \u00e0 ne pas se limiter \u00e0 l\u2019observation de leurs cycles menstruels. J\u2019esp\u00e8re \u00e9galement que ce changement de nom permettra de d\u00e9pister et d\u2019accompagner plus t\u00f4t les adolescentes concern\u00e9es, car c\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence qu\u2019apparaissent souvent <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/advance-article-abstract\/doi\/10.1210\/clinem\/dgag198\/8675166?redirectedFrom=fulltext&amp;login=false\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">les premiers sympt\u00f4mes<\/a>. Souhaitons aussi que les chercheurs rencontrent ainsi davantage de facilit\u00e9 \u00e0 obtenir des financements pour \u00e9tudier les aspects m\u00e9taboliques, cardiovasculaires et neurologiques de cette maladie.<\/p>\n<p>        Encourager les femmes \u00e0 se soigner<\/p>\n<p>Ce changement de nom pourrait \u00e9galement encourager les femmes atteintes du SMOP \u00e0 demander un diagnostic ou un traitement. Les crit\u00e8res diagnostiques du SMOP restent inchang\u00e9s. Si vous avez d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u un diagnostic de SOPK, celui-ci sera d\u00e9sormais d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de SMOP. Vous n\u2019aurez pas besoin de passer de nouveaux examens ni de vous rendre \u00e0 de nouveaux rendez-vous. Cette transition s\u2019effectuera progressivement au cours des trois prochaines ann\u00e9es, gr\u00e2ce \u00e0 la mise \u00e0 jour des directives cliniques, \u00e0 la formation m\u00e9dicale et aux syst\u00e8mes internationaux de codification des maladies.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons <a href=\"https:\/\/www.ouest-france.fr\/sante\/une-nouvelle-piste-pour-soigner-le-syndrome-des-ovaires-polykystiques-qui-touche-une-femme-sur-dix-810bb90c-1786-11f0-a8b3-a2145a0def9b\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">pas encore trouv\u00e9 de rem\u00e8de \u00e0 cette affection<\/a>. Il n\u2019existe toujours pas de <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/glossaire\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">traitement<\/a> curatif, et le traitement de premi\u00e8re intention reste un changement de mode de vie, soutenu si n\u00e9cessaire par des <a href=\"https:\/\/sante.ouest-france.fr\/medicament\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">m\u00e9dicaments<\/a> tels que les contraceptifs hormonaux, la metformine\u00a0(qui peut aider \u00e0 contr\u00f4ler la glyc\u00e9mie) et, plus r\u00e9cemment, les agonistes des r\u00e9cepteurs du GLP-1\u00a0(qui peuvent aider \u00e0 r\u00e9guler la glyc\u00e9mie et peuvent \u00e9galement entra\u00eener une perte de poids). (En France, l\u2019Assurance maladie fait le point sur les traitements du SOPK, d\u00e9sormais SMOP, sur<a href=\"https:\/\/www.ameli.fr\/paris\/assure\/sante\/themes\/syndrome-ovaires-polykystiques\/traitement\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> son site Ameli<\/a>. De plus, les agonistes des r\u00e9cepteurs du GLP-1\u00a0sont soumis \u00e0 des r\u00e8gles strictes de prescription m\u00e9dicale et ne sont pas encore rembours\u00e9s pour le traitement de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, ndlr.)<\/p>\n<p>Mais trouver le bon nom est la base sur laquelle tout le reste repose. Apr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle d\u2019appellations erron\u00e9es, nous avons enfin un nom qui correspond aux donn\u00e9es scientifiques. J\u2019esp\u00e8re que<a href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(26)00717-8\/fulltext\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"> ce nom aidera les 170\u00a0millions de femmes<\/a> atteintes de cette maladie \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des soins qu\u2019elles ont toujours m\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>(*) Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 pour The Conversation par\u00a0Elisabet Stener-Victorin, chercheuse principale au sein du Groupe de recherche en endocrinologie reproductive et m\u00e9tabolisme, \u00e0 l\u2019Institut Karolinska\u00a0(Su\u00e8de).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Depuis plus de vingt ans, j\u2019\u00e9tudie une maladie qui touche environ 10 \u00e0 13\u00a0% des femmes. 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