{"id":16872,"date":"2026-02-23T13:49:37","date_gmt":"2026-02-23T13:49:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/16872\/"},"modified":"2026-02-23T13:49:37","modified_gmt":"2026-02-23T13:49:37","slug":"225-glacant-et-indispensable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/16872\/","title":{"rendered":"2+2=5 \u00bb, gla\u00e7ant et indispensable"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Big Brother vous regarde. \u00bb <\/p>\n<p>          <img decoding=\"async\" class=\"c-ad__placeholder__logo\" src=\"https:\/\/static.euronews.com\/website\/images\/logos\/logo-euronews-stacked-outlined-72x72-grey-9.svg\" width=\"72\" height=\"72\" alt=\"\" loading=\"lazy\"\/><br \/>\n          PUBLICIT\u00c9<\/p>\n<p>          <img decoding=\"async\" class=\"c-ad__placeholder__logo\" src=\"https:\/\/static.euronews.com\/website\/images\/logos\/logo-euronews-stacked-outlined-72x72-grey-9.svg\" width=\"72\" height=\"72\" alt=\"\" loading=\"lazy\"\/><br \/>\n          PUBLICIT\u00c9<\/p>\n<p>\u00c0 moins d\u2019avoir v\u00e9cu dans un coma bienheureux, vous aurez remarqu\u00e9 que le slogan omnipr\u00e9sent au c\u0153ur du roman dystopique \u00ab 1984 \u00bb de George Orwell, tout comme les notions de \u00ab novlangue \u00bb et de \u00ab doublepens\u00e9e \u00bb, ont largement d\u00e9pass\u00e9 le simple cadre de la culture populaire. Ils sont devenus de plus en plus pertinents dans notre r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p>Avec son nouveau documentaire Orwell: 2+2=5, le cin\u00e9aste de renom Raoul Peck entrem\u00eale la vie et les mots d\u2019Orwell avec des images d\u2019archives et des extraits tout droit sortis de l\u2019actualit\u00e9 pour faire prendre conscience aux spectateurs que, si les termes orwelliens sont devenus des expressions courantes, nous ne mesurons peut-\u00eatre toujours pas pleinement \u00e0 quel point le cauchemar de \u00ab 1984 \u00bb s\u2019est r\u00e9alis\u00e9. <\/p>\n<p>Comme il l\u2019avait fait il y a dix ans, lorsqu\u2019il s\u2019est empar\u00e9 des mots du regrett\u00e9 James Baldwin pour composer une chronique foisonnante de l\u2019histoire du racisme aux \u00c9tats\u2011Unis (I Am Not Your Negro), Peck joue ici avec la chronologie pour souligner le caract\u00e8re intemporel et la prescience de la prose d\u2019Orwell. Une voix venue du pass\u00e9 qui r\u00e9sonne dans notre pr\u00e9sent. <\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur relie les points entre les notes de journal intime d\u2019Orwell, ses \u00e9crits et ses lettres \u2013 racont\u00e9s par Damian Lewis, la star de la s\u00e9rie Homeland \u2013 et des photographies d\u2019archives, des extraits de films et des reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s r\u00e9cents pour montrer comment le pass\u00e9 \u00e9claire le pr\u00e9sent. Plus inqui\u00e9tant encore, Peck met en \u00e9vidence le fait que le manuel du totalitarisme nous a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 cl\u00e9 en main, qu\u2019il a servi (et sert toujours) de mode d\u2019emploi pour des gouvernements aux quatre coins du monde depuis un si\u00e8cle, et que nous continuons \u00e0 nous laisser berner. <\/p>\n<p>Ha\u00efti. Myanmar. Russie. Isra\u00ebl. \u00c9tats\u2011Unis. Orwell: 2+2=5 montre non seulement comment l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te, mais aussi comment des dirigeants actuels comme Donald Trump, Vladimir Poutine, Viktor Orb\u00e1n et Benjamin Netanyahu ont tous adopt\u00e9 des tactiques similaires pour alimenter la machine de l\u2019oppression.<\/p>\n<p>Le film de Peck couvre un spectre tr\u00e8s large, m\u00ealant pass\u00e9 et pr\u00e9sent, fiction et r\u00e9alit\u00e9, au point de donner souvent le vertige. <\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale et le d\u00e9mant\u00e8lement des institutions ; les rues \u00e9ventr\u00e9es d\u2019Ukraine ; les interdictions de livres \u00e0 travers l\u2019histoire ; l\u2019endoctrinement MAGA ; le r\u00f4le des m\u00e9dias et des r\u00e9seaux sociaux dans la propagation des mensonges plus vite que les faits ; l\u2019IA non r\u00e9gul\u00e9e qui menace la v\u00e9rit\u00e9 objective ; le capitalisme de surveillance&#8230; Il en r\u00e9sulte un flou volontairement d\u00e9sorientant, et le message est aussi limpide que gla\u00e7ant : Orwell parle \u00e0 notre \u00e9poque troubl\u00e9e autant qu\u2019il parlait \u00e0 la sienne. <\/p>\n<p>Parmi les moments les plus puissants du film figurent des s\u00e9quences mont\u00e9es avec brio qui n\u2019y vont pas par quatre chemins. <\/p>\n<p>On entend Trump r\u00e9\u00e9crire le r\u00e9cit du 6 janvier, tandis que Peck superpose ses mensonges (\u00ab so much love in the air \u00bb) aux images de la v\u00e9ritable violence qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e ce jour\u2011l\u00e0 \u2013 donnant tout leur poids aux mots d\u2019Orwell : \u00ab Du point de vue totalitaire, l\u2019histoire est quelque chose que l\u2019on cr\u00e9e plut\u00f4t que quelque chose que l\u2019on apprend \u00bb. <\/p>\n<p>On voit les avertissements d\u2019Orwell sur le langage politique illustr\u00e9s par des extraits de \u00ab novlangue \u00bb \u2013 ces euph\u00e9mismes omnipr\u00e9sents qui d\u00e9voilent des mots tordus, vid\u00e9s de leur sens. \u00ab Dommages collat\u00e9raux \u00bb sur des images de Berlin en 1945 ; \u00ab Op\u00e9ration de nettoyage \u00bb au Myanmar en 2017 ; \u00ab Op\u00e9rations de maintien de la paix \u00bb sur des images de Marioupol en 2022 ; \u00ab Profits admirables \u00bb sur des extraits de La Ferme des animaux; \u00ab Antisemitism 2024 \u00bb \u2013 \u00e0 comprendre comme : \u00ab terme instrumentalis\u00e9 pour faire taire les critiques de l\u2019action militaire isra\u00e9lienne \u00bb. <\/p>\n<p>D\u2019autres avertissements nous viennent du cin\u00e9ma. De la m\u00eame mani\u00e8re que Peck utilisait Hollywood contre lui-m\u00eame dans I Am Not Your Negro, en montrant au travers d\u2019extraits comment l\u2019image projet\u00e9e par les exportations culturelles hollywoodiennes se heurtait aux r\u00e9alit\u00e9s sociales, le r\u00e9alisateur ins\u00e8re soigneusement des passages des diff\u00e9rentes adaptations de 1984 ainsi que des fragments de films de Terry Gilliam, Steven Spielberg, Lauren Greenfield et Ken Loach pour mieux souligner \u00e0 quel point l\u2019art refl\u00e8te notre temps tout en pouvant servir de mise en garde. <\/p>\n<p>Si Orwell: 2+2=5 peut, sur le papier, ressembler \u00e0 un exercice p\u00e9dagogique dense, la mise en sc\u00e8ne de Peck \u00e9l\u00e8ve le film et le rend profond\u00e9ment personnel. En se concentrant sur les derni\u00e8res ann\u00e9es de la vie d\u2019Orwell et en \u00e9cartant toute autre voix que la sienne, il parvient \u00e0 \u00e9viter tout didactisme aride. <\/p>\n<p>Au fond, son documentaire parle de l\u2019homme qu\u2019\u00e9tait Orwell \u2013 ce que sugg\u00e8re d\u00e8s l\u2019ouverture l\u2019animation de bact\u00e9ries tuberculeuses. Ce motif visuel r\u00e9current symbolise l\u2019infestation croissante des autocrates qui empoisonnent le syst\u00e8me sanguin de la politique mondiale, tout en nous rappelant l\u2019aggravation de la maladie du protagoniste. <\/p>\n<p>Peck garde l\u2019auteur au premier plan et ne le pr\u00e9sente jamais comme un proph\u00e8te. Il choisit au contraire de montrer un \u00eatre humain dans toutes ses contradictions. De son pass\u00e9 de policier imp\u00e9rial en Birmanie \u00e0 son affrontement avec le syst\u00e8me de classes britannique, les p\u00e9ch\u00e9s de l\u2019Empire et sa propre complicit\u00e9 dans un syst\u00e8me qu\u2019il en est venu \u00e0 ha\u00efr, le film accumule les strates \u00e9motionnelles.<\/p>\n<p>Comme Orwell l\u2019avait fait avec La Ferme des animaux, Peck parvient \u00e0 fusionner ses pr\u00e9occupations politiques avec une d\u00e9marche artistique \u2013 et donc \u00e9motionnelle \u2013 ce qui renforce la puissance du film. <\/p>\n<p>Orwell: 2+2=5 n\u2019est peut\u2011\u00eatre pas aussi galvanisant que I Am Not Your Negro, mais il n\u2019en est pas moins indispensable. <\/p>\n<p>Il est immersif en tant que portrait des luttes personnelles et politiques d\u2019un homme. Il est troublant et urgent dans la mesure o\u00f9 il pourrait sans cesse \u00eatre actualis\u00e9 par de nouvelles images qui \u00e9tabliraient un lien encore plus direct entre les mots d\u2019Orwell et ce qui se passe aujourd\u2019hui dans le monde (\u00abConseil de la paix \u00bb de Trump ?). Il est fascinant en ce qu\u2019il rappelle que nous avons d\u00e9j\u00e0 tout ce qu\u2019il faut pour reconna\u00eetre les outils de l\u2019autoritarisme. <\/p>\n<p>Soixante\u2011seize ans apr\u00e8s la mort de l\u2019auteur, Raoul Peck permet \u00e0 Orwell de nous parler \u00e0 nouveau dans l\u2019un des documentaires les plus essentiels du XXIe si\u00e8cle. \u00c0 nous de l\u2019\u00e9couter. Mieux vaut 76 ans plus tard que jamais. <\/p>\n<p>\u00ab Plus une soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;\u00e9loigne de la v\u00e9rit\u00e9, plus elle va d\u00e9tester ceux qui la disent \u00bb &#8211; George Orwell &#8211;<\/p>\n<p>Cliquez <a href=\"https:\/\/www.euronews.com\/culture\/2026\/02\/19\/filmmaking-is-political-raoul-peck-on-orwell-225-donald-trump-and-the-dangers-of-ai\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ici <\/a>pour d\u00e9couvrir l\u2019interview exclusive de Raoul Peck par Euronews Culture (en anglais).<\/p>\n<p>La musique originale du film est compos\u00e9e par Alexei Aigui, un compositeur russe qui vit exil\u00e9 en France depuis le d\u00e9but de l&rsquo;invasion russe en Ukraine et a \u00e9galement sign\u00e9 la musique de I Am Not Your Negro, ainsi que du dernier Pascal Bonitzer, Maigret et le mort amoureux, entre autres. <\/p>\n<p>Orwell: 2+2=5 a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en avant\u2011premi\u00e8re \u00e0 Cannes l\u2019an dernier et est d\u00e9j\u00e0 sorti aux \u00c9tats\u2011Unis, au Danemark et au Portugal. <\/p>\n<p>Le film arrive sur les \u00e9crans fran\u00e7ais le 25 f\u00e9vrier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab Big Brother vous regarde. \u00bb PUBLICIT\u00c9 PUBLICIT\u00c9 \u00c0 moins d\u2019avoir v\u00e9cu dans un coma bienheureux, vous aurez&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16873,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[97],"tags":[12,13,18,17,133,96,1658,34,95,106,1929,105],"class_list":{"0":"post-16872","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-be","9":"tag-be-fr","10":"tag-belgique","11":"tag-belgium","12":"tag-cinema","13":"tag-divertissement","14":"tag-documentaire","15":"tag-donald-trump","16":"tag-entertainment","17":"tag-films","18":"tag-litterature","19":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16872","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16872"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16872\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16873"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16872"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16872"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16872"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}