{"id":190411,"date":"2026-07-28T08:40:22","date_gmt":"2026-07-28T08:40:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/190411\/"},"modified":"2026-07-28T08:40:22","modified_gmt":"2026-07-28T08:40:22","slug":"au-bord-du-rhin-se-dresse-depuis-1985-un-reacteur-de-pres-de-4-milliards-deuros-qui-na-jamais-recu-un-gramme-de-combustible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/190411\/","title":{"rendered":"Au bord du Rhin se dresse depuis 1985 un r\u00e9acteur de pr\u00e8s de 4 milliards d&rsquo;euros qui n&rsquo;a jamais re\u00e7u un gramme de combustible"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire complet, achev\u00e9, test\u00e9, mais qui n\u2019a jamais re\u00e7u le moindre gramme de combustible fissile. \u00c0 Kalkar, petite ville de Rh\u00e9nanie-du-Nord-Westphalie nich\u00e9e au bord du Rhin, ce paradoxe industriel a bien exist\u00e9. Il s\u2019appelait SNR-300, pour Schneller Natriumgek\u00fchlter Reaktor, un r\u00e9acteur \u00e0 neutrons rapides refroidi au sodium. Cette centrale \u00e9lectrique devait produire 327 MW d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 mais fut arr\u00eat\u00e9e pour des raisons politiques avant de recevoir son combustible nucl\u00e9aire. Aujourd\u2019hui, ses tours et ses halles turbines abritent des man\u00e8ges et des chambres d\u2019h\u00f4tel. L\u2019histoire m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e en d\u00e9tail, tant elle r\u00e9sume \u00e0 elle seule les espoirs d\u00e9\u00e7us du nucl\u00e9aire europ\u00e9en des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<p>Un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire complet et fonctionnel n\u2019a jamais produit une seule minute d\u2019\u00e9lectricit\u00e9<br \/>\n40 000 manifestants se sont mobilis\u00e9s en 1977 contre ce projet qui a d\u00e9clench\u00e9 le mouvement \u00e9cologiste allemand<br \/>\nTransform\u00e9 en parc de man\u00e8ges apr\u00e8s son abandon, ses tours de refroidissement deviennent attractions touristiques<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<p><a href=\"#un-chantier-pharaonique-lance-en-pleine-crise-petroliere\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un chantier pharaonique lanc\u00e9 en pleine crise p\u00e9troli\u00e8re<\/a><br \/>\n<a href=\"#tchernobyl-le-coup-de-grace-d-un-projet-deja-fragilise\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Tchernobyl, le coup de gr\u00e2ce d\u2019un projet d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9<\/a><br \/>\n<a href=\"#d-un-site-sous-surveillance-nucleaire-a-un-parc-de-maneges\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">D\u2019un site sous surveillance nucl\u00e9aire \u00e0 un parc de man\u00e8ges<\/a><\/p>\n<p>Un chantier pharaonique lanc\u00e9 en pleine crise p\u00e9troli\u00e8re<\/p>\n<p>Tout commence dans le contexte du premier choc p\u00e9trolier. Dans les ann\u00e9es 1970, l\u2019Allemagne, \u00e0 hauteur du capital de 68,5 %, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni d\u00e9cident de b\u00e2tir dans la ville de Kalkar une centrale nucl\u00e9aire d\u2019un genre nouveau, un \u00ab\u00a0surg\u00e9n\u00e9rateur\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9e s\u00e9duit alors les ing\u00e9nieurs du monde entier : un r\u00e9acteur capable de produire plus de mati\u00e8re fissile qu\u2019il n\u2019en consomme, une sorte de martingale \u00e9nerg\u00e9tique qui promettait de r\u00e9soudre durablement la question de l\u2019approvisionnement en uranium. C\u2019est \u00e0 Interatom, alors filiale de Siemens, qu\u2019est confi\u00e9e la construction du nouveau r\u00e9acteur, qui commence fin 1973.<\/p>\n<p>Le chantier est titanesque. Il aura fallu quelque 250 000 m3 de b\u00e9ton et 58 000 tonnes d\u2019acier pour la r\u00e9alisation du site. Pour se donner une id\u00e9e, c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de la structure m\u00e9tallique de vingt tours Eiffel coul\u00e9es dans le sol rh\u00e9nan. Mais d\u00e8s les premiers coups de pelle, la contestation gronde. De vives protestations accompagnent les travaux : 10 000 personnes se mobilisent contre ce projet d\u00e8s 1974. Trois ans plus tard, le mouvement prend une ampleur in\u00e9dite : un rassemblement anti-plant de 1977 r\u00e9unit 40 000 personnes dans les rues de Kalkar. Ces manifestations comptent aujourd\u2019hui parmi les jalons fondateurs de l\u2019\u00e9cologie politique allemande, au point que les protestations contre ce r\u00e9acteur constituent un fait marquant dans l\u2019histoire du mouvement antinucl\u00e9aire en Allemagne et ont contribu\u00e9 \u00e0 la naissance du parti Alliance 90 \/ Les Verts.<\/p>\n<p>Tchernobyl, le coup de gr\u00e2ce d\u2019un projet d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9<\/p>\n<p>Douze ans. C\u2019est le temps qu\u2019il aura fallu pour sortir de terre cette installation, contre une dur\u00e9e initialement bien plus courte. Lorsque la construction est achev\u00e9e en 1986, les manifestations et la catastrophe de Tchernobyl la m\u00eame ann\u00e9e font reporter la mise en service du r\u00e9acteur. Le calendrier ne pouvait pas \u00eatre pire : l\u2019Allemagne termine un r\u00e9acteur exp\u00e9rimental au sodium quelques semaines \u00e0 peine apr\u00e8s l\u2019explosion du r\u00e9acteur sovi\u00e9tique. L\u2019opinion publique, d\u00e9j\u00e0 \u00e9chaud\u00e9e par des ann\u00e9es de mobilisation locale, ne veut plus entendre parler de charger le c\u0153ur du SNR-300.<\/p>\n<p>Pendant cinq ans, la centrale reste donc \u00e0 l\u2019arr\u00eat, techniquement op\u00e9rationnelle mais politiquement condamn\u00e9e. La s\u00fbret\u00e9 et l\u2019entretien des b\u00e2timents co\u00fbtent alors 50 millions d\u2019euros par an et emploient 220 personnes. Une \u00e9quipe enti\u00e8re r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e pour veiller sur un r\u00e9acteur qui ne produira jamais le moindre kilowattheure, une situation qu\u2019un reportage belge de l\u2019\u00e9poque qualifiait sans d\u00e9tour de \u00ab\u00a0centrale nucl\u00e9aire la moins radioactive du monde\u00a0\u00bb. Le 21 mars 1991, le couperet tombe d\u00e9finitivement. Le ministre de la recherche Heinz Riesenhuber annonce finalement l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif du surg\u00e9n\u00e9rateur. Le Land de Rh\u00e9nanie-du-Nord-Westphalie, farouchement oppos\u00e9 au projet, aura eu gain de cause apr\u00e8s pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies de bras de fer politique avec Bonn.<\/p>\n<p>La facture, elle, donne le vertige. Le projet aura co\u00fbt\u00e9 environ 7 milliards de deutsche marks, soit \u00e0 peu pr\u00e8s 3,5 milliards d\u2019euros, plus de 4 milliards de dollars. D\u2019autres estimations, comme celle relay\u00e9e par le site sp\u00e9cialis\u00e9 Enerzine, avancent un montant l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur, autour de 3,7 milliards d\u2019euros de co\u00fbt prohibitif. Pour un r\u00e9acteur qui n\u2019a jamais tourn\u00e9 une seule minute. \u00c0 titre de comparaison, la France conna\u00eetra un fiasco similaire avec son surg\u00e9n\u00e9rateur Superph\u00e9nix \u00e0 Creys-Malville, qui aura au moins produit de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 des attentes.<\/p>\n<p>D\u2019un site sous surveillance nucl\u00e9aire \u00e0 un parc de man\u00e8ges<\/p>\n<p>Quatre ans apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif, un entrepreneur n\u00e9erlandais flaire la bonne affaire. En 1995, le complexe est rachet\u00e9 par l\u2019investisseur n\u00e9erlandais Hennie van der Most et transform\u00e9 en un parc de loisirs. Le montant de la transaction reste flou : certaines sources \u00e9voquent un prix de vente qui se serait \u00e9lev\u00e9 \u00e0 2,5 millions d\u2019euros, une somme d\u00e9risoire au regard des milliards investis, tandis que d\u2019autres versions parlent d\u2019un montant en dollars comparable. Baptis\u00e9 Wunderland Kalkar, le \u00ab\u00a0pays des merveilles\u00a0\u00bb int\u00e8gre les structures existantes plut\u00f4t que de les raser. L\u2019imposante tour de refroidissement de 42,30 m\u00e8tres de haut est recouverte d\u2019une fresque de paysage alpestre et sa paroi en b\u00e9ton sert de mur d\u2019escalade. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la chemin\u00e9e, un man\u00e8ge \u00e0 balan\u00e7oires tourne d\u00e9sormais l\u00e0 o\u00f9 devait circuler la vapeur destin\u00e9e \u00e0 produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Le reste du site n\u2019est pas en reste : les b\u00e2timents des turbines et du r\u00e9acteur contiennent des chambres d\u2019h\u00f4tel, des restaurants et des bars. Le parc attire un public cons\u00e9quent, environ 600 000 visiteurs chaque ann\u00e9e, s\u00e9duits autant par les attractions que par l\u2019insolite du lieu. Une porte-parole du parc r\u00e9sumait la situation avec un certain humour noir : \u00ab\u00a0Certains ont peur que ce ne soit pas s\u00e9curis\u00e9 mais c\u2019est 100% s\u00fbr, parce que le r\u00e9acteur n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mis en service.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du r\u00e9acteur, lui, n\u2019a pas totalement disparu du paysage nucl\u00e9aire europ\u00e9en. Les r\u00e9acteurs sont aujourd\u2019hui plac\u00e9s sous la surveillance de l\u2019\u00c9tat \u00e0 Hanau et restent la propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 RWE Power AG, qui, ne disposant pas d\u2019autorisation pour recycler le mat\u00e9riel nucl\u00e9aire enrichi \u00e0 environ 35 % de plutonium, les envoie \u00e0 l\u2019usine de retraitement de la Hague. De ce combustible jamais utilis\u00e9 na\u00eetra donc, in fine, du MOX destin\u00e9 \u00e0 d\u2019autres centrales, quelque part en France. Une derni\u00e8re ironie pour un site con\u00e7u pour l\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique allemande, et qui aura fini par nourrir, \u00e0 sa mani\u00e8re, le parc nucl\u00e9aire d\u2019un pays voisin.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/news.google.com\/read\/CBMi6AFBVV95cUxOSWgzVkVSOVZTZnRsNUt4RWJWcEhyWFl1WHlYWVBaMHJTOS11Mjg4NG5sbS0xM2pENmFfV0VoSHJjWHBlSVVLUFVOeHhuellZa25GdUd4c2JhbThFcFFiclJ2QWd3ek42Ukx4bTlKSUl1X2pKZmZMLVRqYlhXMzBUTHdWd2xIemp2MjNwVExaNy1iQmlIMW5CTUE2dFhYT2FVempZWjV5Z1B6dWR6ZEdRa2EzR1FYamlNV0EwWWdxdmZSMkx1SUl0VnJlNVd4enROMW80UDhmWG5xb2c1Mi1adXpjUVJvR1Vl?hl=en-US&amp;gl=US&amp;ceid=US%3Aen\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">news.google.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/dailygeekshow.com\/parc-loisirs-reacteur-nucleaire\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">dailygeekshow.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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