{"id":194385,"date":"2026-07-31T09:00:14","date_gmt":"2026-07-31T09:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/194385\/"},"modified":"2026-07-31T09:00:14","modified_gmt":"2026-07-31T09:00:14","slug":"le-depart-de-quatremer-de-liberation-confirme-que-les-gauches-sont-devenues-irreconciliables-edito","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/194385\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9part de Quatremer de Lib\u00e9ration confirme que les gauches sont devenues irr\u00e9conciliables (\u00e9dito)"},"content":{"rendered":"<p>          R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;article<\/p>\n<p>Le d\u00e9part de Jean Quatremer de Lib\u00e9ration illustre la fracture des \u00ab deux gauches irr\u00e9conciliables \u00bb th\u00e9oris\u00e9e par Manuel Valls, d\u00e9sormais visible dans le paysage m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Lorsque Manuel Valls publiait, en 2014, son ouvrage L&rsquo;Exigence, il popularisait une formule qui allait durablement marquer le d\u00e9bat politique : celle des \u00ab deux gauches irr\u00e9conciliables \u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, beaucoup y voyaient une posture destin\u00e9e \u00e0 justifier son orientation sociale-d\u00e9mocrate. Douze ans plus tard, force est de constater que son diagnostic trouve un \u00e9cho bien au-del\u00e0 du champ politique. Le d\u00e9part du journaliste Jean Quatremer de Lib\u00e9ration en est une illustration jusque dans le paysage m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Pour<a href=\"https:\/\/www.21news.be\/manuel-valls-vitupere-le-second-quinquennat-demmanuel-macron-un-naufrage-une-crise-de-regime-une-erreur-de-dissolution\/\" type=\"link\" id=\"https:\/\/www.21news.be\/manuel-valls-vitupere-le-second-quinquennat-demmanuel-macron-un-naufrage-une-crise-de-regime-une-erreur-de-dissolution\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> Manuel Valls<\/a>, deux visions de la gauche s&rsquo;opposaient frontalement. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, une gauche r\u00e9formiste, attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 mais favorable \u00e0 sa r\u00e9gulation, convaincue de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un \u00c9tat fort dans les domaines r\u00e9galiens, favorable au nucl\u00e9aire civil et refusant de r\u00e9duire syst\u00e9matiquement la d\u00e9linquance ou le terrorisme \u00e0 leurs seules causes sociales. <\/p>\n<p>De l&rsquo;autre, une gauche plus radicale, critique du capitalisme dans son ensemble, hostile au nucl\u00e9aire, favorable \u00e0 une ouverture plus importante des fronti\u00e8res et mettant davantage l&rsquo;accent sur les d\u00e9terminismes sociaux et les discriminations dans son analyse des violences.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9j\u00e0, Valls estimait que ces deux cultures politiques ne partageaient plus suffisamment de r\u00e9f\u00e9rences communes pour gouverner ensemble. Depuis, les clivages se sont encore accentu\u00e9s.<br \/>Les d\u00e9bats autour de la la\u00efcit\u00e9, de l&rsquo;immigration, de l&rsquo;islamisme, du conflit isra\u00e9lo-palestinien, du nucl\u00e9aire ou encore de l&rsquo;Union europ\u00e9enne ont progressivement remplac\u00e9 les traditionnelles oppositions entre les diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s de gauche. Ils sont devenus des marqueurs identitaires. Chaque camp consid\u00e8re d\u00e9sormais que les positions de l&rsquo;autre ne rel\u00e8vent plus d&rsquo;un d\u00e9saccord politique classique, mais d&rsquo;une faute morale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que le d\u00e9part de Jean Quatremer de Lib\u00e9ration prend une dimension symbolique. Pendant des ann\u00e9es, le journaliste a incarn\u00e9 une ligne europhile, r\u00e9publicaine et volontiers critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des positions les plus radicales de la gauche fran\u00e7aise. Ses prises de position lui ont valu des critiques dont les plus virulentes au sein de sa propre r\u00e9daction. <\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les r\u00e9dactions revendiquaient autrefois le pluralisme interne, les divergences deviennent plus difficiles \u00e0 assumer publiquement.<\/p>\n<p>Le paradoxe est frappant. Une partie de la gauche radicale fait du pluralisme, de l&rsquo;inclusion et du \u00ab vivre ensemble \u00bb des valeurs cardinales. Pourtant, sur le terrain du d\u00e9bat intellectuel, la tol\u00e9rance envers les voix dissidentes semble parfois se r\u00e9duire. D\u00e8s lors qu&rsquo;une opinion s&rsquo;\u00e9carte de la ligne majoritaire sur certains sujets sensibles, elle est souvent per\u00e7ue non comme une contribution au d\u00e9bat, mais comme une remise en cause des valeurs m\u00eames du collectif.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution nourrit un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;on peut qualifier de sectarisme politique et m\u00e9diatique: non pas la simple existence de convictions fortes, l\u00e9gitime en d\u00e9mocratie, mais la difficult\u00e9 croissante \u00e0 accepter la coexistence d&rsquo;opinions minoritaires au sein d&rsquo;un m\u00eame espace militant, intellectuel ou m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Le cas Quatremer d\u00e9passe donc la seule histoire d&rsquo;un journaliste quittant une r\u00e9daction. Il r\u00e9v\u00e8le une transformation plus profonde de la gauche fran\u00e7aise. Les fractures d\u00e9crites par Manuel Valls il y a plus d&rsquo;une d\u00e9cennie ne concernent plus seulement les partis politiques. Elles traversent d\u00e9sormais les m\u00e9dias, les universit\u00e9s, les associations et plus largement les espaces de production des id\u00e9es.<\/p>\n<p>Les \u00ab gauches irr\u00e9conciliables \u00bb ne sont plus seulement une formule politique. Elles sont devenues une r\u00e9alit\u00e9 culturelle. Et lorsque m\u00eame un quotidien historiquement attach\u00e9 au d\u00e9bat interne voit partir l&rsquo;une de ses voix les plus singuli\u00e8res, c&rsquo;est peut-\u00eatre le signe que cette fracture est d\u00e9sormais consomm\u00e9e.<\/p>\n<p>        \u00c0 lire aussi      <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;article Le d\u00e9part de Jean Quatremer de Lib\u00e9ration illustre la fracture des \u00ab deux gauches irr\u00e9conciliables&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":194386,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[9],"tags":[12,13,18,17,151,29488,31,3151,3976,32],"class_list":["post-194385","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-international","tag-be","tag-be-fr","tag-belgique","tag-belgium","tag-france","tag-gauche","tag-international","tag-journalisme","tag-mdias","tag-world-news"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@be_fr\/117013776421485569","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194385"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194385\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/194386"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194385"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}