{"id":218923,"date":"2026-08-19T17:32:13","date_gmt":"2026-08-19T17:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/218923\/"},"modified":"2026-08-19T17:32:13","modified_gmt":"2026-08-19T17:32:13","slug":"noma-redonner-un-visage-aux-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/218923\/","title":{"rendered":"Noma: redonner un visage aux enfants"},"content":{"rendered":"<p>Hadiza est assise sur un lit d\u2019h\u00f4pital aux c\u00f4t\u00e9s de sa fille de douze ans, Maryam, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour enfants atteints du noma, soutenu par M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res (MSF), dans l\u2019Etat de Sokoto, au Nigeria. Ce matin, la salle de r\u00e9veil est en pleine effervescence. Chirurgiens et infirmi\u00e8res circulent entre les lits, examinant les patient\u00b7es en convalescence. Parmi eux, le docteur Muhammad Abdullahi, chirurgien du Minist\u00e8re de la sant\u00e9, examine Maryam au lendemain de son op\u00e9ration reconstructive du nez. \u00abJ\u2019ai toujours eu un seul souhait. Qu\u2019elle puisse se faire op\u00e9rer\u00bb, confie Hadiza. A c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, la jeune fille tripote nerveusement son tablier en \u00e9coutant sa m\u00e8re. Sa narine gauche, fra\u00eechement op\u00e9r\u00e9e, est recouverte de pansements et maintenue par un conformateur nasal destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server la forme de son nez reconstruit. Maryam attendait ce moment depuis dix ans.<\/p>\n<p>Elle n\u2019avait en effet que 14 mois lorsqu\u2019une infection fulgurante a d\u00e9truit la moiti\u00e9 de son nez, progressant lentement vers l\u2019autre. Hadiza a rapidement soup\u00e7onn\u00e9 le noma, apr\u00e8s avoir discut\u00e9 avec des membres de sa famille qui en avaient entendu parler gr\u00e2ce aux agents de sant\u00e9 de MSF. Elle a conduit sa fille au Noma Children Hospital de Sokoto, o\u00f9 l\u2019intervention rapide de l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale, combinant antibiotiques et pansements, a stopp\u00e9 la progression de la maladie vers le reste du visage. Sans ces soins imm\u00e9diats, les cons\u00e9quences auraient pu \u00eatre bien plus graves, voire mortelles.<\/p>\n<p>Une maladie foudroyante et m\u00e9connue<\/p>\n<p>Le noma est une infection non contagieuse qui d\u00e9bute par une simple inflammation des gencives. En quelques jours, la maladie se propage de mani\u00e8re foudroyante, d\u00e9truisant les tissus et les os du visage. Sans traitement, le taux de mortalit\u00e9 atteint 90%, tandis qu\u2019une prise en charge pr\u00e9coce suffit \u00e0 interrompre l\u2019infection. Cependant, les survivant\u00b7es conservent de graves s\u00e9quelles qui rendent l\u2019alimentation, la parole, la vision et la respiration extr\u00eamement difficiles. Leur avenir reste marqu\u00e9 par la douleur, le handicap et la stigmatisation sociale.<\/p>\n<p>La cause exacte du noma est encore mal connue. Cette maladie frappe les populations les plus vuln\u00e9rables, principalement les enfants de moins de sept ans vivant dans la pauvret\u00e9 au sein de zones isol\u00e9es. La plupart souffrent de malnutrition, d\u2019une hygi\u00e8ne bucco-dentaire insuffisante et d\u2019un acc\u00e8s limit\u00e9 aux soins de sant\u00e9 et \u00e0 la vaccination de routine. Pourtant, \u00able noma est \u00e9vitable et traitable\u00bb, rappelle Christopher Sunday, superviseur de la promotion de la sant\u00e9 pour MSF \u00e0 Sokoto. \u00abS\u2019il est d\u00e9tect\u00e9 et pris en charge d\u00e8s les premi\u00e8res semaines, les patients peuvent gu\u00e9rir en quelques semaines gr\u00e2ce \u00e0 une bonne hygi\u00e8ne bucco-dentaire, des antibiotiques et des pansements. Cependant, la plupart des parents ne reconnaissent pas les premiers sympt\u00f4mes ou manquent de moyens pour consulter. En se tournant d\u2019abord vers les gu\u00e9risseurs traditionnels, ils perdent un temps pr\u00e9cieux et l\u2019opportunit\u00e9 de soigner correctement leur enfant.\u00bb<\/p>\n<p>Biliya a lui aussi \u00e9t\u00e9 atteint du noma d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. Il n\u2019avait que sept ans lorsqu\u2019une forte fi\u00e8vre a brutalement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. En quelques jours, la maladie a ravag\u00e9 les tissus du c\u00f4t\u00e9 gauche de son visage, bloquant l\u2019usage de sa bouche et de son \u0153il. \u00abLes soignants ont nettoy\u00e9 sa plaie et retir\u00e9 les chairs infect\u00e9es de sa joue\u00bb, se souvient sa grand-m\u00e8re, Halimatul. \u00abNous craignions que les soins de Biliya ne co\u00fbtent trop cher, mais heureusement, il a \u00e9t\u00e9 soign\u00e9 gratuitement.\u00bb<\/p>\n<p>Le long chemin vers la gu\u00e9rison<\/p>\n<p>Une prise en charge pr\u00e9coce est cruciale, mais la sensibilisation et les connaissances sur le noma restent limit\u00e9es, y compris chez les professionnel\u00b7les de sant\u00e9. Bien que l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 l\u2019ait reconnu comme une maladie tropicale n\u00e9glig\u00e9e en 2023, l\u2019infection demeure invisible au sein des services de soins primaires, des syst\u00e8mes de surveillance et des budgets de sant\u00e9 au Nigeria. Faute de diagnostic \u00e0 temps, nombre de patient\u00b7es arrivent dans les centres sp\u00e9cialis\u00e9s dans un \u00e9tat gravement d\u00e9grad\u00e9, apr\u00e8s avoir err\u00e9 en vain d\u2019\u00e9tablissement en \u00e9tablissement, y compris dans des h\u00f4pitaux de r\u00e9f\u00e9rence. Pour les survivant\u00b7es, le chemin vers la gu\u00e9rison est long et \u00e9prouvant. La r\u00e9paration des d\u00e9figurations impose de multiples interventions chirurgicales reconstructives \u00e9tal\u00e9es sur plusieurs ann\u00e9es, ainsi qu\u2019une kin\u00e9sith\u00e9rapie intensive, un soutien nutritionnel et un traitement des pathologies associ\u00e9es au noma, telles que la malnutrition, la rougeole ou le paludisme.<\/p>\n<p>\u00abD\u00e8s son admission, Biliya a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9, poursuit Halimatul. Pendant neuf jours, il n\u2019a pas pu avaler d\u2019aliments solides, il ne pouvait boire que du lait. Apr\u00e8s cette premi\u00e8re intervention, ses yeux continuaient de larmoyer, alors on nous a demand\u00e9 de revenir pour une chirurgie oculaire. Aujourd\u2019hui, nous sommes de retour pour sa troisi\u00e8me op\u00e9ration.\u00bb<\/p>\n<p>Les survivant\u00b7es du noma sont \u00e9galement confront\u00e9\u00b7es \u00e0 de graves cons\u00e9quences socio-\u00e9conomiques: stigmatisation, exclusion sociale et obstacles \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et aux moyens de subsistance. Beaucoup doivent abandonner l\u2019\u00e9cole \u00e0 cause du harc\u00e8lement et peinent, une fois adultes, \u00e0 trouver un\u00b7e conjoint\u00b7e ou un emploi, parfois m\u00eame apr\u00e8s une chirurgie reconstructive. \u00abLes gens se moquent d\u2019eux et les excluent, explique Christopher Sunday. On leur r\u00e9p\u00e8te qu\u2019ils sont diff\u00e9rents, comme s\u2019ils ne venaient pas de ce monde. Certains croient m\u00eame que le noma est une mal\u00e9diction divine.\u00bb Face \u00e0 cette d\u00e9tresse, le soutien psychologique et social est une composante essentielle de la prise en charge m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Pour Maryam, la stigmatisation a d\u00e9but\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t. En grandissant, elle a \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9e par les autres enfants \u00e0 cause de son nez partiellement mutil\u00e9. \u00abCela la blessait profond\u00e9ment\u00bb, raconte sa m\u00e8re, Hadiza. \u00abElle me demandait sans cesse si, un jour, on pourrait corriger son visage.\u00bb Aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 une chirurgie reconstructive et \u00e0 un soutien psychosocial, Maryam esp\u00e8re retrouver une scolarit\u00e9 paisible. Elle souhaite devenir m\u00e9decin, inspir\u00e9e par l\u2019aide qu\u2019elle a re\u00e7ue.<\/p>\n<p>Biliya, d\u00e9sormais \u00e2g\u00e9 de onze ans, a travers\u00e9 la m\u00eame \u00e9preuve. \u00abDans ma ville, certains m\u2019insultent et se moquent de moi. Ils ont m\u00eame arr\u00eat\u00e9 de m\u2019appeler par mon pr\u00e9nom pour me surnommer mai doguwa, ce qui signifie \u2018celui qui pratique la magie noire\u2019\u00bb, confie-t-il. Malgr\u00e9 tout, le gar\u00e7on garde l\u2019espoir de retrouver une vie normale: \u00abJ\u2019ai trois amis \u00e0 la maison. D\u00e8s ma sortie de l\u2019h\u00f4pital, j\u2019irai les voir. Je leur demanderai d\u2019arr\u00eater de se moquer, car j\u2019ai \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 et on m\u2019a r\u00e9par\u00e9 la bouche.\u00bb<\/p>\n<p>Des d\u00e9fis majeurs pour l\u2019avenir<\/p>\n<p>Fond\u00e9 en 1999, le Noma Children Hospital de Sokoto est l\u2019un des rares centres au monde sp\u00e9cialis\u00e9s dans le traitement du noma. Depuis 2014, MSF y soutient le Minist\u00e8re nig\u00e9rian de la sant\u00e9 en dispensant gratuitement des interventions chirurgicales reconstructives, un soutien nutritionnel et psychologique, de la physioth\u00e9rapie, des actions de promotion de la sant\u00e9 et des activit\u00e9s de proximit\u00e9. Pour la seule ann\u00e9e 2025, 1034 patient\u00b7es y ont re\u00e7u des soins m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Si l\u2019inscription du noma par l\u2019OMS sur la liste des maladies tropicales n\u00e9glig\u00e9es constitue une avanc\u00e9e essentielle pour l\u2019\u00e9radiquer, cette reconnaissance seule ne suffira pas \u00e0 sauver des vies. Une action urgente et coordonn\u00e9e reste indispensable pour mettre fin aux d\u00e9c\u00e8s \u00e9vitables et r\u00e9duire le handicap ainsi que les impacts socio-\u00e9conomiques \u00e0 long terme. Cela n\u00e9cessite une int\u00e9gration compl\u00e8te de la pr\u00e9vention, du d\u00e9pistage pr\u00e9coce et du transfert des patient\u00b7es atteint\u00b7es du noma dans les services de soins primaires, ainsi que dans les programmes nationaux de sant\u00e9 et de nutrition infantiles. Il est tout aussi crucial de former les agents de sant\u00e9 de premi\u00e8re ligne et les communaut\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre la maladie pr\u00e9cocement pour intervenir au plus vite.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l\u2019extension des initiatives de pr\u00e9vention communautaires, des campagnes de sensibilisation et des programmes de r\u00e9insertion sociale est essentielle pour pr\u00e9venir les nouveaux cas de noma, briser le cycle des pr\u00e9jug\u00e9s et accompagner les survivant\u00b7es dans leur reconstruction. Seule une action soutenue et coordonn\u00e9e permettra enfin de lib\u00e9rer ces enfants d\u2019une souffrance \u00e9vitable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Hadiza est assise sur un lit d\u2019h\u00f4pital aux c\u00f4t\u00e9s de sa fille de douze ans, Maryam, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":218924,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[82],"tags":[12,13,18,17,86,25193,87],"class_list":["post-218923","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-sante","tag-be","tag-be-fr","tag-belgique","tag-belgium","tag-health","tag-nigeria","tag-sante"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@be_fr\/117123373279089466","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=218923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218923\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/218924"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=218923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=218923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=218923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}