{"id":236908,"date":"2026-09-03T00:08:10","date_gmt":"2026-09-03T00:08:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/236908\/"},"modified":"2026-09-03T00:08:10","modified_gmt":"2026-09-03T00:08:10","slug":"par-4-700-metres-de-fond-a-1-000-km-de-brest-dorment-depuis-1946-des-futs-que-personne-netait-cense-revoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/236908\/","title":{"rendered":"Par 4 700 m\u00e8tres de fond \u00e0 1 000 km de Brest dorment depuis 1946 des f\u00fbts que personne n&rsquo;\u00e9tait cens\u00e9 revoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Deux cent mille f\u00fbts m\u00e9talliques, coul\u00e9s au fond de l\u2019oc\u00e9an comme on jette une poubelle dans un ravin, en esp\u00e9rant ne plus jamais en entendre parler. Entre 1946 et 1990, avant que cette pratique ne soit interdite par la Convention de Londres, pas moins de 200 000 f\u00fbts de d\u00e9chets enrob\u00e9s de ciment, de bitume ou de r\u00e9sine ont \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9s dans la zone par plusieurs pays europ\u00e9ens. L\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, le sous-marin fran\u00e7ais Nautile est all\u00e9 les filmer, \u00e0 4 700 m\u00e8tres sous la surface. Le spectacle n\u2019est pas beau \u00e0 voir : des conteneurs rong\u00e9s, \u00e9ventr\u00e9s, dont le contenu s\u2019\u00e9chappe directement dans les s\u00e9diments.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9charge nucl\u00e9aire \u00e0 ciel ferm\u00e9 se trouve dans l\u2019Atlantique Nord-Est, \u00e0 un peu plus de 1 000 kilom\u00e8tres au sud-ouest de Brest. Une distance qui donne le vertige quand on la compare \u00e0 un trajet du quotidien : c\u2019est comme partir de Paris et rouler jusqu\u2019\u00e0 Naples, sans jamais quitter l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<p>Deux cents mille f\u00fbts de d\u00e9chets nucl\u00e9aires scell\u00e9s mais oubli\u00e9s au c\u0153ur des abysses<br \/>\nUne politique d\u2019apr\u00e8s-guerre fond\u00e9e sur un mythe : celui de l\u2019oc\u00e9an infini et purificateur<br \/>\nLes conteneurs ont d\u00e9pass\u00e9 leur date d\u2019expiration ; l\u2019inconnu r\u00e8gne sur les cons\u00e9quences r\u00e9elles<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<p><a href=\"#une-decharge-nucleaire-nee-dans-l-insouciance-de-l-apres-gue\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une d\u00e9charge nucl\u00e9aire n\u00e9e dans l\u2019insouciance de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/a><br \/>\n<a href=\"#ce-que-le-nautile-a-vraiment-vu-a-4-700-metres-de-fond\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que le Nautile a vraiment vu \u00e0 4 700 m\u00e8tres de fond<\/a><br \/>\n<a href=\"#prelever-mesurer-comprendre-la-partie-invisible-du-travail\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Pr\u00e9lever, mesurer, comprendre : la partie invisible du travail<\/a><\/p>\n<p>Une d\u00e9charge nucl\u00e9aire n\u00e9e dans l\u2019insouciance de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/p>\n<p>Il faut remonter au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour comprendre comment on en est arriv\u00e9 l\u00e0. Entre 1946 et 1990, quatorze pays ont donc coul\u00e9 leurs d\u00e9chets nucl\u00e9aires, sagement scell\u00e9s dans des barils de m\u00e9tal lest\u00e9s au b\u00e9ton ou au bitume. Les \u00c9tats-Unis furent les premiers en 1946 au large de la Californie, puis la France, la Belgique, le Royaume-Uni, la Suisse et quelques autres embo\u00eet\u00e8rent le pas. La France n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un acteur mineur de cette histoire : elle en a immerg\u00e9 plus de 46 000 lors d\u2019op\u00e9rations men\u00e9es en 1967 et 1969.<\/p>\n<p>Le raisonnement de l\u2019\u00e9poque tient en une phrase, presque na\u00efve avec le recul : l\u2019oc\u00e9an, vaste et inaccessible, dilue tout, absorbe tout, oublie tout. Pendant longtemps, l\u2019oc\u00e9an a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme un espace infini capable d\u2019absorber ce que l\u2019humanit\u00e9 ne savait pas encore g\u00e9rer. Dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, cette id\u00e9e a conduit \u00e0 une d\u00e9cision qui parait de nos jours insens\u00e9e : immerger des d\u00e9chets radioactifs au fond de l\u2019Atlantique. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ces f\u00fbts n\u2019\u00e9taient jamais pens\u00e9s pour durer ind\u00e9finiment. Les matrices de confinement, compos\u00e9es de b\u00e9ton et de bitume, avaient \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour isoler les d\u00e9chets pendant vingt ans seulement. Chaque conteneur a d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9 cette date d\u2019expiration.<\/p>\n<p>Et puis, silence radio. Puis, plus rien. Les colis ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s dans leur cimeti\u00e8re marin pendant trois d\u00e9cennies, sans que les \u00e9valuations r\u00e9guli\u00e8res des sites promises n\u2019aient jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es. Trente ans sans un seul regard sur ce que devenait cette masse de d\u00e9chets radioactifs. Un abandon presque vertigineux, quand on sait que la m\u00eame p\u00e9riode a vu l\u2019humanit\u00e9 envoyer des sondes sur Mars et cartographier le g\u00e9nome humain.<\/p>\n<p>Ce que le Nautile a vraiment vu \u00e0 4 700 m\u00e8tres de fond<\/p>\n<p>La rupture du silence porte un nom : NODSSUM, pour Nuclear Ocean Dump Site Survey Monitoring. Le CNRS a lanc\u00e9 ce programme en 2025, \u00e9paul\u00e9 par l\u2019Ifremer et l\u2019Autorit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire et de radioprotection. Une premi\u00e8re campagne, men\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2025 avec le navire Atalante et le robot autonome UlyX, a permis de localiser pr\u00e8s de 3 350 f\u00fbts immerg\u00e9s \u00e0 plus de 4 000 m\u00e8tres de profondeur dans le nord-est de l\u2019oc\u00e9an Atlantique.<\/p>\n<p>Restait \u00e0 voir de pr\u00e8s. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient le Nautile, petit sous-marin habit\u00e9 jaune vif de l\u2019Ifremer, v\u00e9t\u00e9ran des grandes profondeurs qui a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 l\u2019\u00e9pave du Titanic. Embarqu\u00e9 \u00e0 bord du navire Pourquoi Pas ? entre le 27 mai et le 28 juin 2026, il a r\u00e9alis\u00e9 20 plong\u00e9es en 20 jours afin d\u2019explorer ces zones d\u2019int\u00e9r\u00eat pr\u00e9c\u00e9demment rep\u00e9r\u00e9es. Chaque plong\u00e9e \u00e0 4 700 m\u00e8tres de profondeur a n\u00e9cessit\u00e9 deux heures de descente pour cinq heures d\u2019exploration.<\/p>\n<p>Ce que les chercheurs ont d\u00e9couvert d\u00e9passe parfois leurs craintes. \u00c0 l\u2019aide du sous-marin Nautile, ils ont inspect\u00e9 visuellement plusieurs dizaines de ces f\u00fbts, document\u00e9 leur degr\u00e9 avanc\u00e9 de d\u00e9gradation et observ\u00e9 des containers particuli\u00e8rement corrod\u00e9s. Le contenu de certains d\u2019entre eux se r\u00e9pand sur le fond marin environnant. Une image que les deux responsables de la mission, Javier Escart\u00edn et Patrick Chardon, n\u2019oublieront pas de sit\u00f4t. L\u2019un se souvient encore des images d\u2019archives de Greenpeace, l\u2019autre confie avoir \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par \u00ab le contraste entre l\u2019image du nucl\u00e9aire comme une \u00e9nergie d\u2019avenir, propre, et le fait que ses d\u00e9chets aient \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s au fond de l\u2019oc\u00e9an \u00bb.<\/p>\n<p>Fait troublant : la vie a repris ses droits sur ces vestiges toxiques. Ces f\u00fbts sont colonis\u00e9s par diff\u00e9rents organismes, notamment des an\u00e9mones, des \u00e9ponges et des crabes. Un \u00e9cosyst\u00e8me s\u2019est install\u00e9 directement sur, et parfois dans, ces reliques radioactives, sans qu\u2019on sache encore vraiment quel prix ces cr\u00e9atures paient pour leur cohabitation forc\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e9lever, mesurer, comprendre : la partie invisible du travail<\/p>\n<p>Filmer les f\u00fbts n\u2019\u00e9tait que la premi\u00e8re \u00e9tape. Sur cinq sites d\u2019\u00e9tude retenus, \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate et au contact des f\u00fbts, le Nautile a r\u00e9alis\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements d\u00e9taill\u00e9s de s\u00e9diments, d\u2019eau, d\u2019organismes et de communaut\u00e9s microbiennes. Ces \u00e9chantillons ont pris le chemin des laboratoires, direction la France mais aussi la Norv\u00e8ge, l\u2019Allemagne et l\u2019Espagne, dans le cadre d\u2019une collaboration scientifique internationale.<\/p>\n<p>L\u2019objectif est pr\u00e9cis : identifier et quantifier diff\u00e9rents radionucl\u00e9ides artificiels et \u00e9tudier leur dispersion depuis les f\u00fbts vers l\u2019environnement des grands fonds. Un travail de longue haleine qui doit d\u00e9boucher, selon les chercheurs, sur l\u2019une des \u00e9tudes radio\u00e9cologiques des grands fonds les plus compl\u00e8tes \u00e0 ce jour, permettant enfin de comprendre comment ces \u00e9l\u00e9ments circulent dans les cha\u00eenes biologiques abyssales.<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, aucune alarme majeure n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e sur le plan de la radioactivit\u00e9 ambiante. Lors de la premi\u00e8re campagne de cartographie, les mesures ne d\u00e9tectaient pas de radioactivit\u00e9 d\u00e9passant le bruit de fond naturel. Mais cette absence de signal global ne dit rien de ce qui se joue au contact direct des f\u00fbts \u00e9ventr\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 la mati\u00e8re radioactive se d\u00e9verse localement dans les s\u00e9diments. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00e9chelle fine, celle du m\u00e8tre carr\u00e9 autour d\u2019un baril corrod\u00e9, que les analyses en cours doivent d\u00e9sormais \u00e9clairer.<\/p>\n<p>Un d\u00e9tail m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9 : cette d\u00e9charge de l\u2019Atlantique n\u2019est pas un cas isol\u00e9 sur la plan\u00e8te. Sur plus de 80 sites r\u00e9partis dans le Pacifique et l\u2019Atlantique, on estime que des centaines de milliers de f\u00fbts ont \u00e9t\u00e9 immerg\u00e9s durant cette m\u00eame p\u00e9riode d\u2019insouciance nucl\u00e9aire. Des campagnes similaires commencent \u00e0 s\u2019organiser en Arctique, sur d\u2019autres d\u00e9charges h\u00e9rit\u00e9es de la Guerre froide. Une mani\u00e8re, huit d\u00e9cennies plus tard, de solder enfin les comptes d\u2019une \u00e9poque qui pensait que l\u2019oc\u00e9an pouvait tout dig\u00e9rer sans jamais rien rendre.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/lenergeek.com\/2026\/08\/18\/un-sous-marin-decouvre-200-000-futs-de-dechets-radioactifs-enfouis-depuis-des-decennies-en-explorant-un-site-recule-de-latlantique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">lenergeek.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.journaldugeek.com\/2026\/07\/07\/large-cotes-francaises-200-000-futs-radioactifs-latlantique-cnrs-lance-mission-evaluer-dangerosite\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">journaldugeek.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? Ajoutez-nous \u00e0 vosfavoris Google Deux cent mille f\u00fbts m\u00e9talliques, coul\u00e9s au fond de&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":236909,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[70],"tags":[73328,62478,12,13,18,17,58140,73329,595,73330,73,71,75,72,76,74],"class_list":["post-236908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-sciences-et-technologies","tag-archeologie-sous-marine","tag-atlantique-nord","tag-be","tag-be-fr","tag-belgique","tag-belgium","tag-dechets-nucleaires","tag-pollution-oceanique","tag-push","tag-radioactivite","tag-science","tag-science-and-technology","tag-sciences","tag-sciences-et-technologies","tag-technologies","tag-technology"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@be_fr\/117204202663389963","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=236908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236908\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/236909"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=236908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=236908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=236908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}