{"id":23994,"date":"2026-03-01T13:34:09","date_gmt":"2026-03-01T13:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/23994\/"},"modified":"2026-03-01T13:34:09","modified_gmt":"2026-03-01T13:34:09","slug":"je-trouvais-excitant-de-savoir-que-mon-pere-avait-officiellement-14-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/23994\/","title":{"rendered":"\u00abJe trouvais excitant de savoir que mon p\u00e8re avait officiellement 14 enfants\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n    ENTRETIEN &#8211; Cr\u00e9atrice de mode, elle fait sensation avec son podcast film\u00e9, o\u00f9 les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s s\u2019allongent sur le divan pour parler du v\u00eatement.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">\u00abJe comprends le clich\u00e9 d\u2019une jeune avec un vieux, mais Dado m\u2019a sauv\u00e9e.\u00bb Chez les Freud, la mise \u00e0 nu est tout un art. Sigmund, le p\u00e8re de la psychanalyse, a d\u00e9voil\u00e9 les tr\u00e9fonds de notre psych\u00e9. Lucian, le peintre, son petit-fils ch\u00e9ri, nous a livr\u00e9 avec ses pinceaux les chairs lasses. Intellectuels et c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s se sont tous d\u00e9nud\u00e9s dans son atelier. Tous sauf une (protocole oblige), la reine \u00c9lisabeth II. Mais si elle a gard\u00e9 couronne et collier de perles sur son ensemble bleu triste, les signes du temps sur son visage sont restitu\u00e9s sans piti\u00e9 dans ce portrait qui fit scandale. Aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 Bella, fille de Lucian, arri\u00e8re-petite-fille de Sigmund, de mettre des personnalit\u00e9s \u00e0 nu dans son podcast, l\u2019un des plus originaux et \u00e9cout\u00e9s du moment\u00a0: Fashion Neurosis.<\/p>\n<p>                                                                Aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 Bella, fille de Lucian, arri\u00e8re-petite-fille de Sigmund, de mettre des personnalit\u00e9s \u00e0 nu dans son podcast<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Couch\u00e9es sur un divan dans l\u2019intimit\u00e9 de son salon cosy, elles se laissent aller \u00e0 des confessions intimes sur les v\u00eatements et la nudit\u00e9 avec une fra\u00eecheur d\u00e9sarmante. Mais avant ce succ\u00e8s grand public, Bella comptait d\u00e9j\u00e0 des adulateurs, \u00e9pris de sa marque de v\u00eatements \u00e9ponyme, cool et c\u00e9r\u00e9braux juste ce qu\u2019il faut. Des vestes au tailoring impeccable et aux multiples poches (le vertige ultime de se lib\u00e9rer du sac), des costumes trois pi\u00e8ces \u00e0 la Bianca Jagger, des tee-shirts \u00e0 messages (Ginsberg is God, Hello Cunty, Whatever), et l\u2019iconique pull bicolore marqu\u00e9 1970 que toutes les filles dans le vent (de Kate Moss, Kate Middleton, Alexa Chung et Zadie Smith aux it girls de Chelsea) se sont arrach\u00e9. Le succ\u00e8s imm\u00e9diat de cette collection, elle le doit \u00e0 la mani\u00e8re subtile de revisiter certains tropismes de l\u2019imaginaire des seventies sans tomber dans le clich\u00e9 de la patte d\u2019eph. Des silhouettes \u00e0 peine androgynes, des coupes plut\u00f4t masculines, des looks qui jouent la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 insouciante mais intello.<\/p>\n<p>                                                                Bella comptait d\u00e9j\u00e0 des adulateurs, \u00e9pris de sa marque de v\u00eatements \u00e9ponyme, cool et c\u00e9r\u00e9braux juste ce qu\u2019il faut<br \/>\n                                                                <a class=\"fig-a11y-skip\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle\" is=\"fig-a11y-skip\" data-trigger-mode=\"visible-once\"><br \/>\n    Passer la publicit\u00e9<br \/>\n<\/a>            <\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">La route pour arriver \u00e0 ce degr\u00e9 de coolitude n\u2019a pourtant pas \u00e9t\u00e9 simple, et ne d\u00e9parerait pas dans les dossiers psychanalytiques de son a\u00efeul. Dans l\u2019ordre\u00a0: un p\u00e8re trop \u00e9pris de son art, une m\u00e8re trop jeune pour en \u00eatre une, une enfance de pr\u00e9carit\u00e9 et de nomadisme, une adolescence de doute et de r\u00e9bellion, une relation avec un prince italien flamboyant et amateur d\u2019opium de trente-six ans son a\u00een\u00e9, des ann\u00e9es de repli sur elle-m\u00eame, de psys, de liens d\u00e9nou\u00e9s et renou\u00e9s avec ses g\u00e9niteurs ; une sorte de d\u00e9livrance enfin, en trouvant sa voie dans la mode, et maintenant, une voix dans son podcast.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Isobel Lucia, dite Bella, na\u00eet en 1961, de l\u2019union entre Bernardine Coverley et Lucian Freud. \u00c0 17 ans, Bernardine, fugueuse, se lib\u00e8re de ses racines irlandaises catholiques dans le tourbillon du Swinging London aupr\u00e8s de Lucian, presque la quarantaine, artiste charismatique et volage. Le couple se s\u00e9pare apr\u00e8s la naissance d\u2019Esther, s\u0153ur cadette de Bella, et leur m\u00e8re les embarque \u00e0 Marrakech au milieu de communaut\u00e9s hippies, telles des vagabondes sans rep\u00e8res. \u00abJ\u2019apprenais l\u2019arabe, je comprenais ce que les gens disaient de nous\u00bb, se souvient Bella, qui sera un temps confi\u00e9e \u00e0 des amis pendant que Bernardine partira en Alg\u00e9rie rencontrer un ma\u00eetre soufi.<\/p>\n<p>    Bella Freud.<br \/>\n                Turkina Faso\/modds<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Retour en Angleterre au bout de deux ans, dans la campagne du Sussex chez le nouveau compagnon de la m\u00e8re. L\u00e0, Bella fr\u00e9quente une \u00e9cole Steiner et vit une \u00e9piphanie fashion\u00a0: \u00abLe look des ma\u00eetresses en Birkenstock \u00e9tait vraiment laid\u2026\u00bb Elle a 16 ans quand elle part vivre \u00e0 Londres. Entre vir\u00e9es nocturnes dans des bo\u00eetes interlopes au bras de son p\u00e8re et une \u00e9cole qui ne lui correspond pas, elle se cherche, et se trouve\u00a0: punk. Chez Vivienne Westwood, dans la mythique boutique Seditionaries, elle s\u2019int\u00e9resse forc\u00e9ment de plus en plus \u00e0 la mode. Elle a 20 ans quand elle rencontre le prince Alessandro \u00abDado\u00bb Ruspoli, qui en a 56. Esth\u00e8te et charmant, cet aristocrate dont on dit qu\u2019il a inspir\u00e9 Fellini pour La Dolce Vita emporte Bella dans son palazzo romain. \u00abJe comprends le clich\u00e9 d\u2019une jeune avec un vieux, mais Dado m\u2019a sauv\u00e9e.\u00bb Pendant cette parenth\u00e8se romaine, elle fr\u00e9quente d\u2019abord une \u00e9cole de mode. Lasse au bout de quelques mois, elle ne se pr\u00e9sente plus aux cours et choisit d\u2019aller directement dans les ateliers apprendre les secrets des meilleurs tailleurs de la ville, ceux qui cr\u00e9ent les costumes et chemises du prince que Bella aime emprunter. Comme un rituel, le soir avant le d\u00eener, ils fument de l\u2019opium en guise d\u2019ap\u00e9ritif.<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Je comprends le clich\u00e9 d\u2019une jeune avec un vieux, mais Dado m\u2019a sauv\u00e9e<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Apr\u00e8s trois ans, elle est pr\u00eate \u00e0 rentrer \u00e0 Londres et proposer ses services \u00e0 Vivienne Westwood, cette fois en suivant le marketing et la fabrication puisqu\u2019elle sait d\u00e9sormais parler aux fabricants italiens. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019elle pose pour son p\u00e8re, nue. Et commence \u00e0 \u00e9crire et produire des films, initie des collaborations avec des artistes\u2026 Enfin, en 1990, elle lance sa marque et sa premi\u00e8re collection. Le logo (une esquisse en noir et blanc de la t\u00eate d\u2019un chien encadr\u00e9e par son nom) est dessin\u00e9 par son p\u00e8re, inspir\u00e9 de Pluto, son l\u00e9vrier whippet. Succ\u00e8s imm\u00e9diat malgr\u00e9 la crise. Depuis, les saisons se succ\u00e8dent, les collections s\u2019\u00e9toffent avec un parfum, des bougies, des objets pour la maison, des collaborations, dont r\u00e9cemment avec Marks &amp;\u200aSpencer. Ses pi\u00e8ces se vendent dans des concept-stores pointus et dans la seule boutique de la marque, en centre-ville, pas loin d\u2019Annabel\u2019s, le club redevenu \u00e0 la mode, o\u00f9 la jeune Bella allait retrouver le Tout-Londres avec son p\u00e8re.<\/p>\n<p>                                                                En 1990, Bella Freud lance sa marque et sa premi\u00e8re collection\u00a0: le logo est dessin\u00e9 par son p\u00e8re, inspir\u00e9 de Pluto, son l\u00e9vrier whippet<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">C\u00f4t\u00e9 vie priv\u00e9e, elle se marie avec James Fox, journaliste et \u00e9crivain dont elle se s\u00e9pare en 2017, ne fait pas la m\u00e8re h\u00e9licopt\u00e8re, et adore parler po\u00e9sie avec son fils Jimmy Lux, \u00e9tudiant en litt\u00e9rature compar\u00e9e. Elle a pu dire au revoir paisiblement \u00e0 ses parents disparus la m\u00eame semaine de l\u2019\u00e9t\u00e9 2011. Cet \u00e9quilibre int\u00e9rieur trouv\u00e9, autre chose lui trotte en t\u00eate. Une id\u00e9e autour de la mode, qu\u2019elle esquisse d\u2019abord en talk-show, puis en format s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9. C\u2019est en \u00e9changeant avec des amis qu\u2019elle pense podcast, et imagine ses invit\u00e9s allong\u00e9s sur un canap\u00e9 en tissu boucl\u00e9 blanc, elle, assise sur un fauteuil d\u00e9labr\u00e9 en cuir couleur tabac ayant appartenu \u00e0 son p\u00e8re, lan\u00e7ant les questions hors de leur champ de vision. Coup d\u2019essai avec Rick Owens, qui confesse sa honte d\u2019avoir des t\u00e9tons minuscules, et \u00c9ric Cantona, qui s\u2019interroge sur la couleur. Suivront Zadie Smith (culpabilisant de lire No Logo, de la militante Naomi Klein, mais r\u00eave d\u2019une paire de Nike), Cate Blanchett, Nick Cave, Julianne Moore, Karl Ove Knausgaard, Rosal\u00eda, David Cronenberg\u2026 Tous jouent le jeu en tombant le masque, en se laissant aller \u00e0 des moments d\u2019intimit\u00e9, de partage, \u00e0 des aveux in\u00e9dits. Bella les \u00e9coute, relance, raconte, elle aussi, quelques anecdotes de sa vie, de voix douce et enchanteresse\u00a0: c\u2019est touchant, parfois dr\u00f4le, tr\u00e8s vrai. Alors que Fashion Neurosis continue de faire de nouveaux adeptes, \u00e0 notre tour de mettre Bella \u00e0 la place de ses invit\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>                                                                Bella \u00e9coute ses invit\u00e9s, relance, raconte, elle aussi, quelques anecdotes de sa vie, de voix douce et enchanteresse<br \/>\n                                                                <a class=\"fig-a11y-skip\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle_mtf\" is=\"fig-a11y-skip\" data-trigger-mode=\"visible-once\"><br \/>\n    Passer la publicit\u00e9<br \/>\n<\/a>            <\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Madame Figaro. \u2013 Votre enfance a \u00e9t\u00e9 mouvement\u00e9e&#8230;\u00a0<br \/>Bella Freud. \u2013 Tr\u00e8s impr\u00e9visible, je dirais. Mes parents ne vivaient pas ensemble, ma m\u00e8re avait fugu\u00e9 jeune, ses parents n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas au courant de l\u2019existence de ma s\u0153ur et moi. Mais on \u00e9tait tr\u00e8s unies, nous trois. Puisqu\u2019on avait tr\u00e8s peu d\u2019argent et que ma m\u00e8re s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 certaines formes de spiritualisme, notamment le soufisme, elle nous a emmen\u00e9es au Maroc. Elle nous lisait des contes soufis qui, pour nous, enfants, avaient un sens. Il y avait beaucoup d\u2019amour, mais le manque de r\u00e8gles, de structure dans le quotidien, g\u00e9n\u00e9rait beaucoup de tension et d\u2019angoisse. Toute seule, je m\u2019imposais ma propre discipline, je me testais et fixais des limites. Mais \u00e0 12 ans, tout est parti en \u00e9clats. Soudainement, personne ne m\u2019encourageait, ne pr\u00eatait attention \u00e0 moi. Ma m\u00e8re avait un nouveau compagnon qui avait trois enfants. Alors, j\u2019ai vir\u00e9 nihiliste, plus rien n\u2019avait ni int\u00e9r\u00eat ni sens.\u00a0<\/p>\n<p>Et d\u00e9couvrir que votre p\u00e8re avait officiellement quatorze enfants\u00a0?\u00a0<br \/>Franchement, je trouvais cette information-l\u00e0 plut\u00f4t excitante. Je me disais\u00a0: \u00abMe voil\u00e0 avec plein de demi-fr\u00e8res et s\u0153urs avec qui cr\u00e9er du lien.\u00bb Ma m\u00e8re a toujours parl\u00e9 de notre p\u00e8re en bien. Malgr\u00e9 le fait qu\u2019il ne nous aidait pas beaucoup, elle a toujours fait en sorte que nous ayons une vraie relation avec lui. Il l\u2019a d\u00e9laiss\u00e9e, elle, mais s\u2019est toujours int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 nous.<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Malgr\u00e9 le fait qu\u2019il ne nous aidait pas beaucoup, ma m\u00e8re a toujours fait en sorte que nous ayons une vraie relation avec mon p\u00e8re<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Au point de vous emmener \u00e0 14 ans partager ses vir\u00e9es nocturnes dans des bo\u00eetes louches comme The Colony et vous offrir une Gitane et un verre d\u2019alcool&#8230;\u00a0<br \/>C\u2019\u00e9tait intimidant et fascinant\u00a0: mon quotidien \u00e9tait tellement diff\u00e9rent\u00a0! Je pense que c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 entrevoir une route vers l\u2019art au sens large.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est de l\u00e0 que vient votre tee-shirt Hello Cunty (\u00abSalut connasse\u00bb, en fran\u00e7ais)\u00a0?\u00a0<br \/>J\u2019ai grandi dans un univers o\u00f9 le langage, les mots comptent. Mon \u00e9ducation s\u2019est faite \u00e0 travers la litt\u00e9rature. Mon p\u00e8re, dont l\u2019anglais \u00e9tait la deuxi\u00e8me langue, avait une ma\u00eetrise des mots articul\u00e9e, d\u00e9vastatrice, et si dr\u00f4le\u00a0! Francis Bacon aussi. Il \u00e9tait si vif qu\u2019il pouvait vous clouer au sol d\u2019une phrase. Hello Cunty \u00e9tait le mot de bienvenue de Muriel, la propri\u00e9taire du Colony, pour tous et toutes. J\u2019adorais cette id\u00e9e d\u2019int\u00e9grer des mondes en un seul mot. Je savais qu\u2019en l\u2019utilisant pour un tee-shirt, je prenais peut-\u00eatre un risque, mais articuler des mots, c\u2019est toujours prendre un risque.\u00a0<\/p>\n<p>Avez-vous su t\u00f4t que vous alliez entrer dans la mode\u00a0?\u00a0<br \/>En grandissant, je voulais \u00eatre plein de choses. J\u2019adorais les animaux et j\u2019ai pens\u00e9 devenir fermi\u00e8re, mais \u00e0 cette \u00e9poque on ne pouvait qu\u2019\u00eatre l\u2019\u00e9pouse de quelqu\u2019un. Voulais-je devenir femme de fermier\u00a0? Certainement pas\u00a0! Puis j\u2019ai voulu fugacement former un groupe de musique. En m\u2019inscrivant dans une \u00e9cole de mode, j\u2019ai pens\u00e9 trouver quelque chose. Les v\u00eatements m\u2019int\u00e9ressaient pour leur pouvoir de transformer une personne. C\u2019est dr\u00f4le, car chez moi, on ne lisait pas Vogue&#8230;<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Les v\u00eatements m\u2019int\u00e9ressaient pour leur pouvoir de transformer une personne.<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Les Anglais ne s\u2019int\u00e9ressaient pas \u00e0 la mode\u00a0?\u00a0<br \/>Je l\u2019ai compris en vivant en Italie\u00a0: l\u00e0-bas, c\u2019\u00e9tait normal de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la mode, presque obligatoire. Tandis que chez nous c\u2019\u00e9tait embarrassant, et surtout, il ne fallait pas montrer qu\u2019un look \u00e9tait pens\u00e9. Pour les Italiens, on \u00e9tait scruffy (d\u00e9braill\u00e9s, NDLR), mal fagot\u00e9s, limite miteux\u2026 Pour les Anglais, c\u2019est l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence qui compte, et pour moi, c\u2019\u00e9tait beaucoup de boulot d\u2019avoir l\u2019air jolie en pr\u00e9tendant ne pas m\u2019en soucier. Je me souviens que les premi\u00e8res fois que Vivienne Westwood se rendait en Italie, on la regardait avec d\u00e9dain et on se moquait d\u2019elle.\u00a0<\/p>\n<p>Quelle est la chose la plus importante que vous ayez apprise de Vivienne Westwood\u00a0?\u00a0<br \/>La m\u00eame que de mon p\u00e8re\u00a0: la pers\u00e9v\u00e9rance. Quand on a une id\u00e9e, il faut la poursuivre, s\u2019y appliquer, and you work until it works (\u00abet vous travaillez jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00e7a fonctionne\u00bb, NDLR). Quand mon p\u00e8re commen\u00e7ait un tableau et que quelque chose ne marchait pas, je voyais parfois son impatience. Il ne l\u00e2chait pas. Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019ont jamais l\u00e2ch\u00e9, malgr\u00e9 les critiques.\u00a0<\/p>\n<p>Et vous, y parvenez-vous\u00a0?\u00a0<br \/>Je crois que oui. Les critiques ne m\u2019arr\u00eatent pas. Mais je pr\u00e9f\u00e8re les r\u00e9actions positives, c\u2019est \u00e9nergisant, et plus fun.\u00a0<\/p>\n<p>Et qu\u2019avez-vous appris de Dado, votre prince italien\u00a0?\u00a0<br \/>Il \u00e9tait adorable, charmant, et tellement g\u00e9n\u00e9reux. Je comprends bien s\u00fbr que notre diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge ait pos\u00e9 probl\u00e8me, mais il m\u2019a sauv\u00e9e, il s\u2019est occup\u00e9 de moi \u00e0 un moment o\u00f9 j\u2019en avais vraiment besoin. Il m\u2019a aim\u00e9e. Nous avions une belle relation. Dans sa t\u00eate, nous avions le m\u00eame \u00e2ge. Et sa garde-robe \u00e9tait fantastique. J\u2019ai pass\u00e9 trois belles ann\u00e9es, puis j\u2019ai grandi, et cet arrangement ne me convenait plus.\u00a0<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui vous a pouss\u00e9e \u00e0 lancer votre marque\u00a0?\u00a0<br \/>Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 chez Vivienne, je ne savais pas si j\u2019allais continuer ou tout arr\u00eater. J\u2019ai dessin\u00e9 quelques accessoires, j\u2019ai gard\u00e9 le contact avec son fabricant de maille \u00e9cossais qui voulait bien travailler avec moi, et entre-temps, je me suis lanc\u00e9e dans l\u2019\u00e9criture et la direction de courts-m\u00e9trages. Je trouve qu\u2019on a plus de contr\u00f4le sur un film que dans la pr\u00e9sentation d\u2019une collection. J\u2019aime les collaborations, les points de vue d\u2019un autre.<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Je trouve qu\u2019on a plus de contr\u00f4le sur un film que dans la pr\u00e9sentation d\u2019une collection<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">\u00c0 propos, parlons du regard de votre p\u00e8re\u00a0: avoir pos\u00e9 nue pour lui n\u2019est pas anodin, m\u00eame si vous dites que poser nue est diff\u00e9rent d\u2019\u00eatre nue\u2026\u00a0<br \/>Poser est une forme de contrat entre les deux parties. Dans ce cadre, il y a une forme de protection totale. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je ressentais. J\u2019admets avoir \u00e9t\u00e9 nerveuse juste avant, j\u2019ai v\u00e9cu un moment o\u00f9 je me suis demand\u00e9 ce que je faisais, mais il est vite pass\u00e9. Je me sentais partie int\u00e9grante d\u2019un projet o\u00f9 mon r\u00f4le \u00e9tait d\u2019\u00eatre nue. J\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019aise, et j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a int\u00e9ressant. Pour tout dire, j\u2019\u00e9tais plus pr\u00e9occup\u00e9e par mon ventre un peu potel\u00e9\u2026\u00a0<\/p>\n<p>Dans Fashion Neurosis, Helena Bonham Carter a confi\u00e9 adorer vos v\u00eatements mais ne pas pouvoir les porter \u00e0 cause de sa morphologie. finalement, c\u2019est vous le mod\u00e8le de vos collections\u00a0?\u00a0<br \/>Mais je pourrais dire la m\u00eame chose \u00e0 mon sujet. Par exemple, les coupes en biais, que j\u2019aime tellement, ne me vont vraiment pas\u00a0! Pareil pour les vestes courtes, ou les fabuleuses robes en tulle de Molly Goddard. Sur moi, \u00e7a fait pauvre cousine de campagne\u2026 Oui, je pars de moi pour dessiner, mais je crois pouvoir rendre une personne belle dans mes v\u00eatements bien plus qu\u2019elle ne le pense. Au fond, j\u2019ai toujours aim\u00e9 les silhouettes un peu androgynes.<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Je pars de moi pour dessiner, mais je crois pouvoir rendre une personne belle dans mes v\u00eatements bien plus qu\u2019elle ne le pense<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">La suite du Diable s\u2019habille en Prada sort fin avril. Pour certains, les deux d\u00e9cennies qui les s\u00e9parent \u00e9quivalent \u00e0 une \u00e8re g\u00e9ologique en termes de mentalit\u00e9s et d\u2019inclusivit\u00e9. Vous \u00aborbitez\u00bb dans la mode depuis quarante ans, qu\u2019en dites-vous\u00a0?\u00a0<br \/>C\u2019est bien et utile d\u2019avoir des standards. Ce qui est derri\u00e8re nous, j\u2019esp\u00e8re, c\u2019est le harc\u00e8lement. C\u2019est horrible de s\u2019acharner sur quelqu\u2019un, de casser son \u00e9lan, de tuer sa confiance en soi. Mais j\u2019ai un peu de mal avec l\u2019imp\u00e9ratif actuel d\u2019\u00eatre toujours bienveillant. Et crier \u00e0 la misogynie de Picasso ne nous m\u00e8ne pas loin. L\u2019art, la mode, la recherche de soi provoquent forc\u00e9ment des questionnements, mais si tout est trop lisse\u2026<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">J\u2019ai un peu de mal avec l\u2019imp\u00e9ratif actuel d\u2019\u00eatre toujours bienveillant<\/p>\n<p>            Bella Freud<\/p>\n<p>                                                                <a class=\"fig-a11y-skip\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle_btf\" is=\"fig-a11y-skip\" data-trigger-mode=\"visible-once\"><br \/>\n    Passer la publicit\u00e9<br \/>\n<\/a>            <\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Quels souvenirs gardez-vous de vos d\u00e9buts de designer\u00a0?\u00a0<br \/>Chaque saison \u00e9tait un autre d\u00e9fi, mais heureusement, le syst\u00e8me a chang\u00e9. \u00c0 mes d\u00e9buts, il fallait pr\u00e9senter un catalogue tr\u00e8s \u00e9toff\u00e9, avec plein de couleurs et styles, c\u2019\u00e9tait si cher \u00e0 produire. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, le march\u00e9 s\u2019est montr\u00e9 plus sympathique, les cr\u00e9ateurs pouvaient pr\u00e9senter de petites collections, peu de palettes couleur. Maintenant, la longueur de la jupe est un non-sujet.\u00a0<\/p>\n<p>Et vous vous concentrez sur un look\u00a0?\u00a0<br \/>Celui que je sais le mieux faire. Je fonctionne comme \u00e7a. Pour moi, la mode, c\u2019est comme on se sent, comment composer son identit\u00e9, c\u2019est le lieu o\u00f9 cacher les choses, ou, au contraire, les rendre visibles. Cet \u00e9quilibre ou ce contraste, c\u2019est tr\u00e8s stimulant. Il est important de ne pas porter des v\u00eatements qui minent la confiance.\u00a0<\/p>\n<p>Vous dites que si on se sent bien dans son v\u00eatement, le cerveau gagne en \u00e9nergie\u2026\u00a0<br \/>Achetez les v\u00eatements qui vous conviennent et vous serez plus concentr\u00e9.<br \/>\u00a0<br \/>Venons-en \u00e0 votre podcast\u00a0: vous avez os\u00e9 le protocole freudien du canap\u00e9\u00a0!\u00a0<br \/>Quand j\u2019y ai pens\u00e9, je me suis dit\u00a0: \u00abC\u2019est gonfl\u00e9 quand m\u00eame, tu ne peux pas\u00a0! Et pourquoi pas\u00a0?\u00bb Je voulais interviewer des personnalit\u00e9s, pas forc\u00e9ment dans la mode, mais v\u00e9hiculant une sensibilit\u00e9 sur les v\u00eatements, le style. Mes premiers invit\u00e9s (Rick Owens, Zadie Smith\u2026) se sont livr\u00e9s si candidement\u2026 J\u2019avais l\u2019impression de d\u00e9couvrir une autre plan\u00e8te. Le but est de faire surgir l\u2019inattendu. On cherche, sans savoir quoi.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 part Elton John, qui figure sur votre dream list\u00a0 ?\u00a0<br \/>Incontestablement Miuccia Prada\u2026 et tant d\u2019autres. En un an, Fashion Neurosis m\u2019a ouvert un potentiel inesp\u00e9r\u00e9. Ce n\u2019est que le d\u00e9but. Plus on en fait, plus on peut en faire\u00a0!\u00a0<\/p>\n<p>Et pas de regrets\u00a0?\u00a0<br \/>Un, depuis plus de quarante ans\u00a0: ado, j\u2019ai auditionn\u00e9 pour rejoindre un cirque (univers pour moi proche de celui de la mode), et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 prise. Mais \u00e0 la derni\u00e8re minute, j\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait trop difficile et je n\u2019y suis pas all\u00e9e\u2026 Je regretterai toujours de ne pas avoir essay\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"ENTRETIEN &#8211; Cr\u00e9atrice de mode, elle fait sensation avec son podcast film\u00e9, o\u00f9 les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s s\u2019allongent sur le&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":23995,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102],"tags":[12,13,18,17,129,128,419,96,95,473,976,109,530,1126],"class_list":{"0":"post-23994","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-people","8":"tag-be","9":"tag-be-fr","10":"tag-belgique","11":"tag-belgium","12":"tag-celebrities","13":"tag-celebrity","14":"tag-culture","15":"tag-divertissement","16":"tag-entertainment","17":"tag-interview","18":"tag-mode","19":"tag-people","20":"tag-podcast","21":"tag-psychologie"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23994"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23994\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23995"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}