{"id":31421,"date":"2026-03-07T11:01:08","date_gmt":"2026-03-07T11:01:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/31421\/"},"modified":"2026-03-07T11:01:08","modified_gmt":"2026-03-07T11:01:08","slug":"quand-le-patient-type-est-un-homme-cest-un-vrai-probleme-pour-les-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/31421\/","title":{"rendered":"Quand le patient-type est un homme, c&rsquo;est un vrai probl\u00e8me pour les femmes"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, une femme a plus de risques de d\u00e9c\u00e9der d&rsquo;un infarctus qu&rsquo;un homme, car elle est souvent diagnostiqu\u00e9e trop tard. Derri\u00e8re cette statistique se cache un probl\u00e8me syst\u00e9mique qui prend racine bien avant le cabinet du m\u00e9decin: un \u00ab\u00a0biais masculin\u00a0\u00bb dans la recherche, depuis les exp\u00e9riences sur les animaux jusqu&rsquo;aux essais cliniques.<\/p>\n<p>Dans un laboratoire de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Gen\u00e8ve, une exp\u00e9rience comportementale est en cours. Des souris interagissent dans un dispositif complexe, leurs comportements scrut\u00e9s pour mieux comprendre des maladies comme la schizophr\u00e9nie. Parmi les cobayes, il n&rsquo;y a que des m\u00e2les: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai fait des tests chez les femelles, mais elles ne r\u00e9pondaient pas \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, explique-t-il. J&rsquo;utilise donc des m\u00e2les parce que je sais que l\u00e0 il y a une grosse diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce cas concret illustre une pratique de longue date dans la recherche fondamentale. Pour obtenir des r\u00e9sultats plus clairs, les chercheurs ont longtemps \u00e9cart\u00e9 les femelles. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait pour des raisons pratiques de vouloir simplifier la proc\u00e9dure et de prendre des groupes exp\u00e9rimentaux plus homog\u00e8nes o\u00f9 les r\u00e9sultats sont plus faciles \u00e0 interpr\u00e9ter. Le cycle hormonal des femelles est tr\u00e8s court chez les rongeurs et a un impact tr\u00e8s fort sur les comportements\u00a0\u00bb, explique Camilla Bellone, vice-doyenne en charge de la recherche \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de l&rsquo;UNIGE.<\/p>\n<p>Une question de \u00ab\u00a0simplicit\u00e9\u00a0\u00bb et de co\u00fbt<\/p>\n<p>Conscients du biais que cela engendre dans la recherche, les scientifiques tentent aujourd&rsquo;hui de corriger le tir. Mais inclure syst\u00e9matiquement les femelles dans les recherches demanderait trop de temps et d&rsquo;argent: \u00ab\u00a0Si on prend en consid\u00e9ration les m\u00e2les et les femelles, il faut consid\u00e9rer deux groupes exp\u00e9rimentaux. Cela implique de doubler le nombre d&rsquo;animaux, et le temps et l&rsquo;argent mis dans la recherche\u00a0\u00bb, poursuit-elle.<\/p>\n<p>Ce choix pragmatique n&rsquo;est pas sans cons\u00e9quence lorsqu&rsquo;on parle de recherche m\u00e9dicale. \u00ab\u00a0Une femme, ce n&rsquo;est pas un homme un peu plus petit\u00a0\u00bb, insiste la professeure Carole Clair, coresponsable de l&rsquo;Unit\u00e9 sant\u00e9 et genre \u00e0 Unisant\u00e9 et l&rsquo;UNIL. \u00ab\u00a0Il y a d&rsquo;autres sp\u00e9cificit\u00e9s, li\u00e9es au profil g\u00e9n\u00e9tique, aux hormones, \u00e0 la r\u00e9partition des graisses. C&rsquo;est complexe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des diagnostics manqu\u00e9s aux traitements inadapt\u00e9s<\/p>\n<p>Ce biais initial se r\u00e9percute sur toute la cha\u00eene m\u00e9dicale. Le premier impact concerne le diagnostic. Le mod\u00e8le de l&rsquo;infarctus \u00ab\u00a0typique\u00a0\u00bb \u2013 une douleur \u00e9crasante dans la poitrine irradiant dans le bras gauche \u2013 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini sur des collectifs masculins. Or, chez les femmes, les sympt\u00f4mes sont souvent plus diffus: naus\u00e9es, sueurs, fatigue extr\u00eame. Des signes que l&rsquo;on peut confondre avec une crise d&rsquo;angoisse ou les effets de la m\u00e9nopause.<\/p>\n<p>&gt;&gt; Lire aussi\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/geneve\/2026\/article\/les-hug-ouvrent-un-pole-cardiovasculaire-dedie-aux-femmes-a-geneve-29173614.html\" data-item-id=\"richtext_link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Ouverture d&rsquo;un p\u00f4le d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 cardiovasculaire de la femme aux HUG<\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;oncologue Anna Dorothea Wagner, du CHUV, observe le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne pour certains cancers. \u00ab\u00a0Un sous-type de cancer gastrique se manifeste plus fr\u00e9quemment chez des femmes de moins de 50 ans. Et on ne le cherche pas, car il ne correspond pas au profil habituel du patient, soit un homme plus \u00e2g\u00e9. Le r\u00e9sultat, c&rsquo;est un d\u00e9lai plus long dans le diagnostic.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette pionni\u00e8re, reconnue pour ces travaux sur les effets de sexe et de genre des tumeurs gastriques, a aussi fait une d\u00e9couverte importante: il existe une toxicit\u00e9 diff\u00e9rente des chimioth\u00e9rapies chez les hommes et les femmes. Une donn\u00e9e importante, qui peut modifier la balance b\u00e9n\u00e9fice risque d&rsquo;un traitement.<\/p>\n<p>Une lente prise de conscience<\/p>\n<p>Les effets secondaires des m\u00e9dicaments figurent parmi les cons\u00e9quences probl\u00e9matiques du biais masculin dans la recherche. Parce que les femmes ont longtemps \u00e9t\u00e9 exclues des premi\u00e8res phases d&rsquo;essais cliniques, par crainte d&rsquo;effets sur une potentielle grossesse. Les dosages \u00e9taient souvent calibr\u00e9s sur un homme de 70 kg. \u00ab\u00a0Les traitements qui sont retir\u00e9s du march\u00e9 en raison d&rsquo;effets secondaires ont 3 \u00e0 4 fois plus de risques d&rsquo;\u00eatre retir\u00e9s chez les femmes\u00a0\u00bb, alerte Carole Clair.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce constat, la prise de conscience s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re. Les grands fonds de recherche, comme le Fonds National Suisse, incitent d\u00e9sormais les scientifiques \u00e0 justifier leur choix et \u00e0 inclure les deux sexes. Mais le changement est lent. \u00ab\u00a0C&rsquo;est un biais de la recherche qu&rsquo;on est en train de changer, mais \u00e7a prend du temps, de la volont\u00e9 et de l&rsquo;argent\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Camilla Bellone.<\/p>\n<p>Pour Carole Clair, deux leviers sont essentiels: \u00ab\u00a0L&rsquo;enseignement, pour former la future g\u00e9n\u00e9ration de m\u00e9decins \u00e0 ces sp\u00e9cificit\u00e9s, et la recherche, pour combler le manque de donn\u00e9es.\u00a0\u00bb Cela passe par des choix politiques forts pour financer des \u00e9tudes sur des pathologies sp\u00e9cifiquement f\u00e9minines, mais aussi par une analyse syst\u00e9matique des donn\u00e9es en fonction du sexe. \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, moins de 5% des publications en oncologie le font\u00a0\u00bb, d\u00e9plore Anna Wagner.<\/p>\n<p>En attendant que la m\u00e9decine rattrape son retard, le message aux patientes est clair. \u00ab\u00a0Il ne faut pas s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 la r\u00e9ponse &lsquo;C&rsquo;est normal madame, \u00e7a va passer'\u00a0\u00bb, conclut Carole Clair. Un appel \u00e0 faire confiance \u00e0 son corps et \u00e0 insister pour \u00eatre entendue.<\/p>\n<p class=\"sources\">Feriel Mestiri<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En Suisse, une femme a plus de risques de d\u00e9c\u00e9der d&rsquo;un infarctus qu&rsquo;un homme, car elle est souvent&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":31422,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[82],"tags":[12256,12,13,18,17,16745,16746,16747,14596,86,15226,3823,563,4712,3824,3825,1914,13468,87,475,476],"class_list":{"0":"post-31421","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-sante","8":"tag-animal","9":"tag-be","10":"tag-be-fr","11":"tag-belgique","12":"tag-belgium","13":"tag-biais","14":"tag-camilla-bellone","15":"tag-carole-clair","16":"tag-essai-clinique","17":"tag-health","18":"tag-infarctus-du-myocarde","19":"tag-maladies-et-etat-de-sante","20":"tag-medecin","21":"tag-probleme","22":"tag-recherche-medicale","23":"tag-recherche-scientifique","24":"tag-risque","25":"tag-rts-info","26":"tag-sante","27":"tag-science-et-technologie","28":"tag-societe"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@be_fr\/116187554407851989","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31421","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31421"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31421\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/31422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31421"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31421"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31421"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}