{"id":39510,"date":"2026-03-13T09:47:10","date_gmt":"2026-03-13T09:47:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/39510\/"},"modified":"2026-03-13T09:47:10","modified_gmt":"2026-03-13T09:47:10","slug":"je-deteste-tous-ces-gens-qui-detestent-lepoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/39510\/","title":{"rendered":"\u00abJe d\u00e9teste tous ces gens qui d\u00e9testent l\u2019\u00e9poque\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n    INTERVIEW &#8211; Ic\u00f4ne mode absolue, la top \u00e0 l\u2019esprit mordant a d\u00e9jou\u00e9 tous les codes. Et profite, \u00e0 68 ans, d\u2019une libert\u00e9 folle\u00a0: celle d\u2019\u00eatre toujours elle-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Elle ouvre la porte. Le sourire est franc et chaleureux. L\u2019allure, pantalon baggy et pull court, est celle, d\u00e9li\u00e9e, d\u2019une \u00e9ternelle adolescente.\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/style\/ines-de-la-fressange-avez-vous-remarque-que-lorsqu-on-evoque-noel-cela-provoque-une-suite-de-lieux-communs-qui-denigrent-cette-saison-20251206\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">Ines de la Fressange<\/a>\u00a0nous accueille chez elle, \u00e0 Paris, dans le XIVe arrondissement. Un ancien atelier d\u2019artiste comme on en trouve beaucoup dans le quartier. Dans le salon, une immense verri\u00e8re laisse filtrer quelques rayons d\u2019hiver. Les couleurs sont douces (bois blond, vert d\u2019eau, rose tendre); l\u2019atmosph\u00e8re un poil surchauff\u00e9e \u2013 la faute aux maxiradiateurs en fonte d\u2019\u00e9poque. Des piles de livres encombrent la table basse. Au-dessus d\u2019un bureau, une \u00e9l\u00e9gante accumulation de cadres anciens\u00a0: paysages antiques, fusain, croquis de nu. Dans un coin, des portants qui d\u00e9bordent. Veste en tweed, velours, trench \u2013 soit quelques-uns des classiques du vestiaire de celle qui a su, mieux que d\u2019autres, th\u00e9oriser le je-ne-sais-quoi de la \u00abParisienne\u00bb. Les pieds gliss\u00e9s dans des chaussettes en laine gris chin\u00e9, Ines croque un Mikado, s\u2019affalant sans chichis dans l\u2019un des volumineux canap\u00e9s en cuir. \u00c0 68 ans, elle go\u00fbte le plaisir de mener sa barque l\u00e0 o\u00f9 bon lui semble. En 2025, elle a f\u00eat\u00e9 les dix ann\u00e9es d\u2019existence de sa boutique de mode et de lifestyle, sise \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s (forc\u00e9ment). Amie de la maison Roger Vivier, soutien discret de la jeune garde de la cr\u00e9ation mode (Guillaume Henry, ex-Patou, est ainsi son \u00abgrand pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00bb), elle garde un \u0153il avis\u00e9 sur un milieu qu\u2019elle conna\u00eet par c\u0153ur \u2013 elle \u00e9tait tout r\u00e9cemment au d\u00e9fil\u00e9 Chanel par Matthieu Blazy. Sur Instagram (o\u00f9 elle est suivie par plus de 500.000 abonn\u00e9s) comme dans la vie, elle cultive toujours cette libert\u00e9 de ton qui a fait sa renomm\u00e9e. Spontan\u00e9it\u00e9 et second degr\u00e9. Chic et vitalit\u00e9. Rencontre avec une l\u00e9gende bien vivante.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Madame Figaro. \u2013 Que dit de vous cet appartement, avec ses livres, ses sculptures, ses dessins\u00a0?\u00a0<br \/>Ines de la Fressange. \u2013 Quand je d\u00e9core un endroit, je le fais toujours d\u2019apr\u00e8s le quartier. Avant, j\u2019habitais dans le IXe arrondissement, dans l\u2019immeuble de G\u00e9ricault et d\u2019Offenbach. Alors j\u2019avais achet\u00e9 des petits tableaux tr\u00e8s XIXe si\u00e8cle. Ici, nous sommes dans le coin de la boh\u00e8me Montparnasse \u2013 j\u2019ai des voisins tr\u00e8s glamour\u00a0: Man Ray, Scott Fitzgerald, Foujita, Giacometti\u2026 Nous sommes dans l\u2019ancien atelier d\u2019un peintre, Raymond Legueult. J\u2019ai d\u2019ailleurs gard\u00e9 certains meubles d\u2019origine, comme ces deux armoires normandes \u2013 pas forc\u00e9ment mon go\u00fbt \u00e0 la base, mais tr\u00e8s dans le style de l\u2019atelier montmartrois de la peintre Suzanne Valadon. Il y a beaucoup de cro\u00fbtes dans cet appartement\u00a0! Mais le plus beau tableau est ce paysage de Jean-Baptiste S\u00e9cheret, un peintre contemporain que j\u2019adore. J\u2019aime aussi beaucoup le dessin. J\u2019ai fait \u00e0 peu pr\u00e8s dix minutes d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 l\u2019\u00c9cole du Louvre, et ma sp\u00e9cialit\u00e9, c\u2019\u00e9tait Delacroix. Je me souviens avoir eu la chance de voir ses carnets de\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/evasion\/trois-adresses-au-charme-etourdissant-pour-profiter-de-l-ete-indien-au-maroc-20241117\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">voyage au Maroc<\/a>\u2026 De l\u2019aquarelle, du pastel d\u00e9licat \u2013 c\u2019\u00e9tait magnifique. Parfois, certains dessins sont plus beaux que les tableaux, car il y a de la beaut\u00e9 dans le mouvement de l\u2019esquisse.<\/p>\n<p>                                                <a class=\"fig-a11y-skip\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle\" is=\"fig-a11y-skip\" data-trigger-mode=\"visible-once\"><br \/>\n    Passer la publicit\u00e9<br \/>\n<\/a>            <\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Quelle place avaient la culture et la cr\u00e9ation dans votre enfance\u00a0?\u00a0<br \/>J\u2019ai grandi \u00e0 la campagne,\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/deco-design\/tendances-deco\/dans-le-perche-un-moulin-transforme-en-maison-de-campagne-zen-et-contemporaine-20240707\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">dans un immense moulin<\/a>\u00a0(dans les Yvelines, NDLR). J\u2019ai connu l\u2019ennui, mais le bon ennui. Je lisais, je peignais, je fabriquais plein de trucs en p\u00e2te \u00e0 modeler\u2026 Mes parents n\u2019\u00e9taient pas du tout snobs, et surtout pas conventionnels. Ils accordaient plus d\u2019importance au talent des gens qu\u2019\u00e0 l\u2019argent. Il y avait toujours des invit\u00e9s \u00e0 la maison, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s cr\u00e9atif, extravagant. Quand j\u2019avais 10 ans environ, ma m\u00e8re a invit\u00e9 des \u00abamis argentins d\u00e9sargent\u00e9s\u00bb \u00e0 vivre \u00e0 la maison pendant presque un an. C\u2019\u00e9tait dingue, ils organisaient constamment des f\u00eates \u2013 je me souviens d\u2019un bal o\u00f9 tout le monde \u00e9tait habill\u00e9 en rose\u2026 Ils avaient peint en rose fluo nos deux pianos \u00e0 queue du salon\u00a0! Un autre jour, ils avaient fabriqu\u00e9 une sculpture en papier m\u00e2ch\u00e9 avec du fil de fer, une grande femme allong\u00e9e \u00e0 la Niki de Saint Phalle. On appelait cette petite bande \u00ables Pop\u00bb. Dans ce groupe, il y avait notamment le futur metteur en sc\u00e8ne Alfredo Arias, qui avait \u00e0 peine 20 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cheveux au carr\u00e9 et chemise taill\u00e9e dans un drapeau am\u00e9ricain\u2026 J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e. Je crois que mes parents m\u2019ont inculqu\u00e9 que l\u2019imagination est une chose pr\u00e9cieuse\u2026<\/p>\n<p>    Chemise en popeline de coton et foulard Charvet, trench en gabardine Ines de la Fressange, pantalon \u00e0 pinces en laine The Frankie Shop. Casquette Maison Michel, mocassins Ines de la Fressange.<br \/>\n                Rocio Ramos \/ Rocio Ramos<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Et la mode dans tout \u00e7a\u00a0?\u00a0<br \/>Adolescente, je cousais, je fabriquais des esp\u00e8ces d\u2019\u00e9toiles dans des jeans d\u00e9coup\u00e9s, je me tricotais des pulls. Je pensais que toutes les adolescentes du monde s\u2019int\u00e9ressaient aux v\u00eatements. Je suis arriv\u00e9e dans la mode par hasard, je ne savais pas ce que je voulais faire\u2026 Anthropologue\u00a0? P\u00e9dopsychiatre\u00a0? J\u2019ai commenc\u00e9 par \u00eatre mannequin en dilettante, me disant que c\u2019\u00e9tait un moyen de gagner un peu d\u2019argent de poche. En fait, je ne m\u2019autorisais pas l\u2019id\u00e9e que\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/beaute\/on-n-a-jamais-vu-autant-d-images-de-bimbos-semblant-creees-par-un-homme-macho-ines-de-la-fressange-et-le-grand-ecart-de-l-epoque-20250403\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">j\u2019aimais la mode<\/a>.<\/p>\n<p class=\"fig-body-link&#10;    \">\n            \u00c0 lire aussi<br \/>\n        <a class=\"fig-body-link__link\" href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/celebrites\/culture\/violette-d-urso-le-livre-porte-sur-mon-pere-mais-ma-mere-n-en-est-pas-absente-20230409\" data-fig-type=\"Article\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><br \/>\n        Violette d&rsquo;Urso, fille d&rsquo;Ines de la Fressange\u00a0: \u00abMon p\u00e8re a compens\u00e9 le manque de sa m\u00e8re par la drogue\u00bb<\/a>\n<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Quand vous avez d\u00e9barqu\u00e9, vous avez impos\u00e9 une nouvelle notion de la beaut\u00e9\u2026\u00a0<br \/>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, les d\u00e9fil\u00e9s s\u2019adressaient principalement \u00e0 la presse ou aux professionnels de la mode, alors les filles avaient de vraies t\u00eates, de grands nez, beaucoup de personnalit\u00e9. Je me souviens par exemple que lorsqu\u2019on essayait d\u2019entrer dans les tentes des d\u00e9fil\u00e9s avec les copines, les gars de la s\u00e9curit\u00e9 ne nous croyaient pas quand on leur disait qu\u2019on \u00e9tait mannequins\u2026 Ils s\u2019attendaient \u00e0 voir des pin-up\u00a0! C\u2019\u00e9tait nouveau, une fille un peu\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/defiles\/suzanne-lindon-meconnaissable-dans-un-look-androgyne-au-defile-miu-miu-a-paris-20251008\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">androgyne<\/a>, avec tr\u00e8s peu de maquillage, un Perfecto noir\u2026 Il y avait quand m\u00eame des gens qui pensaient que j\u2019\u00e9tais drogu\u00e9e\u2026 Je ne savais pas d\u00e9filer, j\u2019\u00e9tais ultratimide. Tout ce que j\u2019ai fait sur le podium, c\u2019\u00e9tait un peu par accident\u00a0: parce que d\u00e9filer sans sourire, je n\u2019\u00e9tais pas capable de faire \u00e7a\u00a0! Mes d\u00e9fauts sont devenus mes qualit\u00e9s. Moi et d\u2019autres, on a un peu aboli les notions de mignonnerie, de joliesse. Dans les ann\u00e9es 1980, il y a eu aussi l\u2019influence notable des Japonais, qui faisaient d\u00e9filer les filles sans maquillage, les cheveux d\u00e9faits. Moi-m\u00eame, la premi\u00e8re fois que j\u2019ai d\u00e9fil\u00e9 pour Comme des Gar\u00e7ons, je trouvais \u00e7a un peu bizarre\u00a0: on \u00e9tait toutes en noir, sans collant, avec des godillots\u2026<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Je ne savais pas d\u00e9filer, j\u2019\u00e9tais ultratimide. Tout ce que j\u2019ai fait sur le podium, c\u2019\u00e9tait un peu par accident\u00a0: parce que d\u00e9filer sans sourire, je n\u2019\u00e9tais pas capable de faire \u00e7a\u00a0!<\/p>\n<p>            Ines de la Fressange<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">C\u2019\u00e9tait aussi une \u00e9poque assez misogyne, non\u00a0?\u00a0<br \/>Il y avait beaucoup de pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 propos des mannequins. On pensait qu\u2019elles ne mangeaient que des feuilles de salade, qu\u2019elles \u00e9taient l\u00e0 pour trouver un mari\u2026 Avec l\u2019arriv\u00e9e du pr\u00eat-\u00e0-porter, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, les d\u00e9fil\u00e9s sont devenus de vrais \u00e9v\u00e9nements qui touchaient des gens qui ne faisaient pas partie du monde de la mode. Il y avait Montana, Mugler, Gaultier,\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/style\/quand-l-amour-nous-choisit-l-edito-de-jean-charles-de-castelbajac-20260131\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">Castelbajac<\/a>\u2026 Les journaux se sont alors int\u00e9ress\u00e9s au ph\u00e9nom\u00e8ne \u2013 et aux mannequins. Il suffisait de dire une banalit\u00e9 pour qu\u2019on vous trouve absolument brillante. J\u2019ai eu une moiti\u00e9 de page dans Le Monde, puis une page dans le Herald Tribune\u2026 C\u2019est all\u00e9 assez vite pour moi. Et puis je jouais le jeu, j\u2019acceptais les interviews, j\u2019allais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. On me mettait \u00e0 toutes les sauces\u00a0: une fois, en couverture de L\u2019Express, on me pr\u00e9sentait comme le parangon de la bourgeoisie fran\u00e7aise\u2026 Quelques mois plus tard, dans Le Nouvel Obs, on parlait \u00abd\u2019aristocratie fran\u00e7aise\u00bb. C\u2019\u00e9tait marrant\u00a0!<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">La mode a beaucoup chang\u00e9 depuis. Quel regard portez-vous sur l\u2019industrie actuelle\u00a0?\u00a0<br \/>\u00c7a rassure les hommes d\u2019affaires de faire des r\u00e9unions, des camemberts dans un tableau Excel, des plans de d\u00e9veloppement\u2026 Moi, \u00e7a me fait hurler de rire. On ne peut pas pr\u00e9voir ce qui va marcher, ce qui va rester. Regardez les classiques comme le 2.55 de\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/style\/news\/en-apesanteur-la-surprenante-apparition-de-l-astronaute-claudie-haignere-au-defile-chanel-20260310\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">Chanel\u00a0<\/a>: un petit sac boursoufl\u00e9, matelass\u00e9, avec une cha\u00eene toute fine, des proportions un peu absurdes\u2026 Ou le Kelly d\u2019Herm\u00e8s, \u00e0 l\u2019origine un sac pour nourrir les chevaux, qu\u2019une princesse mon\u00e9gasque demande en plus petit. La mode, c\u2019est l\u2019inattendu, l\u2019accident. Il faut admirer la tradition, mais oublier la convention. S\u2019il n\u2019y a plus de risque, la mode devient trop aseptis\u00e9e. Et mortelle. Lorsque je travaillais avec Karl Lagerfeld, tout se faisait dans la spontan\u00e9it\u00e9 et la dr\u00f4lerie. Et une libert\u00e9 totale. Je me souviens d\u2019une fois o\u00f9 Karl avait imagin\u00e9 une collection inspir\u00e9e par la d\u00e9gaine de l\u2019\u00e9crivain Paul L\u00e9autaud, avec de grands manteaux en tweed. En guise de ceinture, il m\u2019avait mis une corde, car il trouvait que L\u00e9autaud avait une allure de clochard superbe\u2026 Un autre jour, inspir\u00e9 par une exposition consacr\u00e9e au peintre Watteau qu\u2019il avait ador\u00e9e, il avait d\u00e9cid\u00e9 de m\u2019habiller en \u00abGilles\u00bb, comme sur la c\u00e9l\u00e8bre toile Bref, il y avait beaucoup de fantaisie, de rigolade. Et pas un homme d\u2019affaires pour dire qu\u2019il fallait montrer des sacs sur le podium\u2026 Je ne sais pas si \u00e7a pourrait se passer comme \u00e7a aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>    Veste en cuir, bermuda en coton et casquette Balenciaga. Escarpins Roger Vivier.<br \/>\n                Rocio Ramos \/ Rocio Ramos<\/p>\n<p>                                                <a class=\"fig-a11y-skip\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle_mtf\" is=\"fig-a11y-skip\" data-trigger-mode=\"visible-once\"><br \/>\n    Passer la publicit\u00e9<br \/>\n<\/a>            <\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Je pense que pour que la mode reste vivante, il faut en passer par le mauvais go\u00fbt, il faut en passer par le risque\u00a0: c\u2019est l\u2019\u00e9cole Chanel. Il faut se souvenir que\u00a0<a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/style\/qui-etait-bettina-graziani-la-parisienne-des-annees-50-qui-mit-coco-chanel-en-colere-20260111\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">Coco s\u2019habillait en noir<\/a>, une couleur r\u00e9serv\u00e9e jusqu\u2019alors aux veuves. Elle a popularis\u00e9 les bijoux fantaisie, qui faisaient tr\u00e8s \u00abfemme de mauvaise vie\u00bb, elle allait sur les champs de courses avec des chapeaux en feutre, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque les femmes avaient de grands couvre-chefs avec des oiseaux et des fleurs. C\u2019\u00e9tait comme \u00eatre punk\u00a0! J\u2019ai appris que pour faire un parfum, il faut des essences rares, les meilleures fleurs du monde, des extraits extraordinaires\u2026 Et pour lier le tout, un produit qui sent vraiment tr\u00e8s, tr\u00e8s mauvais. La mode, c\u2019est pareil.<\/p>\n<p class=\"fig-quote__text\">Je d\u00e9teste tous ces gens qui d\u00e9testent l\u2019\u00e9poque<\/p>\n<p>            Ines de la Fressange<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Comment vous sentez-vous dans cette \u00e9poque hyperconnect\u00e9e, hyperfragment\u00e9e\u00a0?\u00a0<br \/>Je d\u00e9teste tous ces gens qui d\u00e9testent l\u2019\u00e9poque. Ce qui vous garde en forme, c\u2019est d\u2019\u00eatre curieux. Je d\u00e9teste aussi ceux qui disent que les r\u00e9seaux sociaux sont une horreur. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 une des premi\u00e8res sur Instagram, d\u00e8s 2011, gr\u00e2ce \u00e0 un copain anglais. J\u2019y d\u00e9couvre plein de chouettes trucs. Je fais tout moi-m\u00eame. Il y a des gens qui font des r\u00e9unions avant de poster un truc, mais pas moi. Je suis \u00e9galement agac\u00e9e par tous ces vieux qui disent\u00a0: \u00abC\u2019\u00e9tait mieux avant.\u00bb Je trouve qu\u2019il y a beaucoup de choses \u00e0 apprendre de la jeune g\u00e9n\u00e9ration, qu\u2019on dit \u00ab<a href=\"https:\/\/madame.lefigaro.fr\/societe\/wokele-clic-activiste-retweeter-cest-sengager-101219-178675\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener nofollow\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"MADAME\">woke<\/a>\u00bb ou je-ne-sais-quoi. Sur la fa\u00e7on de voir le monde, sur les femmes\u2026 Moi, les jeunes, je les \u00e9coute. Je ne suis vraiment pas quelqu\u2019un de tourn\u00e9 vers le pass\u00e9. La nostalgie\u00a0? Au secours\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"INTERVIEW &#8211; Ic\u00f4ne mode absolue, la top \u00e0 l\u2019esprit mordant a d\u00e9jou\u00e9 tous les codes. 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