{"id":63459,"date":"2026-04-02T04:27:11","date_gmt":"2026-04-02T04:27:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/63459\/"},"modified":"2026-04-02T04:27:11","modified_gmt":"2026-04-02T04:27:11","slug":"quand-voir-et-toucher-parlent-le-meme-langage-dans-le-cerveau-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/63459\/","title":{"rendered":"Quand voir et toucher parlent le m\u00eame langage dans le cerveau"},"content":{"rendered":"<p>Attraper une balle au vol, \u00e9craser un moustique sur son bras\u2026 des gestes anodins, presque automatiques. Et pourtant, ils reposent sur une prouesse invisible : notre cerveau parvient \u00e0 fusionner ce que nous voyons et ce que nous ressentons, alors m\u00eame que ces deux mondes ne parlent pas le m\u00eame langage. Comment fait-il pour s\u2019y retrouver ? Une \u00e9tude men\u00e9e \u00e0 l\u2019UCLouvain l\u00e8ve une partie du myst\u00e8re : vision et toucher seraient traduits dans un m\u00eame code spatial, ind\u00e9pendamment de la position du corps. Une d\u00e9couverte fascinante sign\u00e9e Iqra Shahzad qui pourrait bien transformer, demain, les outils destin\u00e9s aux personnes d\u00e9ficientes visuelles.<\/p>\n<p>Certains gestes quotidiens semblent \u00e9vidents. Pourtant, ils reposent sur une prouesse du cerveau : la capacit\u00e9 \u00e0 combiner ce que nous voyons et ce que nous ressentons par le toucher. Ces deux syst\u00e8mes ne reposent pas sur la m\u00eame \u00ab carte \u00bb ; la vision est organis\u00e9e autour du regard, et le toucher est organis\u00e9 autour du corps. Mais comment le cerveau rassemble-t-il les informations pour savoir qu\u2019un objet se d\u00e9place dans telle direction \u2013 qu\u2019il soit vu ou ressenti ? Cette question cache un d\u00e9fi neuroscientifique majeur que vient de relever Iqra Shahzad, chercheuse \u00e0 l\u2019Institut de neurosciences de l\u2019UCLouvain (IONS), au sein de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Olivier Collignon.<\/p>\n<p>Depuis des d\u00e9cennies, la r\u00e9gion du cerveau appel\u00e9e hMT+\/V5, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019oreille, est connue pour son r\u00f4le cl\u00e9 dans la perception du mouvement visuel. Elle s\u2019active quand nous voyons un objet se d\u00e9placer et non quand un objet reste statique. \u00ab Un d\u00e9bat demeurait toutefois : cette r\u00e9gion est-elle uniquement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la vision ? Est-il possible qu\u2019elle soit aussi li\u00e9e au toucher ? \u00bb, questionne Iqra Shahzad.<\/p>\n<p>Pour comprendre comment le cerveau traite ce qu\u2019on voit d\u2019une part et ce qu\u2019on touche d\u2019autre part, l\u2019\u00e9quipe a recrut\u00e9 20 sujets valides. Chacun a pass\u00e9 environ quatre heures dans un scanner d\u2019IRM, pendant que son activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait enregistr\u00e9e. Les volontaires voyaient sur un \u00e9cran des points se d\u00e9placer dans diff\u00e9rentes directions (vers la gauche, la droite, le haut, le bas) tout en recevant sur la main des stimulations tactiles elles aussi orient\u00e9es dans plusieurs directions. Dans l\u2019environnement contraignant de l\u2019IRM, impossible d\u2019utiliser un dispositif complexe ; c\u2019est donc la chercheuse qui produisait ces stimuli \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pinceau en silicone. Les participant\u00b7es devaient aussi modifier la position de leur main ; un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience : selon la posture adopt\u00e9e, un m\u00eame mouvement ressenti sur la peau peut en effet correspondre \u00e0 une direction diff\u00e9rente dans l\u2019espace. En croisant l\u2019ensemble de ces donn\u00e9es, l\u2019\u00e9quipe avait les cl\u00e9s afin de d\u00e9terminer si le cerveau code le mouvement selon la surface de la peau (r\u00e9f\u00e9rence corporelle), ou selon l\u2019espace autour de nous (r\u00e9f\u00e9rence externe).<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats montrent que la r\u00e9gion hMT+\/V5 traduit les informations visuelles et tactiles dans un m\u00eame r\u00e9f\u00e9rentiel spatial externe, ind\u00e9pendant de la position de la main dans l\u2019espace. \u00ab Ce n\u2019est pas une carte sp\u00e9cifique \u00e0 la vision ni au toucher, mais une carte abstraite, combin\u00e9e et align\u00e9e, que le cerveau utilise pour organiser l\u2019information. Autrement dit, le cerveau ne traite pas les sens s\u00e9par\u00e9ment : il les int\u00e8gre.\u00bb, r\u00e9sume Iqra Shahzad. Comme le pr\u00e9cise Olivier Collignon, chercheur FNRS \u00e0 l\u2019UCLouvain : \u00ab Le cerveau ne traite pas les sens de mani\u00e8re isol\u00e9e : il transforme l\u2019information sensorielle dans un r\u00e9f\u00e9rentiel commun nous permettant de percevoir le mouvement de fa\u00e7on stable et coh\u00e9rente. \u00bb<\/p>\n<p>Enfin, hMT+\/V5 ne travaille pas seule : elle s\u2019inscrit dans un r\u00e9seau plus large impliquant des r\u00e9gions pari\u00e9tales et frontales qui collaborent pour aligner les informations sensorielles et garantir une perception fiable du mouvement, m\u00eame lorsque nous changeons de posture.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019avanc\u00e9e en neurosciences, cette d\u00e9couverte ouvre des perspectives concr\u00e8tes. \u00ab Mieux comprendre comment le cerveau utilise le toucher pour repr\u00e9senter le mouvement permet d\u2019imaginer de nouveaux outils d\u2019assistance pour les personnes avec une d\u00e9ficience visuelle \u00bb, explique Iqra Shahzad.<br \/>Les applications sont multiples, notamment : des syst\u00e8mes de navigation haptique tactile guidant les d\u00e9placements ; des dispositifs de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle offrant un retour sensoriel coh\u00e9rent avec l\u2019environnement ; ou encore des interfaces embarqu\u00e9es dans les v\u00e9hicules, transmettant des informations spatiales par le toucher.<\/p>\n<p>Publi\u00e9e dans la revue Nature Communications, cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par Iqra Shahzad dans le cadre de sa th\u00e8se, avec le soutien du programme europ\u00e9en Horizon 2020 Marie Curie. En d\u00e9montrant que le cerveau traduit la vision et le toucher dans un langage spatial commun, elle met en lumi\u00e8re un m\u00e9canisme cl\u00e9 de la perception.<\/p>\n<p>Pour la Ligue Braille, \u00ab Les recherches effectu\u00e9es ainsi que la conclusion de ces d\u00e9couvertes sont tr\u00e8s int\u00e9ressantes. Elles pourront ouvrir une nouvelle voie de recherche et d\u2019adaptation pour l\u2019aide au quotidien et l\u2019am\u00e9lioration des aides \u00e0 la navigation qui utilisent d\u00e9j\u00e0 la voie haptique \u00bb, commente Julie Dalhem, accompagnatrice et th\u00e9rapeute en psychomotricit\u00e9 \u00e0 la Ligue Braille. \u00ab Par ailleurs, cette \u00e9tude porte le message de l\u2019importance de la connaissance kinesth\u00e9sique et du sch\u00e9ma corporel pour les personnes atteintes de d\u00e9ficience visuelle \u00bb, compl\u00e8te-t-elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Attraper une balle au vol, \u00e9craser un moustique sur son bras\u2026 des gestes anodins, presque automatiques. 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