{"id":8419,"date":"2026-02-16T14:27:09","date_gmt":"2026-02-16T14:27:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/8419\/"},"modified":"2026-02-16T14:27:09","modified_gmt":"2026-02-16T14:27:09","slug":"lodorat-des-chiens-au-service-de-loncologie-medicale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/8419\/","title":{"rendered":"L\u2019odorat des chiens au service de l\u2019oncologie m\u00e9dicale"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Abdelaziz-Ben-Jebria-min(2).jpg\" width=\"15%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Abdellaziz Ben-Jebria &#8211;\u00a0Les chiens seraient-ils capables de d\u00e9tecter, avec succ\u00e8s, certains cancers dont ceux du sein, de la vessie, de la prostate et des poumons ? C\u2019est la question hypoth\u00e9tique que certains chercheurs am\u00e9ricains avaient lanc\u00e9e lors d\u2019un congr\u00e8s, en 1989, et \u00e9mise dans la prestigieuse revue scientifique m\u00e9dicale, \u02baThe Lancet\u02ba(1). Mais, il aurait fallu attendre plus de vingt ans pour qu\u2019une \u00e9quipe de chercheurs fran\u00e7ais, \u00e0 l\u2019Institut Curie (IC) de Paris, reprenne cette hypoth\u00e8se pour initier et entreprendre s\u00e9rieusement une v\u00e9ritable \u00e9tude d\u2019investigation clinique qui fait appel aux capacit\u00e9s olfactives des chiens. C\u2019est une m\u00e9thode simple et non-invasive qui a \u00e9veill\u00e9 aussi la curiosit\u00e9 d\u2019autres scientifiques internationaux, mais qui a suscit\u00e9, au sein de l\u2019\u00e9quipe de l\u2019IC, beaucoup d\u2019espoir concernant la possibilit\u00e9 de diagnostiquer pr\u00e9cocement le cancer du sein.<\/p>\n<p>Pourquoi les chiens en particulier? En g\u00e9n\u00e9ral, ces animaux ont particuli\u00e8rement une capacit\u00e9 cervicale qui pourraient m\u00e9moriser plus de cent milles odeurs diff\u00e9rentes ; et ils ont singuli\u00e8rement des r\u00e9cepteurs olfactifs un million de fois plus fins et plus pr\u00e9cis que ceux des humains, les rendant ainsi tr\u00e8s sensibles aux senteurs que l\u2019on peut percevoir. C\u2019est pour cette raison que l\u2019id\u00e9e de faire appel aux acuit\u00e9s fines de l\u2019odorat du chien en mati\u00e8re de d\u00e9pistage des cancers avait effleur\u00e9, depuis quelques temps, les esprits de plusieurs chercheurs dans la revue scientifique biom\u00e9dicale, \u02baThe Lancet\u02ba(1), qui avait fait l\u2019\u00e9cho en 1989. Ainsi, un certain nombre d\u2019\u00e9tudes plus r\u00e9centes ont tent\u00e9 d\u2019explorer cette aptitude olfactive particuli\u00e8rement all\u00e9chante des chiens pour la tester sur quelques types de cancer tels que ceux de la vessie, de la prostate, des poumons, et surtout du sein.<\/p>\n<p>Concernant le cancer de la vessie, les donn\u00e9es du \u02baGlobal Cancer Observatory\u02ba et de l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) convergent pour indiquer que c\u2019est la 9\u00e8me tumeur la plus fr\u00e9quemment localis\u00e9e chez l\u2019homme, mais quatre fois moins chez la femme, avec environ 600 000 cas diagnostiqu\u00e9s au niveau mondial, et plus de 200 000 personnes en meurent chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Constatant l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant pour l\u2019exploitation des compos\u00e9s organiques volatiles (COV) \u00e0 des fins de diagnostiques oncologiques, une \u00e9tude britannique(2) a tent\u00e9 de tester si la capacit\u00e9 olfactive des chiens pourrait contribuer significativement \u00e0 d\u00e9celer le cancer de la vessie. Le choix de ce type de cancer, comme mod\u00e8le exp\u00e9rimental, fut motiv\u00e9 par le fait que les COV qui sont li\u00e9s \u00e0 la tumeur en question sont bien lib\u00e9r\u00e9s dans l\u2019urine. Facilement collect\u00e9e, cette derni\u00e8re peut \u00eatre expos\u00e9e aux chiens pour la renifler r\u00e9guli\u00e8rement. Et ce faisant, ils peuvent donc \u00eatre dress\u00e9s progressivement pour s\u2019entrainer efficacement \u00e0 bien identifier les patients atteints du cancer de la vessie gr\u00e2ce \u00e0 leurs odeurs. Tout en observant que certains canid\u00e9s \u00e9taient plus dou\u00e9s que d\u2019autres, ces chercheurs rapportent que la plupart des chiens entrain\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cependant capable de rep\u00e9rer le cancer avec un taux de succ\u00e8s avoisinant les 40% ; l\u2019\u00e9quipe britannique conclut avec une euphorie assum\u00e9e que leur \u00e9tude apporte pour la premi\u00e8re fois la preuve exp\u00e9rimentale que les chiens peuvent d\u00e9celer des cancers avec succ\u00e8s relatif mais tout de m\u00eame significativement \u00e9lev\u00e9.<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Odorat-Chiens-1.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Pour le cancer de la prostate, on note que c\u2019est la deuxi\u00e8me tumeur maligne la plus fr\u00e9quemment d\u00e9pist\u00e9e chez l\u2019homme, avec une pr\u00e9valence qui avoisine les 1,5 millions de cas dans le monde. Comme dans le cas de la vessie, les compos\u00e9s organiques volatiles, pr\u00e9sents aussi dans l\u2019urine, ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme biomarqueurs alternatifs pour \u00e9valuer l\u2019efficacit\u00e9 de d\u00e9tection de la tumeur de la prostate par des chiens \u00e9duqu\u00e9s \u00e0 renifler l\u2019odeur des \u00e9chantillons collect\u00e9s. Et c\u2019est en effet dans le cadre d\u2019un projet international financ\u00e9 par la Fondation du Cancer de la Prostate qu\u2019une collaboration scientifique de chercheurs de Johns Hopkins, aux \u00c9tats-Unis et au Royaume-Uni, a d\u00e9montr\u00e9, dans une \u00e9tude de faisabilit\u00e9, que leurs chiens bien entra\u00een\u00e9s pouvaient faire la distinction entre les \u00e9chantillons d\u2019urine d\u2019hommes atteints d\u2019un cancer de la prostate et ceux d\u2019hommes sains, avec une pr\u00e9cision surprenante et un taux \u00e9lev\u00e9 d\u2019identification qui d\u00e9passe les 70%.<\/p>\n<p>Quant au cancer des poumons, qui est la principale cause de d\u00e9c\u00e8s dans le monde (pr\u00e8s de 2 millions), la d\u00e9tection olfactive canine d\u2019\u00e9chantillons est directe, car les patients d\u00e9gageraient dans leur haleine des compos\u00e9s chimiques organiques volatiles que les chiens seraient capables de reconna\u00eetre par leur odorat. Des travaux exploratoires ont montr\u00e9 que les profils sp\u00e9cifiques de marqueurs biochimiques ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s dans l\u2019air exhal\u00e9 par des patients atteints du cancer des poumons distincts de ceux des t\u00e9moins. Il semblerait, cependant, que l\u2019analyse chimique de l\u2019air expir\u00e9 s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e peu pertinente pour un diagnostic clinique individuel \u00e0 cause de la variabilit\u00e9 des \u00e9chantillons collect\u00e9s, des erreurs de mesures, et des limites de d\u00e9tections de ces COV.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il alors du cancer du sein? Il faut d\u2019abord retenir que selon le Centre International de la Recherche sur le Cancer (CIRC) et l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9, le cancer du sein touche les femmes jeunes et moins jeunes, \u00e0 partir de la pubert\u00e9, et que son incidence croit avec l\u2019\u00e2ge. En outre, 99% de ces cancers surviennent chez les femmes, contre 1% chez les hommes, avec une pr\u00e9valence d\u2019environ 2,5 millions de cas d\u00e9pist\u00e9s et 670 000 d\u00e9c\u00e8s dans le monde. Cependant, lorsqu\u2019il est diagnostiqu\u00e9 suffisamment t\u00f4t et correctement trait\u00e9, le taux de r\u00e9mission voire m\u00eame de gu\u00e9rison du cancer du sein est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est une des raisons qui avait motiv\u00e9 l\u2019\u00e9quipe de chercheurs fran\u00e7ais, \u00e0 l\u2019Institut Curie (IC) de Paris, \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux capacit\u00e9s olfactives des chiens pour d\u00e9tecter le cancer du sein. L\u2019autre raison qui a motiv\u00e9 l\u2019\u00e9quipe de l\u2019IC \u00e0 explorer cette nouvelle m\u00e9thode non-invasive, est que celle-ci serait peu co\u00fbteuse pour \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e et appliqu\u00e9e dans les pays pauvres.\u00a0<\/p>\n<p>Et c\u2019est donc en 2016 que le groupe de l\u2019IC a initi\u00e9 un projet de recherche, d\u00e9nomm\u00e9 KDOG, qui emploie tout simplement des compresses imbib\u00e9es de sueur pour dresser des chiens et les entra\u00eener pendant un an \u00e0 pouvoir bien identifier les odeurs sp\u00e9cifiques du cancer du sein. Ils ont ensuite lanc\u00e9 cette nouvelle m\u00e9thode de d\u00e9pistage non-invasif, dans le cadre d\u2019une v\u00e9ritable investigation clinique, sur un millier de femmes, en partant du principe que les odeurs \u00e9mises par les tumeurs, et diffus\u00e9es \u00e0 travers la peau, contiennent des compos\u00e9s organiques volatiles (COV) qui sont des marqueurs du cancer du sein que les chiens peuvent identifi\u00e9s apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ad\u00e9quatement dress\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce faisant, aucun contact direct entre les femmes et les chiens n&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire puisqu&rsquo;il suffisait que la personne passe une nuit avec une compresse, pos\u00e9e sur son sein, qu&rsquo;on r\u00e9cup\u00e8re dans un bocal en verre pour l&rsquo;exposer et la faire sentir au chien qui signale, ou pas, la pr\u00e9sence du cancer. Cette investigation a dur\u00e9 plus de trois ans ; elle a \u00e9volu\u00e9 au cours de ce temps avec enthousiasme, en suscitant beaucoup d\u2019espoir, puisqu\u2019apr\u00e8s des premiers tests concluants, beaucoup de chiens \u00e9taient capables de d\u00e9tecter, avec plus de 90% de r\u00e9ussite, un cancer du sein par la sueur.<\/p>\n<p>Cependant, le but \u00e9tant d&rsquo;observer aussi la fiabilit\u00e9 des chiens dans la d\u00e9tection des odeurs sp\u00e9cifiques du cancer du sein, et d&rsquo;\u00e9tudier la possibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9raliser cette technique de d\u00e9pistage \u00e0 plus grande \u00e9chelle, les chercheurs ne sont pour autant pas en mesure d\u2019affirmer, \u00e0 ce stade, que cette m\u00e9thode d\u2019odorat pourrait \u00eatre utilis\u00e9e comme un outil de diagnostic routinier. Ils ont en effet observ\u00e9, au bout du compte, des probl\u00e8mes de lassitude chez les chiens. Ces derniers jouent bien des fois le jeu pour \u00eatre r\u00e9compens\u00e9s quand ils r\u00e9ussissent dans leurs t\u00e2ches ; mais, d\u00e8s qu\u2019ils ne s\u2019amusent plus, ils perdent leur engouement et leur emballement \u00e0 agir dans leur mission ; ce qui g\u00e9n\u00e9rait des r\u00e9sultats variables. En attendant de futurs r\u00e9sultats prometteurs, il est indispensable de se tourner vers l\u2019\u00e9chographie et la mammographie pour mieux diagnostiquer un potentiel cancer du sein.<\/p>\n<p>En conclusion, on peut g\u00e9n\u00e9ralement affirmer que:<\/p>\n<p>1) Les chiens bien dress\u00e9s sont bien capables de distinguer les \u00e9chantillons d&rsquo;odeurs typiques de patients atteints de cancers de ceux d\u2019humains en bonne sant\u00e9.<\/p>\n<p>2) La m\u00e9thode canine pr\u00e9sente certains avantages en tant que m\u00e9thode potentielle de d\u00e9pistage du cancer par l\u2019odorat, en raison de son caract\u00e8re non-invasif, de la simplicit\u00e9 de collection des \u00e9chantillons, de la facilit\u00e9 d\u2019analyse et d\u2019interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats, et du faible co\u00fbt de revient.<\/p>\n<p>3) Cependant, le souci le plus probl\u00e9matique qui a surgi de tous les tests et essais concernant cette capacit\u00e9 olfactive du chien dans le d\u00e9pistage du cancer, est la grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des performances entre les diff\u00e9rentes \u00e9tudes, ainsi qu&rsquo;au sein d&rsquo;une m\u00eame \u00e9tude, qui pourrait d\u00e9pendre des caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9tiques, de la pr\u00e9cision de la d\u00e9tection, de la m\u00e9thodologie de dressage et d&rsquo;entra\u00eenement, ainsi qu\u2019\u00e0 la lassitude des performances des chiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Abdellaziz Ben-Jebria<\/p>\n<p>1. Hywel W., A. Pembroke. Sniffer dogs in the melanoma clinic? The Lancet, Volume 33, Issue 8640, Page 734, 1989.<\/p>\n<p>2. Willis C.NM. Olfactory detection of human bladder cancer by dogs: proof of principle study. BMJ, vol. 329, pp: 712-715, 2004.<\/p>\n<p>3. Guest C. Feasibility of interesting canine olfaction with chemical and microbial profiling of urine to detect lethal prostate cancer. 10.1571\/Journal. Pone. 0245530, 2021.<br \/>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par Abdellaziz Ben-Jebria &#8211;\u00a0Les chiens seraient-ils capables de d\u00e9tecter, avec succ\u00e8s, certains cancers dont ceux du sein, de&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8420,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[82],"tags":[12,13,18,17,5820,86,5817,5819,5818,2388,87,2400],"class_list":{"0":"post-8419","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-sante","8":"tag-be","9":"tag-be-fr","10":"tag-belgique","11":"tag-belgium","12":"tag-dirigeants","13":"tag-health","14":"tag-journal-en-ligne","15":"tag-leaders","16":"tag-media-en-ligne","17":"tag-personnalites","18":"tag-sante","19":"tag-tunisie"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8419","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8419"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8419\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}