Prêts pour une traversée du XXe siècle ? En février et mars 2026, entre la rive gauche et le Marais, les galeries parisiennes brossent un panorama saisissant des avant-gardes d’hier et d’aujourd’hui.

Qu’il s’agisse de (re)découvrir le peintre naïf Camille Bombois à la galerie Dina Vierny, de célébrer la rencontre historique entre le designer Ettore Sottsass et le pape du pop art Andy Warhol à la galerie Mitterrand, ou de scruter l’artiste palestinien Mahdi Baraghithi, cette sélection coup de cœur fera palpiter tous les amateurs d’art.

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Le naïf Camille Bombois fait son théâtre à la galerie Dina Vierny

Camille Bombois, Préparation pour le bain

Camille Bombois, Préparation pour le bain, 1930

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Huile sur toile • 92,2 × 72,8 cm • © Jean-Louis Losi / Galerie Dina Vierny

Autodidacte méconnu, lutteur de cirque devenu peintre naïf, Camille Bombois (1883–1970) construit une œuvre puissante, un vrai théâtre des apparences. Dans ses toiles, les corps monumentaux s’imposent sur des fonds sombres comme sous les projecteurs d’un théâtre populaire. Dans ces années 1920–1930, en pleine maturité, il peint des cueilleuses de cerises, des nus au bain, des gerbes de fleurs éclatantes. Une lumière presque artificielle traverse ces scènes, créant une tension qui n’est pas sans évoquer Félix Vallotton. Fidèle à ce peintre fétiche qu’elle expose depuis 1981, la galerie Dina Vierny réunit une vingtaine d’œuvres donnant à voir la plénitude des formes et la dignité des humbles, caractéristiques du style de Bombois.

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Camille Bombois – Le théâtre des apparences

Du 4 février 2026 au 14 mars 2026

Ettore Sottsass et Andy Warhol, le choc des titans à la galerie Mitterrand

Vue de l’exposition « Centro Fly Milan 1966 : Ettore Sottsass & Andy Warhol » à la galerie Mitterrand, Paris

Vue de l’exposition « Centro Fly Milan 1966 : Ettore Sottsass & Andy Warhol » à la galerie Mitterrand, Paris, 2026

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Courtesy galerie Mitterrand / © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris, 2026 / Photo Gregory Copitet

Back to the sixties ! Au Centro Fly de Milan, en février 1966, Ettore Sottsass présente ses meubles révolutionnaires au sein d’une scénographie de Gae Aulenti, le tout en dialogue avec l’œuvre pop d’Andy Warhol. 60 ans plus tard, la galerie Mitterrand ressuscite cet esprit rue Saint-Honoré en exposant les Mobili Fly de Sottsass, entre architecture et sculpture, aux côtés des sérigraphies warholiennes de Liz Taylor, icônes de la répétition en série et de la culture de masse. La correspondance est frappante : même élévation de l’objet ordinaire au rang de chef-d’œuvre, même simplification, même puissance visuelle. Au-delà de la nostalgie, c’est l’illustration d’un moment charnière où design et pop art repensent notre rapport aux formes et à la culture.

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Centro Fly Milan 1966 : Ettore Sottsass & Andy Warhol

Du 12 février 2026 au 9 mai 2026

Le maître afro-américain Barkley L. Hendricks à la galerie Marian Goodman

Barkley L. Hendricks, Untitled (New London, CT)

Barkley L. Hendricks, Untitled (New London, CT), 1979

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Impression jet d’encre, tirage original • 66 × 99,1 cm • Courtesy Estate of Barkley L. Hendricks, Jack Shainman Gallery, NewYork et Marian Goodman Gallery / © Barkley L. Hendricks

Ne manquez pas cette première exposition personnelle en Europe de Barkley L. Hendricks, portraitiste visionnaire né en 1945 à Philadelphie et disparu en 2017. Dans les années 1970, cet Afro-Américain formé à Yale révolutionne l’art du portrait en donnant visibilité et dignité à des anonymes croisés dans la rue. Influencé par Rembrandt et Van Dyck, il peint avec une virtuosité saisissante des fonds monochromes, portant une attention obsessionnelle aux textures des vêtements et à la théâtralité du cadrage. L’œuvre d’Hendricks ne se cantonne pas au portrait et la galerie Marian Goodman révèle ainsi ses peintures minimalistes de basket-ball, ses paysages jamaïcains en tondo Renaissance et, surtout, l’immense œuvre photographique de celui qui a été l’élève de Walker Evans. Sensationnel.

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Barkley L. Hendricks – All is Portraiture

Du 6 février 2026 au 4 avril 2026

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Gisèle Celan-Lestrange sortie de l’oubli à la galerie-librairie Métamorphoses

Gisèle Celan-Lestrange, « Souvenir de Hollande [Erinnerung an Holland] » anciennement intitulé « Je maintiendrai »

Gisèle Celan-Lestrange, « Souvenir de Hollande [Erinnerung an Holland] » anciennement intitulé « Je maintiendrai », juin 1964

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Eau-forte • 30 × 26 cm • Courtesy Librairie Métamorphoses / © Eric Celan

C’est une réparation nécessaire. Longtemps effacée, restée dans l’ombre de son mari, le poète Paul Celan, Gisèle Celan-Lestrange (1927–1991) est enfin en pleine lumière. À la galerie-librairie Métamorphoses, le public découvre une artiste discrète, autrice d’œuvres abstraites, énigmatiques, car nourries de nature, de taoïsme et de poésie. Gravures, pastels, aquarelles : chaque trait puise dans un geste subtil et intérieur tout en dessinant un dialogue profond, une influence réciproque avec son époux. À l’occasion de cette exposition paraît une monographie originale signée Bertrand Badiou qui, par un grand entretien fictif à partir de ses lettres et journaux intimes, reconstitue la voix et la pensée de l’artiste.

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Gisèle Celan-Lestrange – Sur le grand chemin

Du 10 février 2026 au 28 mars 2026

librairiemetamorphoses.com

Fleurs et gazons verts par Mahdi Baraghithi à la galerie La La Lande

Vue d’exposition « This Work Carries No Meaning – Mahdi Baraghithi » à la galerie La La Lande, Paris

Vue d’exposition « This Work Carries No Meaning – Mahdi Baraghithi » à la galerie La La Lande, Paris, 2026

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© Photo Lionel Belluteau

Des fleurs contre l’oubli. En plastique, en paillettes, peintes ou photographiées, les fleurs sont partout chez Mahdi Baraghithi. Elles bordent les rêves de prisonniers palestiniens, elles rappellent les maisons perdues, fanent sous des ciels sans soleil. Né en 1991 à Ramallah en Palestine, contraint à l’exil en octobre 2023, l’artiste qui manie la peinture, l’installation et le collage révèle à la galerie La La Lande des toiles semés de gazons verts – autant d’horizons pour s’échapper. Les hommes qui s’y posent sont des icônes endormies, sortes de « Dormeurs du Val » rimbaldiens auxquels il donne dignité et poésie. Sous le commissariat de Horya Makhlouf, cette première exposition personnelle pose une question : que peuvent encore dire les images quand plus rien n’a de sens ? Que les fleurs repoussent malgré tout, graines d’espoir et de résistance.

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This Work Carries No Meaning – Mahdi Baraghithi

Du 30 janvier 2026 au 28 février 2026

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