La souveraineté de l’intelligence artificielle devient un enjeu stratégique majeur pour l’armée. Mercredi le 19h30 révèle que RUAG s’est associée à une startup lausannoise pour développer un outil d’IA entièrement suisse et indépendant, conçu pour le traitement de données sensibles.

A Thoune, dans les locaux de RUAG, l’entreprise a récemment présenté à certains de ses employés « LLARA », un outil d’intelligence artificielle conversationnel développé en interne. Cet outil doit accompagner les évolutions technologiques de la défense suisse.

« Je suis vraiment convaincu que l’IA jouera un rôle majeur dans tout le domaine de la défense. Cela va entraîner des bouleversements. Nous les voyons déjà se produire en direct. Et il y aura encore beaucoup, beaucoup de changements », explique au 19h30 Stephan Hirth, vice‑président en charge des communications et des capteurs sécurisés chez RUAG.

Chargée de l’entretien et du développement technologique de l’armée suisse, l’entreprise réfléchit déjà à des applications concrètes. « J’imagine qu’un jour, on sera assis dans un char et qu’on parlera à un chatbot de ce genre. Que ce soit ‘LLARA’ ou non, je ne sais pas. Mais je pense que nous allons très clairement dans cette direction », estime Stephan Hirth.

L’enjeu du contrôle total

« LLARA » va prochainement intégrer un nouveau moteur aux capacités de raisonnement améliorées, développé en Suisse par la startup lausannoise Giotto.AI. L’entreprise a conçu un modèle capable de rivaliser avec ses équivalents américains ou chinois dans les classements internationaux, tout en consommant beaucoup moins de données. Cette légèreté permet de l’exploiter de manière cloisonnée, sans connexion à internet, un atout clé pour le domaine de la défense.

« Dès lors que les données et les processus sont sensibles, nous avons besoin d’une technologie qui puisse être déployée sur une infrastructure que l’on contrôle. Pour la défense, parler d’un modèle portable, installé là où on le souhaite, est évidemment essentiel », explique Aldo Podestà, PDG de Giotto.AI.

Pour Giotto.AI, la souveraineté sur les données et le processus technique est un argument de vente. « On n’est pas encore dans le cas de figure où 80% de l’économie dépend de l’IA. Mais ça va arriver », assure le président de la startup. « Donc, c’est extrêmement important, c’est fondamental pour un pays, d’avoir le contrôle complet de l’intelligence. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut louer. »

L’armée suisse réceptive

Une aubaine pour l’armée suisse. Pour le chef de son commandement cyber, « il est crucial pour les forces armées de maîtriser à la fois le matériel et les modèles, de disposer de modèles souverains, car nous traitons souvent des informations classifiées et nous ne pouvons pas nous permettre de les rendre accessibles sur le cloud ou via un modèle public ».

Le divisionnaire Simon Müller l’assure, « l’intelligence artificielle et le « machine learning », recèle un potentiel énorme pour les forces armées, notamment en situation opérationnelle. Nous sommes confrontés à une quantité considérable de données issues de capteurs, par exemple, et leur analyse peut s’avérer extrêmement utile. Mais elle peut également servir à la reconnaissance de formes. »

Sujet TV: Michael Maccabez

Adaptation web: Miroslav Mares