Les pierres blondes prennent le soleil. En cette fin de mois d’avril, le MADD (musée des Arts décoratifs et du Design) ouvre à nouveau sa large cour pavée aux visiteurs, qui retrouvent leurs habitudes dans l’hôtel de Lalande. L’accueil du musée a été largement modifié. Désormais, à gauche de l’entrée sur la rue, un passage à ciel ouvert révèle l’ancienne cour des écuries de l’hôtel particulier, entourée de deux espaces aux larges baies vitrées : le café-restaurant d’un côté, qui peut accueillir ses clients de façon autonome (sans billet d’entrée), et, de l’autre, la billetterie doublée d’une boutique, laquelle donne accès au musée. La pierre blonde dialogue donc désormais avec ces immenses pans translucides, et le métal qui les encadre.
Éminemment contemporain dans ce monument édifié à la fin du XVIIIe siècle, le geste est fort, élégant. Il est signé de l’agence d’architecture Antoine Dufour, coutumière des projets de réhabilitation du patrimoine ancien. Leur mission dans ces lieux ? Donner de l’ampleur aux espaces d’accueil donc (pour notamment éviter aux groupes d’attendre dehors, comme ils le faisaient jusqu’ici), mais aussi rendre le musée complètement accessible aux personnes à mobilité réduite et fluidifier la circulation entre l’hôtel particulier et l’ancienne prison qui le jouxte, et dans laquelle le musée organise ses expositions temporaires.
Des espaces plus aérés et lumineux
L’agence a choisi de mettre en valeur le meilleur de ce qui existait déjà, et de se débarrasser des ouvrages de second œuvre moins intéressants, en révélant, comme nous l’explique l’architecte Aymeric Antoine, « les murs en pierre cachés sous des cloisons ou des faux plafonds ».
Dévoilé en partie ce 22 avril – une importante portion de l’hôtel particulier demeure en travaux jusqu’en 2027 –, le résultat est une leçon d’architecture. L’agence a choisi de mettre en valeur le meilleur de ce qui existait déjà, et de se débarrasser des ouvrages de second œuvre moins intéressants voire nocifs dans leurs choix de matériaux, par exemple en révélant, comme nous l’explique l’architecte Aymeric Antoine (cofondateur de l’agence avec Pierre Dufour), « les murs en pierre cachés sous des cloisons ou des faux plafonds ». L’ensemble du projet a été conçu de manière écologique, à la fois dans le choix de matériaux « robustes » et dans la consommation d’énergie, « réduite de 40 % grâce à la réfection thermique du site ».

Réouverture du le MADD (musée des Arts décoratifs et du Design) de Bordeaux, 2026
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Dans cette logique, les architectes ont souhaité valoriser les vides du musée, aérer les espaces, y faire entrer le plus possible la lumière naturelle (une énergie gratuite !) dans les salles, laquelle « vient lécher les œuvres, ce qui est très rare dans un musée », détaille encore l’architecte. Toutes les interventions contemporaines sont nettement visibles, et se décollent de « deux centimètres du bord » de l’existant, pour mettre en évidence l’ajout, et ne pas faire semblant de se fondre dans le passé. Entre l’hôtel particulier et l’ex-pénitencier, une autre grande baie vitrée donne sur une dernière cour : celle-ci peut s’ouvrir, mais uniquement grâce à une manivelle que l’on active à la simple force du poignet. Tout un symbole !
Le dessin et l’argile à l’honneur
Absolument splendide en ce qu’elle réussit à mettre en valeur le passé du site, ses matériaux et ses détails les plus nobles, tout en le faisant entrer dans la pensée constructive contemporaine, la rénovation du musée va de pair avec un renouveau dans la programmation. Jusqu’ici, déplorait l’équipe dirigée par Constance Rubini, « les conditions de conservation des œuvres mettaient en péril les collections et empêchaient certains prêts ». Aujourd’hui, une nouvelle ère s’ouvre donc, avec trois expositions. La première – dès l’entrée du musée – est petite et permet de découvrir le cabinet d’arts graphiques, en se concentrant sur une collection de feuilles anciennes issue de la collection de dessins de Jacques Sargos, fameux galeriste bordelais.

Tommaso Sandrini, Projet de plafond, décor en trompe l’oeil, Italie, vers 1600
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Exposition « Morceaux choisis, Regard sur la collection de dessins de Jacques Sargos » • Coll. musée des Arts décoratifs et du Design, Bordeaux • © MADD Bordeaux – L. Gauthier
La deuxième, si elle se résume presque à une seule quoique vaste vitrine, met en lumière une sélection absolument merveilleuse de 80 céramiques, produites de l’Antiquité à nos jours. D’un vase de la période Nagada (quatrième millénaire avant notre ère) à une spectaculaire sculpture formée de milliers de minuscules rouleaux de porcelaine enroulés sur eux-mêmes par Hattori Makiko (née en 1984), l’ensemble met en évidence l’élégance renouvelée depuis la nuit de temps de l’art de l’argile, et subjugue.
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Hommage émouvant à une designer de talent
La troisième – la plus vaste des trois – s’empare des espaces de l’ancienne prison, y compris de ses cellules, pour raconter la trajectoire éclair de Pauline Deltour (1983–2021). En seulement dix ans, la designer française s’est attaquée à toutes sortes de sujets pour imaginer et donner vie à des bijoux, un service à thé en porcelaine pour Arita, un vélo pour La Poste, des poignées de porte, une déclinaison de corbeilles à papier métalliques pour Alessi, du mobilier d’extérieur… Soit 180 objets réalisés pour une cinquantaine de marque différentes, qui ne sont pas tous ici montrés mais qui, réunis sur une grande table à la façon d’un banquet bigarré de designs et d’idées, racontent une personnalité extraordinairement créative.

Exposition « Pauline Deltour, une apparente simplicité », au MADD Bordeaux, vue de la cour « Objets », 2026
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Disparue prématurément à l’âge de 38 ans, la designer est aussi décrite ici par ses proches, qui ont chacun choisi un objet pour lui rendre hommage ; ce sont souvent des cadeaux, comme de drôles d’éponges fantaisistes ramenées d’Asie pour son père ou un astucieux distributeur de cure-dents pour un collaborateur, mais aussi un album pour enfant choisi par sa fille car elle le lui lisait souvent. Infiniment touchante, l’exposition convoque une émotion brute, en plus d’aborder une carrière, une approche esthétique. « Tous ces objets ne seraient pas ce qu’ils sont sans la personnalité de Pauline Deltour », tient à rappeler la co-commissaire de l’exposition, Bérengère Bussioz, designer elle-même. Dire l’humaine, la collaboratrice, l’épouse, la mère derrière la designer : l’hommage est très beau.
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Musée des Arts décoratifs et du Design
39 Rue Bouffard • 33000 Bordeaux
madd-bordeaux.fr