Des dérapages ont eu lieu dans le cadre de l’œuvre de Thomas Hirschhorn au Pavillon Sicli à Genève. Selon le journal Le Temps, ils seraient dus à l’alcool distribué gratuitement sur le site. L’artiste reconnaît une erreur, mais pointe aussi du doigt la question de la précarité dans la population genevoise, rendue plus visible avec ce projet.
Thomas Hirschhorn est l’un des artistes suisses les plus en vue du moment. Avec une œuvre très politique, il a décidé de transformer le pavillon Sicli dans le quartier des Acacias à Genève en un lieu en perpétuel mouvement, avec des lectures, du théâtre, des émissions de radio, des ateliers et même des entraînements de boxe.
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Le projet rend hommage à une pionnière du féminisme, Simone Weil, décédée il y a 80 ans, philosophe radicale et syndicaliste.
Thomas Hirschhorn a invité les habitants et habitantes des Acacias à participer de façon bénévole en prenant part aux activités ou en installant des cartons et des meubles de seconde main pour habiter l’espace. Le projet a commencé à la fin du mois de mars, juste avant le week-end de Pâques.
Un blessé lors d’une bagarre
Sur place, une restauration a été offerte ainsi que des apéritifs les premiers jours. La nourriture et les boissons alcoolisées ont attiré des personnes en grande précarité.
A la base, la bière et le vin devaient être distribués tout au long de l’exposition. Il s’agit de la volonté de l’artiste, qui voulait faire de cette initiative un moment festif. Mais il a décidé de revenir en arrière après quelques jours. Il a même admis une « erreur » de sa part, face à des participants qui finissaient très alcoolisés et devenaient même parfois agressifs avec l’équipe d’encadrement sur place.
Malgré l’arrêt de la distribution d’alcool, la situation ne s’est pas vraiment calmée sur le site. Jeudi dernier, une bagarre a fait un blessé. La police et une ambulance ont été appelées pour intervenir.
Précarité grandissante
Partenaires de ce projet, les autorités genevoises regrettent les incidents. Elles affirment ne pas avoir été mises au courant de la présence d’alcool.
Sur les réseaux sociaux les attaques pleuvent contre les organisateurs et organisatrices. Il faut dire que la population des Acacias demande déjà depuis plusieurs années des mesures renforcées de protection face à un sentiment grandissant d’insécurité dans le quartier.
Du côté des deux fondations impliquées, celle du Pavillon Sicli et la Fondation genevoise pour l’animation socio-culturelle, on rappelle que l’alcool n’a été distribué que durant trois ou quatre jours.
Pour les représentants des fondations impliquées, le problème réside plutôt dans la précarité grandissante d’une partie de la population, parfois invisible et mise en lumière par cette œuvre éphémère qui se veut avant tout comme une expérience vivante, inclusive et provocatrice.
Ni naïveté, ni provocation
Invitée jeudi dans l’émission Forum, la présidente de la Fondation du Pavillon Sicli a réfuté toute naïveté: « Nous ne sommes pas naïfs et ce n’était pas de la provocation ». Barbara Tirone explique que la distribution d’alcool s’inscrivait dans une logique de partage et de cohabitation. « Le but n’a jamais été de distribuer de l’alcool en soi, mais de créer des moments de partage. »
Selon elle, la difficulté est apparue au moment de poser des limites. Elle expliques que les débordements ne peuvent pas être attribués uniquement à l’alcool, la difficulté vient aussi du fait qu’il est devenu compliqué de « dire non » à « certains publics », dans un lieu conçu comme un « espace public » ouvert à tous, situé dans un quartier « en mutation ».
Interrogée sur l’idée que la violence pourrait être une forme d’art, Barbara Tirone rejette fermement cette interprétation. « Et nous sommes convaincus que la culture, au contraire, peut résoudre la violence », souligne Barbara Tirone.
Sophie Iselin/asch/miro