La politique d’asile envers le Burundi fait face à une contestation croissante en Suisse romande, alors que plusieurs requérants ont été renvoyés de force. La communauté burundaise et des associations de défense jugent ces expulsions dangereuses. Pour la Confédération, ces renvois forcés sont légaux.
L’angoisse est immense au sein de la communauté burundaise de Suisse. Mardi, plusieurs personnes – au moins 11 selon plusieurs associations – ont été renvoyées vers Bujumbura, dans l’ouest du Burundi.
Parmi celles et ceux qui ont fui le pays, l’idée d’être renvoyé est inconcevable. « J’ai été persécuté chez moi et j’ai failli être tué à plusieurs reprises. Je l’ai montré dans mon audition au SEM (Secrétariat d’Etat aux migrations, ndlr), j’ai montré les preuves. J’ai des traces de balles sur mon bras. Mais la Suisse n’a pas voulu me croire. Si je retourne là-bas, je signe mon arrêt de mort », témoigne dans le 12h45 de la RTS Gicu Massoudi*, un requérant d’asile débouté.
>> Voir aussi les précisions de Forum :
Plusieurs associations contestent le renvoi forcé au Burundi de requérants d’asile / Forum / 3 min. / hier à 18:00 Nombreuses violences recensées
Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), le Burundi connaît une détérioration des droits humains. Dans son rapport sur l’année 2025, l’organisation décrit de nombreuses violences dans ce pays d’Afrique de l’Est.
« Des experts des Nations unies ont indiqué qu’entre janvier 2024 et mai 2025, au moins 200 cas de violences sexuelles (y compris des viols d’enfants), 58 disparitions forcées, 62 actes de torture, 892 détentions arbitraires et 605 exécutions extrajudiciaires ont été rapportés, impliquant souvent des agents de l’Etat ou leurs mandataires », note l’ONG.
Après l’arrestation de plusieurs ressortissants burundais la semaine dernière en Suisse romande, les requérants déboutés vivent dans la peur. « Nous sommes extrêmement préoccupés par la situation psychologique des personnes menacées de renvoi », affirme Irène Blanc, du collectif de défense des réfugiés « Droit de rester ».
« Nous espérons qu’il puisse y avoir un moratoire le temps qu’il y ait une réévaluation sérieuse de la situation au Burundi, notamment une prise en compte effective par la Suisse des différents rapports. »
Des renvois « licites »
Contacté, le Secrétariat d’Etat aux migration affirme que chaque demande est examinée individuellement.
« La Suisse suit attentivement la situation dans les pays d’origine des demandeurs d’asile, y compris au Burundi. En pratique, et selon la jurisprudence du Tribunal administratif fédéral, un renvoi vers le Burundi est considéré comme licite et raisonnablement exigible », répond sa porte-parole Anne Césard.
Le SEM précise avoir accordé l’an dernier un droit de séjour ou l’asile à 40% des requérants d’asile originaires de ce pays.
La communauté et les associations de défense des personnes migrantes craignent toutefois d’autres renvois ces prochains jours. Mardi soir, des manifestations ont eu lieu à Genève et à Lausanne devant le Grand Conseil vaudois pour dénoncer ces expulsions jugées dangereuses.
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*Prénom d’emprunt
Sujet TV: Léa Bucher
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