Les milieux économiques genevois montent au créneau à moins de deux mois du sommet du G7 prévu à Evian. La Fédération des Entreprises Romandes (FER) et 30 associations professionnelles dénoncent un mois de silence radio du Conseil d’Etat face à leurs demandes de sécurité. Elles craignent des débordements violents et accusent les autorités de faire la sourde oreille.
L’inquiétude s’est transformée en colère après la mise en ligne début avril d’une carte interactive sur le site militant d’extrême gauche Renversé. Celle-ci liste des dizaines d’entreprises, de banques, de boutiques de luxe et de multinationales genevoises, présentées comme des « fripouilles du capitalisme ». Les milieux économiques y voient une feuille de route pour d’éventuels casseurs, ravivant le souvenir du G8 de 2003 et de ses violences.
Il y a un mois, la FER et 30 autres associations ont demandé au Canton d’interdire les manifestations et de garantir la sécurité ainsi que l’indemnisation des commerces. Depuis, aucune réponse.
>> Ecouter l’intégralité des explications de La Matinale : Les entreprises genevoises mettent la pression sur le Conseil d’Etat concernant la sécurité lors du G7 / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:18 Les entreprises dénoncent un manque de considération
« Il y a un ras-le-bol, on va le dire comme ça, des milieux économiques. Ce silence, il est d’une certaine manière assourdissant. On représente 31 associations économiques qui ont écrit au Conseil d’Etat, et on déplore un manque de considération pour ces secteurs économiques qui représentent l’ensemble des secteurs économiques du canton. On a tous les jours des entreprises, des commerçants qui nous interpellent. On n’arrive pas à avoir une réponse du Conseil d’Etat face aux préoccupations des entreprises », déplore jeudi dans La Matinale Arnaud Bürgin, directeur général de la FER Genève.
La réponse des autorités
Invitée jeudi dans le 19h30, Carole-Anne Kast, conseillère d’Etat du canton de Genève en charge de la sécurité, réfute toute inaction des autorités. Elle assure que les autorités genevoises anticipent depuis des mois les risques sécuritaires liés au sommet, en coordination avec la Confédération et les autorités françaises.
« Nous sommes bien conscients qu’un sommet de ce niveau-là, de cette ampleur-là à Evian aura des impacts sur la Suisse en général, et en particulier à Genève, Vaud et Valais », souligne-t-elle, ajoutant que, « si les menaces sont trop élevées », en dernier recours, le Conseil d’Etat n’exclut pas une interdiction de manifester.
>> Voir l’intégralité de l’interview de Carole-Anne Kast dans le 19h30 :
G7 d’Evian: interview de Carole-Anne Kast, ministre genevoise de la sécurité / 19h30 / 3 min. / aujourd’hui à 19:30
Interrogée sur la demande des organisateurs de la manifestation du 14 juin d’installer un village alternatif au parc des Bastions, Carole-Anne Kast rappelle que cet espace relève de la compétence de la Ville de Genève. « Nous nous sommes donc coordonnés pour analyser cette question. Conjointement, nous avons décidé que nous ne pouvions pas autoriser ni organiser ce village au sein du parc. »
Concernant la carte mise en ligne sur le site militant d’extrême gauche Renversé, la conseillère d’Etat la qualifie de « très provocatrice » et reconnaît qu’elle fait « monter le niveau de menace ».
Elle souligne toutefois que son retrait d’internet ne relève pas de l’exécutif: « Nous vivons dans un pays démocratique, il y a un Etat de droit, je m’en félicite. » Carole‑Anne Kast renvoie la question au pouvoir judiciaire et appelle les milieux opposés à cette carte à saisir le Ministère public afin de déterminer si elle constitue ou non un acte illégal.
Miguel Hernandez/miro