Conclu entre la SSR et les principales organisations de la branche cinématographique et audiovisuelle suisse, le Pacte de l’audiovisuel constitue depuis 30 ans un instrument central de soutien à la création nationale. Cet accord de coproduction engage le service public à investir chaque année dans des films et des séries, en collaboration avec les producteurs indépendants, les auteurs et les réalisateurs. Dans un environnement marqué par la concurrence des plateformes et l’évolution des usages, son bilan 2025 met en évidence une transformation notable : les séries helvétiques gagnent en légitimité culturelle et en visibilité, jusqu’à s’imposer dans des espaces traditionnellement réservés au grand écran.

Une reconnaissance croissante dans un paysage audiovisuel en mutation
Avec un engagement de 45 millions de francs en 2025 pour 216 projets, la SSR confirme son rôle central dans le financement de la création nationale. Au total, plus de 4500 œuvres ont été soutenues depuis la création du Pacte, dont une soixantaine de séries. Ce soutien massif contribue à maintenir une production diversifiée et à garantir une présence suisse dans l’offre audiovisuelle, élément clé pour le pluralisme médiatique.

L’année 2025 marque un tournant symbolique avec la projection de la série « The Deal » sur la Piazza Grande du Festival de Locarno, une première pour un format télévisuel. Ce passage du petit au grand écran illustre l’évolution des frontières entre cinéma et séries, mais aussi la reconnaissance croissante de ces dernières comme objets culturels à part entière .

Cette dynamique s’appuie sur une production issue de toutes les régions linguistiques. Des séries comme « L’ultim Rumantsch », « Notre petite ambassade », « Intraçables » ou « La linea della palma » ont été présentées dans des festivals majeurs tels que Zurich ou Genève. Cette circulation renforce non seulement leur visibilité, mais aussi leur rôle dans la représentation de la diversité culturelle suisse.

Un cinéma résilient malgré la baisse de fréquentation
Si les séries gagnent du terrain, le cinéma suisse continue de démontrer sa capacité de résilience. Le succès d’« En première ligne » de Petra Volpe, qui a dépassé les 200 000 entrées après sa présentation à la Berlinale, en est une illustration. D’autres coproductions ont également rencontré leur public, confirmant la pertinence du modèle de financement.

Toutefois, cette dynamique positive ne masque pas une tendance plus préoccupante : la fréquentation des salles a reculé de plus de 7 % en 2025. Dans ce contexte, la progression de la part de marché du cinéma suisse, à 9,25 %, souligne l’importance stratégique du soutien public pour maintenir une offre nationale compétitive.

Le rôle déterminant du service public dans la diffusion
Au-delà de la production, la diffusion constitue un enjeu central. En 2025, 828 films et épisodes ont été programmés sur les chaînes de la SSR. Le temps d’antenne consacré aux productions du Pacte a même progressé, atteignant en moyenne 151 minutes par jour sur les six chaînes du groupe .

Ce volume de diffusion témoigne du rôle structurant du service public dans la mise en circulation des œuvres. Il garantit un accès large à des contenus nationaux et participe à la construction d’un espace médiatique commun, condition essentielle au débat démocratique.

Entre contraintes budgétaires et enjeux de souveraineté culturelle
L’avenir du Pacte s’inscrit toutefois dans un contexte de tension financière. La SSR prévoit des économies à hauteur de 270 millions de francs d’ici 2029. Si les engagements actuels sont maintenus jusqu’à fin 2027, les prochaines négociations s’annoncent déterminantes pour la suite.

Au-delà des chiffres, la question posée est celle de la place de la création audiovisuelle dans l’espace public suisse. Dans un paysage dominé par des acteurs internationaux, le maintien d’un écosystème local fort apparaît comme un enjeu de souveraineté culturelle, mais aussi comme un levier essentiel pour préserver la diversité des voix et la qualité du débat public.

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