L’émergence de sites chinois comme Temu et Shein a des conséquences sur le marché de la seconde main. Si la population donne davantage, les vêtements collectés sont aussi plus souvent de mauvaise qualité. Dans le Haut-Valais, une entreprise a dû arrêter sa collecte fin mars, faute de rentabilité.

Chaque année, 100’000 tonnes de vêtements usagés sont collectées en Suisse. En apparence, cela semble être une bonne nouvelle. Pourtant, la qualité du textile ne cesse de se dégrader.

La fast fashion chinoise bouleverse le marché

Basée à Saint-Maurice, l’entreprise valaisanne Valtex reçoit chaque année 1500 tonnes d’habits dans ses entrepôts. Avec sa capacité actuelle, elle n’arrive à en trier que 250 tonnes. Sur cette quantité, un tiers sera de qualité suffisante et pourra être vendu en seconde main. Le reste finit à la poubelle ou est exporté.

« La qualité du textile a beaucoup baissé », constate Isabelle Praz, employée au tri depuis 11 ans chez Valtex. Elle examine chaque vêtement pour détecter les trous, les taches ou la décoloration. De plus en plus d’habits ne passent pas ce filtre.

Christian Sermier, directeur du Centre régional Travail et Orientation, y voit une cause principale. « Depuis quelques années, on a franchi un nouveau palier avec la fast fashion », explique-t-il dans La Matinale de la RTS. « On a des gammes de prix qui peuvent être moins chères que nos gammes de prix en seconde main. » Ensuite, ces vêtements ultra bon marché se retrouvent dans les conteneurs de collecte. Sauf qu’ils sont trop fragiles pour avoir une seconde vie.

Les boutiques résistent

Cette situation menace l’équilibre du système de recyclage textile. « La meilleure qualité que l’on trie et que l’on arrive à revendre dans nos boutiques finance l’activité de récolte », précise Christian Sermier. Sans cette source de revenus, toute la chaîne de récupération est en difficulté.

Les magasins de seconde main font face à une double concurrence. D’un côté, la fast fashion à prix sacrifiés, de l’autre le marché d’occasion en ligne, qui a progressé de plus de 30% en deux ans. Pourtant, les boutiques physiques tiennent bon. À Monthey, Carla Monteiro gère un magasin de seconde main. « Les gens viennent par conscience écologique », observe-t-elle. « On est environ 80% moins cher ». Les clients apprécient de pouvoir voir et toucher les vêtements avant l’achat. « Il y a toujours une petite pépite à trouver », témoigne une cliente.

Les autorités cherchent des solutions

Le canton du Valais organisera une table ronde d’ici l’été, au plus tard à la rentrée. Christel Dischinger, déléguée à la durabilité, veut réunir les acteurs de la filière textile. L’objectif est de trouver des mesures concrètes à mettre en place dès 2027.

Au niveau fédéral, une modification d’ordonnance est sur la table. Elle viserait à responsabiliser davantage les producteurs, sur une base volontaire. L’Union européenne envisage d’aller plus loin. Elle pourrait imposer aux industriels de la mode d’utiliser plus de fibres recyclées dans les vêtements neufs.

Emilien Verdon