Les livres d’Ocean Vuong sont toujours des offrandes de délicatesse. Après Un Bref Instant de splendeur (Ed. Gallimard), récit sous forme de lettre à sa mère, et deux recueils de poésie, l’écrivain américain d’origine vietnamienne, 37 ans, et nouvelle star de l’édition, publie L’Empereur de la joie (Ed. Gallimard). Là encore, ce fils d’une mère analphabète – passé par un camp de réfugiés avant d’arriver aux Etats-Unis – rend hommage au peuple des marges, à ses rêves, à ses stratégies de survie et à son imagination, dans un pays dont le seul horizon est «marche ou crève». Dans une ville fantôme du Connecticut où même les trains ne s’arrêtent plus, une vieille dame d’origine lituanienne, un post-adolescent d’origine vietnamienne et les employés d’un fast-food essaient de se tenir chaud.
Et c’est aussi doux que sa voix en entretien sur Zoom, où il refuse systématiquement la caméra. Quelques jours plus tôt, il assurait une promotion express en Europe francophone, remplissant la veille une salle belge de 2000 personnes, signant le lendemain dans une librairie queer parisienne, où ses fans tendaient l’oreille jusque sur le trottoir pour entendre ses fulgurances humanistes. Entretien avec une âme qui illumine comme aucune autre tous les cœurs blessés.