Une nouvelle technologie combine scanners au sol et images de drones pour cartographier les forêts suisses en 3D, afin de mieux les comprendre et ainsi lutter contre les menaces qui pèsent sur elles. L’intelligence artificielle intervient aussi dans le processus.
Jusqu’à présent, l’inventaire d’une forêt par les garde-forestiers se faisait à la main, par échantillonnage. Un processus long et très incomplet.
Pour tenter de l’améliorer, un projet de recherche teste une technologie de pointe appelée LiDAR (pour « Light Detection and Ranking »), qui combine des scanners au sol et des drones pour créer un « jumeau numérique » de la forêt.
En émettant des milliers d’impulsions lumineuses par seconde, ils cartographient chaque recoin du sous-bois et chaque cime d’arbre. Résultat: une carte 3D d’une précision inégalée et une technologie qui s’est affinée depuis ses balbutiements au début des années 2000.
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Des milliards d’impulsions lumineuses
« L’idée, c’est de balayer le territoire avec un système qui va envoyer beaucoup d’impulsions de lumière, à peu près quatre millions par seconde. Et en quelques jours, on peut couvrir un territoire comme celui du canton de Neuchâtel, 800 km2, et obtenir un jeu de données extrêmement détaillé avec près de 100 milliards de mesures qu’on peut transformer en quelque chose d’intelligent pour nos collègues forestiers », détaille Marc Riedo, responsable du système d’information du territoire neuchâtelois qui a développé l’usage du LiDAR dans le canton.
« L’avantage du LiDAR, c’est que ça permet de pénétrer en fait la canopée. Donc on a non seulement la forme de la canopée, mais aussi la structure de l’arbre et du terrain sous la canopée », précise-t-il samedi dans l’émission Forum.
On est comme des enfants à Noël
Romain Blanc, garde-forestier cantonal à Neuchâtel
« De telles prises de vue nous permettent de fournir des informations sur la forêt, par exemple l’essence des arbres, le diamètre des troncs, le volume de bois, la structure du peuplement… », indique de son côté Janine Schweier, responsable des Ressources et de la gestion forestière à l’institut de recherches WSL, dans le 19h30.
« Ce sont des bases de planification importantes pour les interventions d’entretien, mais aussi de manière générale sur la façon de gérer la forêt face au changement climatique. »
>> Plus de détails dans l’interview de Marc Riedo et Romain Blanc dans Forum : Forum des idées – l’IA au service de la cartographie des forêts / Forum / 8 min. / aujourd’hui à 18:09 Mieux cibler, anticiper, modéliser
Grâce à ce modèle 3D, on peut visualiser quasi instantanément les dégâts d’une tempête ou identifier les zones les plus vulnérables à la sécheresse et ainsi mieux cibler les services forestiers.
« Ça devient gentiment une révolution », salue Romain Blanc, garde-forestier cantonal à Neuchâtel. « Il y a déjà des produits sortis depuis une vingtaine d’années qui nous donnaient un aperçu 3D, ou en tout cas qui simulaient les hauteurs des arbres. Ça a déjà été une révolution à l’époque. Et maintenant, avec ce projet, on pourra identifier les arbres individuellement et avoir des notions comme le volume de l’arbre, par exemple, qui est fondamental pour la gestion durable des forêts. Effectivement, on est comme des enfants à Noël. »
Et, surtout, cette technologie devrait permettre d’anticiper et de tester différentes stratégies de gestion pour rendre la forêt plus résistante: « Nous utilisons les données pour initialiser des simulateurs de croissance forestière », explique Janine Schweier. « Cela nous permet d’estimer, par exemple, comment la forêt évoluera jusqu’à la fin du siècle en tenant compte du changement climatique. »
De son côté, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich effectue aussi des recherches sur des drones capables de naviguer de manière autonome dans la forêt, qui restent toutefois musique d’avenir.
Sujets TV et radio: Feriel Mestiri avec SRF et Coraline Pauchard
Texte web: Pierrik Jordan