La narratrice, tout comme l’autrice Maria Stepanova, est une femme russe, au mitan de sa vie, exilée en Allemagne. Si aucun pays n’est cité dans L’Art de disparaître, ils sont, à dessein, facilement reconnaissables. D’ailleurs, la narratrice, prénommée M., est écrivaine elle aussi, mais une écrivaine qui n’écrit plus. Elle doit se rendre à un festival littéraire à l’étranger, mais loupe sa correspondance et décide de rester dans la ville où son premier train l’a conduite. C’est sa première manière de disparaître: elle éteint son téléphone et erre.

Ainsi, suit-elle sans réfléchir un homme dont les épingles à cheveux l’intriguent, jusqu’à faire avec lui un étrange escape game, puis finit par découvrir un cirque, qui la recrute pour un numéro: celui de la femme coupée en deux, incarnation symbolique de son exil. Le roman pourrait n’être que cela: une déambulation dans une ville inconnue, une succession de choses vues. Il ne l’est pas et son intérêt réside ailleurs: dans les sensations et réflexions de cette écrivaine qui semble se dissoudre sous nos yeux.