Longtemps plus réticentes que les hommes à soutenir la droite radicale, les femmes ont historiquement davantage voté pour des partis progressistes ou de gauche. Si ce « gender gap » reste marqué, il se réduit chez les femmes de 18 à 30 ans: une part croissante se tourne désormais vers l’extrême droite, selon une récente étude.
Selon l’analyse de l’European Policy Center, l’exemple le plus frappant de la progression du vote d’extrême droite chez les jeunes femmes se situe en Allemagne. En quatre ans, le soutien des femmes de moins de 25 ans au parti AfD y a presque triplé, passant de 5% à 14% en 2025.
Une hausse significative est également observée en Espagne, où le parti Vox séduit dorénavant un quart des femmes de la génération Z. L’étude souligne par ailleurs que la France compte aujourd’hui la cohorte de jeunes femmes la plus idéologiquement polarisée d’Europe.
Davantage d’études, mais moins de perspectives
Malgré un niveau de formation et d’autonomie financière plus élevé que les générations précédentes, les jeunes femmes se heurtent aujourd’hui à des perspectives économiques dégradées, ce qui crée une frustration particulière et explique le virage à droite de certaines d’entre elles.
Les jeunes femmes sont plus indépendantes économiquement, à un moment où on peut acheter moins de choses. Et ce paradoxe produit des effets politiques
Javier Carbonell, analyste au European Policy Center
« Elles ont beaucoup plus d’éducation universitaire et plus de revenus, mais elles rencontrent aussi plus de difficultés pour accéder au logement. Il y a en outre un déclin général des revenus et de la richesse. Les jeunes femmes sont donc plus indépendantes économiquement, à un moment où cette indépendance vaut moins. On peut acheter moins de choses. Et ce paradoxe produit des effets politiques », souligne Javier Carbonell, auteur de l’étude publiée par l’European Policy Centre, dans l’émission Tout un monde.
De la frustration à la défiance
Selon lui, la frustration économique et politique ressentie par une partie de ces femmes débouche sur une défiance globale envers le système et ce qui est perçu comme relevant de l’establishment. « La mobilisation féministe a donné l’impression — ce n’est pas la réalité — de faire partie de l’establishment, dans beaucoup de pays. C’est pour cela que de nombreuses jeunes femmes, qui sont nées avec l’attente que le système change, constatent qu’il n’a pas beaucoup évolué. Elles se tournent alors vers des mouvements qui promettent ce changement », précise-t-il.
L’extrême droite combine très habilement des éléments de féminité et de féminisme pour défendre ses idées
Javier Carbonell, analyste au European Policy Center
L’extrême droite a su adapter son discours pour séduire une partie des jeunes électrices en mettant en avant des figures féminines qui incarnent à la fois des trajectoires personnelles non conformes et des valeurs conservatrices.
« En réalité, aucune leader féminine d’extrême droite n’est entièrement traditionnelle. Marine Le Pen est divorcée, Giorgia Meloni a un enfant en dehors du mariage et Alice Weidel est lesbienne. L’extrême droite combine ainsi très habilement des éléments de féminité et de féminisme pour défendre ses idées », affirme l’analyste.
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Cette évolution n’est toutefois pas uniforme en Europe. Dans certains pays, la défiance envers le système ne se traduit pas par un basculement vers la droite radicale. Au Royaume‑Uni, jeunes femmes et jeunes hommes se déplacent conjointement vers la gauche, avec aussi un attrait marqué pour le parti écologiste.
>> Réécouter aussi le sujet de Tout un monde sur le fossé entre féministes et masculinistes : Jusqu’où le fossé politique entre jeunes hommes et jeunes femmes se creusera-t-il? / Tout un monde / 7 min. / le 3 mars 2025
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Sujet radio: Julie Rausis
Adaptation web. Miroslav Mares