Volontairement éloignée de la vie publique ces dernières années afin de se consacrer à la procédure judiciaire l’opposant à Christophe Ruggia, 61 ans, l’actrice Adèle Haenel a effectué une rare apparition médiatique samedi 25 avril 2026 dans l’émission « C dans l’air » diffusée sur France 5.

Une semaine après la condamnation en appel du réalisateur pour des agressions sexuelles sur la comédienne lorsqu’elle était âgée de 12 à 14 ans, celle-ci est apparue au côté de son avocate Me Anouck Michelin pour livrer son « soulagement » après vingt-cinq années de tourments conclues par deux procès.

« C’est la fin d’un parcours judiciaire qui a été long et éprouvant », a indiqué l’actrice de 37 ans, porteuse d’une chemise bleue, d’une cravate et d’un maquillage sombre soulignant la tristesse de son regard. « C’est un chapitre qui se referme. C’est bien d’avoir les termes posés dans les termes de la justice ».

« Le parcours judiciaire c’est aussi un travail et beaucoup de temps à examiner le dossier et à préparer les auditions », a-t-elle ajouté d’une voix hésitante. « Tout ce temps je vais désormais le consacrer à autre chose ».

Des paroles annonçant les contours d’un futur engagement : « Tout ce parcours judiciaire était un parcours pour la justice. Mais ce parcours pour la justice il ne se mène pas uniquement dans le cadre judiciaire, mais aussi dans la société. La justice, pour moi, est de faire qu’il n’y ait plus d’injustice. Et cela c’est un projet politique. C’est-à-dire que toutes les vies soient vivables ».

Et la jeune femme de poursuivre sur son ressenti : « Lorsque j’ai critiqué la justice, j’ai critiqué le fait que la justice est réservée à certains. Ma première réaction est que je me sens chanceuse d’avoir eu droit à la justice. Mais ce sentiment ne témoigne-t-il pas d’une profonde injustice ? Comment se fait-il que cette justice, c’est-à-dire la manifestation de la vérité, soit réservée à certains ? C’est ça l’injustice que je critique. Mon parcours judiciaire ne change rien à cela ».

Invitée à préciser sa pensée, Adèle Haenel a poursuivi : « Ce n’est pas moi qui définis la réalité. La réalité est que dans de très nombreux cas les personnes n’ont pas l’occasion de voir leur affaire traitée en justice ».

« Enfance massacrée »

À la question de la présentatrice Aurélie Casse sur son enfance et son début d’adolescence, l’actrice a préféré évoquer sa situation actuelle : « Si je suis venue ici c’est pour parler du présent. J’ai l’impression que mon enfance a été massacrée, mais de cette enfance et de mon propre chemin de guérison, ce n’est pas cela dont j’ai envie de parler ».

La comédienne a alors enchaîné pour se poser en porte-voix des jeunes victimes : « J’ai envie de parler de tous les enfants qui, aujourd’hui, subissent. De tous les enfants isolés. Le silence, ce n’est pas parce qu’une personne cache trop bien, c’est parce que personne ne veut voir et prendre ses responsabilités. Et lorsque l’on parle de réparation […] la réparation est dans la transformation de la société. C’est pour cela que c’est une action politique […] C’est vrai que je suis une militante, mais militante de quoi ? Lorsque vous parlez d’enfance volée, je veux militer pour un monde dans lequel toutes les enfances sont possibles, protégées et vivables, à l’abri de la violence, à l’abri des bombes, à l’abri du viol. Ça, c’est un programme politique ».