Ces mots qu’on n’oublie pas, à La Chaux-de-Fonds. Au cœur de La Misère du monde, ce spectacle qui entaille la peau, la comédienne Davide-Christelle Sanvee fait cette confidence qui est celle d’une adolescence abîmée: «Je suis redescendue de mes rêves.» Elle lâche ce constat avec une forme d’étonnement, comme si elle ne voulait pas y croire. Pourquoi cette jeune fille, dont on devine l’intelligence, se résignerait-elle?

Au Théâtre populaire romand jusqu’à samedi passé, avant le Théâtre Saint-Gervais à Genève l’automne prochain, l’artiste neuchâteloise Orélie Fuchs a offert sa version de La Misère du monde (Ed. Le Seuil). Ce livre est un archipel de solitudes et de solidarités secrètes, un chœur, surtout, conçu, au début des années 1990, par le sociologue Pierre Bourdieu et son équipe. Quelque 950 pages pour qu’éclate le silence de la honte. La metteuse en scène voulait en honorer l’humanité déchirée. Elle y parvient avec l’humilité d’une dentellière des âmes. Ce qu’on appellera aussi la délicatesse.