Plus de treize ans après l’acceptation de la révision de la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT) visant à freiner le mitage, la commune d’Anniviers (VS) va soumettre lundi soir à sa population la carte des zones à bâtir qui redeviendront zones agricoles, dans une ambiance tendue. En Valais, seules 8 communes sur 122 sont aujourd’hui dotées d’un plan de zones homologué par le Canton.

Plus d’une décennie s’est écoulée depuis le vote de 2013, largement accepté par la population suisse (62,9% de oui), mais le Valais est encore loin d’avoir réglé la gestion de son territoire [lire encadré]. Pour se conformer à la révision de la LAT, le Canton doit renoncer à de nombreuses zones à bâtir, un changement de paradigme voulu pour contrer le mitage du territoire. L’idée est de favoriser la densification dans les zones déjà bâties et de laisser les autres à la nature ou à l’agriculture.

Etablis dans les années 1970 après l’adoption des premières lois sur l’aménagement du territoire, les premiers plans de zones avaient déjà été accouchés dans la douleur en Valais. De haute lutte et après plusieurs essais, certaines communes étaient finalement parvenues à faire valider par la Confédération de très larges zones à bâtir couvrant la majeure partie de leur territoire, surpassant nettement les besoins de l’époque.

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Or, dans son nouvel article 15, la loi précise désormais que les zones à bâtir doivent répondre aux besoins des 15 prochaines années seulement, et que la surface excédentaire doit être réduite. Un exercice d’autant plus difficile pour le Valais qu’en 2013, il avait été le seul canton à refuser la révision, et très largement, avec 80,4% de non.

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Zone constructible à réduire de moitié

La commune d’Anniviers, qui regroupe depuis 2009 les anciennes communes d’Ayer, Chandolin, Grimentz, Saint-Jean, Saint-Luc et Vissoie, est l’une des premières à présenter son nouveau plan de zones. Et il y aura sans doute de la tension dans la salle polyvalente du village de Zinal où la présentation aura lieu, car il s’agit de biffer quasiment la moitié des terrains constructibles de la commune.

C’est vraiment lié au regard qu’on pose sur la vie, sur la notion de possession

Philippe Theytaz, propriétaire de plusieurs terrains en Anniviers

Les parcelles se transmettent souvent de génération en génération, des parents aux enfants. En cas de dézonage, le cadeau vaut beaucoup moins d’argent. Mais pas de quoi indigner Philippe Theytaz, qui possède plusieurs terrains en Anniviers. Contrairement à beaucoup de familles valaisannes, lui et ses proches ne comptaient pas sur ce patrimoine: « Nous n’avons jamais été dans l’optique de nous dire qu’avec ce terrain, on allait pouvoir faire quelque chose. On se sent très à l’aise […] C’est vraiment lié au regard qu’on pose sur la vie, sur la notion de possession », témoigne-t-il lundi dans La Matinale de la RTS.

Cette façon de voir les choses reste toutefois minoritaire. La vision qui prévaut est plutôt celle que décrit le responsable du dézonage à l’exécutif d’Anniviers Corentin Zuber: « On a été éduqués en se disant, ‘On garde du terrain, et si on a de l’argent, on en achète et on le garde pour nos enfants et petits-enfants. C’est ce que mes parents ont fait, c’est ce que mes grands-parents ont fait… »

On passe d’une parcelle qui peut valoir 150 à 250 francs le mètre carré à une parcelle, en zone agricole, qui n’en vaut plus que deux ou trois

Corentin Zuber, responsable du dézonage à l’exécutif d’Anniviers Valeur du terrain divisée par 100

Si les citoyens d’Anniviers refusent le plan présenté lundi soir, les zones à bâtir qui sont aujourd’hui gelées ne redeviendront pas tout à coup constructibles, la commune n’ayant pas le choix de dézoner. Si elle ne parvient pas à établir un plan, le risque est que l’aménagement de son territoire soit à l’avenir géré par le Canton, ce que l’exécutif d’Anniviers ne veut pas. Le conseiller communal Corentin Zuber appelle donc la population à dire oui, même s’il admet que cela coûtera cher aux propriétaires.

« On passe d’une parcelle qui peut valoir 150 à 250 francs le mètre carré à une parcelle, en zone agricole, qui n’en vaut plus que deux ou trois », détaille-t-il, tout en rappelant que leur « perte » ne remonte pas à la présentation de ce plan-ci, mais au vote de 2013. « C’est la concrétisation d’un processus malheureux pour les citoyens », considère-t-il.

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Son prédécesseur l’avait d’ailleurs averti: « Le plan de zones, c’est une des plus belles choses que l’on peut faire, parce qu’on travaille avec une vision de la commune sur les quinze prochaines années. Par contre, c’est une des choses les plus difficiles pour un conseiller communal… »

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Sujet radio: Romain Carrupt

Version web: Vincent Cherpillod