Un jeune sur cinq présente des symptômes de dépression en Suisse. Et selon que l’on vit en ville ou à la campagne, les obstacles ne sont pas les mêmes. Dans le Jura, trois jeunes ont accepté de raconter leur histoire et de briser le silence autour de la santé mentale.
La vie de Maeva bascule au décès de sa maman. Elle n’a alors que 15 ans. La jeune Jurassienne, aujourd’hui âgée de 18 ans, se livre dans le 19h30 de la RTS: « Je me suis retrouvée face à un mur, et je me suis demandée comment j’allais l’escalader sans elle. J’étais très mal, très isolée, très irritable. Je vivais des moments très difficiles où je ne pouvais même plus lire, alors que c’est ma passion ».
A 18 ans, Océane a créé sa troupe de théâtre et la première pièce aborde la santé mentale, un thème qui fait écho à son propre parcours: « J’ai subi du harcèlement lorsque je suis arrivée au collège, à 12 ans. On me suivait dans la rue, on me frappait. Je me suis renfermée sur moi-même. J’ai commencé à me scarifier pour essayer de remplacer la douleur psychique par la douleur physique. »
Mika se destine lui à devenir éducateur social. Il n’avait que 17 ans lorsque la séparation de ses parents lui a fait perdre pied: « Il y avait des envies de mourir, passer sous le train ou sauter du balcon. Je ne comprenais pas encore pourquoi j’avais ces envies. »
Dans le Jura, l’accès aux soins reste le principal obstacle
Selon un récent rapport de l’Observatoire suisse de la santé, un jeune sur cinq âgé de 16 à 25 ans présente des symptômes de dépression. Dans les régions éloignées des grands centres, comme le Jura, ces préoccupations représentent des défis particuliers.
Dans le Jura, le type de soins et les ressources sont forcément différents de ceux de Genève ou Lausanne
Julien Laveine, médecin chef de l’Unité psychiatrique pour enfants et adolescents du Jura
Entre ville et campagne, tous ne sont pas logés à la même enseigne. En milieu urbain, le bruit, la densité de la population et la pollution peuvent peser sur la santé mentale. Dans un canton rural comme le Jura, c’est surtout l’accès aux soins qui pose davantage de problèmes.
En apprentissage, Mika confie ses idées suicidaires à un adulte de confiance. Il est envoyé aux urgences de Delémont. « On a ensuite essayé de m’amener dans un hôpital psychiatrique à Moutier, mais il y avait trop de monde. Je suis finalement allé à Préfargier (NE) », explique-t-il.
La petite taille du canton et un nombre de patients plus restreint ne permettent pas de développer les mêmes structures qu’en ville. Julien Laveine, médecin chef de l’Unité psychiatrique pour enfants et adolescents du Jura, le reconnaît: « Le type de soins et les ressources sont forcément différents de ceux de Genève ou Lausanne. Les besoins ne sont pas les mêmes et les soins ne seront pas autant accessibles dans un canton comme le Jura ».
Je trouve très brave d’oser parler. On a tous le droit d’être aidé
Maeva
Le spécialiste souligne toutefois un avantage propre aux petits cantons: des structures plus faciles à repérer et une proximité renforcée avec la population.
Reconnaître la souffrance
Encore faut-il que les adultes sachent reconnaître la souffrance des jeunes pour les orienter convenablement. Océane se souvient d’une médiatrice qui lui avait dit: « Tu souris, c’est que tout va bien ». Une phrase qui l’a convaincue qu’elle n’était pas écoutée.
Afin de mieux outiller les professionnels, la Fondation O2 organise chaque automne, depuis 2022, un mois de sensibilisation à la santé mentale des jeunes dans le canton. Tania Schindelholz, cheffe de projet à la Fondation O2, précise que l’objectif est d’apprendre à repérer les signes d’alerte et orienter les jeunes en difficulté.
Aujourd’hui, Maeva, Océane et Mika vont mieux. Ils ont trouvé le courage de parler et quelqu’un pour les écouter. Pour Maeva, qui se forme aujourd’hui pour travailler auprès des jeunes, demander de l’aide est courageux: « Je trouve très brave d’oser parler. On a tous le droit d’être aidé. »
Sujet TV: Thierry Grünig
Adaptation web: Guillaume Massonnet