Au pays de la propreté, nous sommes nombreux et nombreuses à laver notre linge sale entre voisins. Des startups réinventent aujourd’hui ce service essentiel face à la montée de la digitalisation et de l’individualisme. Plongée dans ces nouvelles buanderies au sous-sol de nos immeubles.

De 30 centimes à 3 francs, les écarts de prix pour un cycle de lavage sont énormes. L’organisation varie aussi suivant les buanderies, du planning libre à l’inscription sur une feuille en papier, en passant par des horaires fixes pas toujours compatibles avec nos rythmes de vie. L’éventail des moyens de paiement est aussi très varié: pièces, cartes, clés et désormais applications.

Si de plus en plus de personnes équipent leur logement d’une machine à laver individuelle, quand elles le peuvent, des entreprises proposent aussi de nouveaux systèmes.

Une appli pour faire ses machines

La buanderie n’échappe pas à la digitalisation. Christophe Haldi, fondateur et directeur d’Eeproperty, a lancé sa startup en 2015 pour moderniser ce secteur. Son système propose un boîtier écran tactile où l’utilisateur sélectionne la machine, entre son code et active le lavage.

« L’application mobile associée permet de suivre son crédit, de recevoir des notifications une fois la machine terminée et même de recharger son compte », explique-t-il lundi dans l’émission Basik. Elle offre aussi la possibilité de visualiser les machines disponibles et de réserver un créneau horaire, garantissant ainsi l’exclusivité de la machine.

Une application qui permet de suivre son crédit, recevoir des notifications une fois la machine terminée et recharger son compte. Une application qui permet de suivre son crédit, recevoir des notifications une fois la machine terminée et recharger son compte.

Le coût d’un tel boîtier est d’environ 2500 francs pour équiper deux machines, incluant l’installation, le recyclage des anciens systèmes et le transfert des soldes de cartes. La société prélève entre 30 et 35 centimes par cycle de lavage, assurant un support 7 jours du 7, le dépannage et la gestion des transactions bancaires.

Eeproperty compte aujourd’hui une trentaine d’employés, basés à Lutry (VD) et Zurich. La société, qui a levé 2 millions de francs en 2023 pour accélérer sa croissance, équipe plus de 4000 immeubles et gère plus de 100’000 utilisateurs.

Les acteurs historiques s’adaptent

Sur ce marché en pleine évolution, les acteurs historiques ne sont pas en reste. Lavorent, créée en 1980 à Genève et rachetée en 2023 par le fabricant de machines Schulthess, s’est imposée comme un leader avec son offre globale: de la location à la réparation de machines, en passant par la gestion des encaissements.

Stéphane Ribierre, responsable commercial chez Lavorent, constate une croissance significative: de 8000 machines en 2016, l’entreprise en gère aujourd’hui environ 13’000, étendant sa présence au niveau national grâce à des rachats et de nouvelles installations.

L'entreprise Lavorent gère les machines à laver de A à Z, de la location à la réparation en passant par la gestion des encaissements. L’entreprise Lavorent gère les machines à laver de A à Z, de la location à la réparation en passant par la gestion des encaissements.

Le prix moyen d’un cycle de lavage chez Lavorent est d’environ 2,20 francs. L’évolution du marché a également conduit à une rationalisation de l’offre: là où il y avait quatre machines, on en trouve parfois deux aujourd’hui, s’adaptant à une fréquentation moindre due à l’augmentation des machines individuelles dans les appartements.

La buanderie comme lieu de convivialité et de lien social

Si les buanderies collectives se sont tant développées en Suisse, c’est en partie parce que les équipements étaient coûteux et que les appartements n’étaient pas conçus pour accueillir de lourdes machines qui vibrent. La logique collectiviste des pays du nord de l’Europe a également joué un rôle. Aujourd’hui, ce sens du collectif perdure notamment dans les coopératives d’habitation.

À la Cité Vieusseux à Genève, le temps passé à la buanderie est mis au profit d'activités créatrices ou récréatives. À la Cité Vieusseux à Genève, le temps passé à la buanderie est mis au profit d’activités créatrices ou récréatives.

À la Cité Vieusseux à Genève, la buanderie est un véritable « poumon du quartier ». Rénovée en janvier dernier, elle accueille près de 700 personnes chaque mois. Sarah-Ann Duperier, chargée de communication de la SCHG, explique que l’optimisation de l’espace a permis d’ajouter un espace de troc, de coworking et un lieu de convivialité, « la buand’rire ». L’objectif est de proposer des activités, comme des cours de dessin ou de pilates, pendant que les résidents font leur lessive.

Le coût d’un cycle y est de 1,50 franc pour 8 kilos et 3 francs pour 13 kilos. « La rentabilité n’est pas notre priorité dans ce lieu. Le but, c’est la convivialité », conclut Sarah-Ann Duperier.

>> Réécouter aussi le sujet d’On en parle sur les buanderies communes : Buanderies communes: organisation, coûts et conflits – une enquête participative / On en parle / 9 min. / le 13 février 2026

Charles Reinmann/lia