Depuis ce dimanche et jusqu’au 3 mai, pour la première fois de son histoire, l’Opéra de Lausanne met à l’affiche « Le nain » d’Alexander von Zemlinsky dans une mise en scène signée Jean Liermier. L’œuvre est étroitement liée à la vie intime du compositeur, marquée par un amour malheureux.

Compositeur viennois du début du XXe siècle, Alexander von Zemlinsky (1871-1942) est longtemps resté dans l’ombre de ses contemporains et de ses élèves, parmi lesquels Alma Mahler, Erich Wolfgang Korngold et Arnold Schönberg, dont il était aussi le beau-frère.

Mais contrairement aux expérimentations avant-gardistes de Schönberg, qui a fait voler le système tonal en éclats, Zemlinsky, lui, reste fidèle à une esthétique post-romantique expressionniste, dans la lignée de Mahler et de Strauss. Pour « Le nain », composé au début des années 1920, Zemlinsky commande un livret à l’Autrichien Georg C. Klaren, qui s’inspire de « L’anniversaire de l’Infante », un conte féérique et cruel d’Oscar Wilde. 

>> A écouter, une interview de Jean Liermier sur l’art de la mise en scène entre émotion, exigence et partage : Interview de Jean Liermier, metteur en scène du « Nain » de Zemlinsky à l’Opéra de Lausanne / Concert du soir / 56 min. / samedi à 19:32

L’action se déroule à la cour d’Espagne, où une infante reçoit en cadeau pour son anniversaire un nain difforme, qui n’a jamais vu son reflet dans un miroir et qui, par conséquent, ignore sa laideur. Il tombe éperdument amoureux de la princesse et lui chante un chant d’amour bouleversant. Mais lorsqu’elle se lasse de lui et le confronte à sa difformité, il découvre son reflet et en meurt le cœur brisé.

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« Tragédie de l’homme laid »

Miroir du « Portrait de Dorian Gray », dans lequel un être en apparence magnifique est monstrueux, « Le nain » recèle un personnage difforme mais qui révèle une immense beauté d’âme. Cette thématique de la monstruosité et de la laideur obséda non seulement Oscar Wilde, mais aussi Zemlinsky. Car le compositeur était éperdument amoureux de son élève Alma Schindler, future Alma Mahler. Ils ont entretenu une relation jusqu’au jour où Alma l’a quitté, raillant sa laideur. On comprend alors à quel point le vécu intime de Zemlinsky, sa « tragédie de l’homme laid », comme il l’appelait, a pu irriguer « Le nain ».

>> A écouter également, l’interview de Jean Liermier dans l’émission Vertigo à propos du « Nain » : L’invité : Jean Liermier pour l’opéra « Le Nain » / Vertigo / 44 min. / le 20 avril 2026

L’opéra a été donné en Suisse romande pour la dernière fois en 2002, au Grand Théâtre de Genève, dans une mise en scène de Pierre Strosser, décédé le 16 avril dernier. Jean Liermier, qui signe aujourd’hui la mise en scène de cette production lausannoise, a assisté à l’une de ces représentations. « J’avais été marqué par la puissance de la musique. Je ne connaissais pas encore l’histoire biographique de Zemlinsky, mais que j’avais la sensation à la représentation que c’était comme le cri de quelqu’un qui avait envie de sortir de son écorce, de son corps et de dire ‘Je suis avant tout un être humain, j’ai droit au respect, à l’amour parce que j’ai un cœur qui bat' », indique-t-il dans Musique matin du 24 avril.

Contrairement à la version genevoise avec orchestre symphonique, l’Opéra de Lausanne propose une version chambriste avec dix-huit musiciens. « Je trouve qu’elle est magnifiquement réussie, souligne le metteur en scène. Elle a les moments de puissance, de violence, de passion. Peut-être qu’elle permet (…) de toucher à d’autres nuances, [parce] qu’il y a dans l’œuvre quelque chose de cinématographique, de très vrai dans les rapports et que cette version permet de toucher à cette intimité-là ».

Propos recueillis par Anya Leveillé

Adaptation web: mh

« Le nain » d’Alexander von Zemlinsky, mise en scène de Jean Liermier, avec Tamara Bounazou, Adrian Dwyer, Linsey Coppens, Opéra de Lausanne, à voir encore les 28, 30 avril et 3 mai 2026.