Présenté à Genève jusqu’au 3 mai, l’opéra ‘Madame Butterfly’ de Puccini est un régal, grâce aux interprétations de haut vol de la soprano Corinne Winters dans le rôle-titre et de l’OSR placé sous la baguette d’Antonino Fogliani. Le tout sublimé par la mise en scène esthétique de Barbora Horáková.
Opéra célèbre pour ses mélodies envoûtantes, ‘Madame Butterfly’, chef-d’oeuvre de Giacomo Puccini, est devenu l’une des œuvres les plus jouées au monde, malgré un accueil initial mitigé lors de sa création à Milan en 1904.
L’histoire se déroule à Nagasaki, au Japon, vers 1900. Elle suit le destin tragique de Cio-Cio-San, surnommée Madame Butterfly, une jeune geisha de quinze ans qui épouse le lieutenant américain Pinkerton. Pour elle, cet amour est éternel; lui considère ce mariage simplement comme une union temporaire et compte épouser une Américaine à son retour aux États-Unis.
Après le départ de Pinkerton, la jeune Japonaise l’attend fidèlement pendant trois ans, élevant leur fils né de cette union. Le drame atteint son paroxysme lorsque l’Américain revient, accompagné de sa nouvelle épouse Kate, et souhaite prendre l’enfant. Dévastée, Butterfly met fin à ses jours.
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Le point du vue du fils
‘Madame Butterfly’ aborde des thématiques fortes et intemporelles, comme l’amour absolu, la trahison, l’obsession, le sacrifice, mais aussi le choc des cultures, le colonialisme, le déracinement et le patriarcat.
Pour sa mise en scène présentée au Bâtiment des Forces Motrices de Genève (le Grand Théâtre est en travaux), la Tchèque Barbora Horáková fait le choix d’en ajouter une de plus: la quête identitaire du fils de ce couple américano-japonais. Elle imagine son retour à Nagasaki une fois adulte. Un déplacement de point de vue matérialisé par la présence sur scène d’un figurant jouant le rôle de cet homme élevé aux Etats-Unis qui cherche à comprendre son histoire familiale brisée.
La scénographie repose principalement sur une maison japonaise stylisée montée sur un plateau tournant, avec des parois coulissantes et une esthétique zen. Des panneaux blancs diffusent des images fragmentées issues d’une vidéo de Diana Markosian, centrée sur l’histoire de ce fils.
>> A voir, les ultimes répétitions de cette production genevoise de « Madame Butterfly » :
Ultimes répétitions d’un grand opéra / Coulisses / 11 min. / le 22 avril 2026 Corinne Winters, une magnifique Cio-Cio-San
Si cette narration parallèle est une belle idée sur le papier, sur scène, elle apporte un peu de confusion et il est difficile de savoir quelle est sa véritable plus-value. Quoiqu’il en soit, elle ne perturbe pas l’histoire centrale de cet opéra, celle de Cio-Cio-San, une héroïne tragique qui représente sans doute l’archétype féminin le plus illustre de l’univers de Puccini. Jeune fille naïve et fragile de quinze ans, le personnage évolue vers une femme au courage et à la détermination infaillibles. « Je perçois avant tout Cio-Cio-San comme une jeune femme émancipée, animée par un désir brûlant de liberté », indique la metteuse en scène Barbora Horáková dans le programme de la production genevoise.
Presque tout l’opéra tient sur les épaules de son interprète. A Genève, la soprano américaine Corinne Winters (en alternance avec Heather Engebretson) offre une Cio-Cio-San bouleversante, alliant une maîtrise vocale qui lui permet aussi bien des piani délicats que des fortissimi les plus intenses et une présence scénique remarquable. Elle accompagne avec finesse l’évolution de ce personnage complexe.
L’Orchestre de la Suisse Romande (OSR), qui rayonne sous la baguette d’Antonino Fogliani, et le reste du plateau vocal l’accompagnent avec de belles qualités. Une mention spéciale au baryton Andrey Zhilikhovsky qui, dans son rôle du consul américain, fait passer en subtilité toute la bienveillance et l’empathie de son personnage.
Une grande puissance émotionnelle
Ces dernières années, on a souvent reproché au Grand Théâtre de Genève de proposer des mises en scène trop contemporaines, trop audacieuses ou trop radicales. Rien de tel pour ce ‘Madame Butterfly’, avant-dernière production sous le règne d’Aviel Cahn, directeur de la maison d’opéra genevoise.
Sans être classique, cette production reste fidèle à l’oeuvre tout en proposant une lecture originale. Mais surtout, grâce à l’esthétique élégante de sa mise en scène et au talent de ses interprètes, cette production déploie une puissance émotionnelle rare.
Andréanne Quartier-la-Tente
‘Madame Butterfly’ de Giacommo Puccini, mise en scène de Barbora Horáková, avec Corinne Winters, en alternance avec Heather Engebretson, Stephen Costello, en alternance avec Arnold Rutkowski, Andrey Zhilikhovsky, Kai Rüütel-Pajula, l’OSR sous la direction d’Antonino Fogliani et le Choeur du Grand Théâtre de Genève. A voir encore au Bâtiment des Forces Motrices de Genève les 28, 29, 30 avril, 2 et 3 mai 2026.
Cette production de ‘Madame Butterfly’ est à voir le 28 mai 2026 sur RTS 1 et diffusée dans l’émission Concert du soir le 6 juin 2026.