Des chercheurs ont réussi pour la première fois à déclencher un tremblement de terre artificiel dans le massif du Gothard. La tentative s’est parfaitement déroulée, indique mercredi l’Université d’Aix-la-Chapelle (D), qui a participé à l’expérience.

Depuis plusieurs jours, des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH), de l’Université d’Aix-la-Chapelle et de l’Institut national de géophysique et de volcanologie d’Italie (INGV) ont injecté de l’eau à haute pression dans une zone de faille située dans le voisinage du « BedrettoLab », un laboratoire souterrain installé dans une ancienne galerie de construction du tunnel de la Furka.

Le but était de modifier, sous contrôle, la tension entre les roches et de provoquer ainsi des microséismes. L’expérience a été couronnée de succès. Toute une série de petits tremblements ont été enregistrés. Ces minuscules séismes n’étaient pas perceptibles à la surface.

Des centaines de capteurs hypersensibles avaient été placés à proximité de la zone de rupture. Ces senseurs étaient tellement réactifs qu’ils ont enregistré le tremblement de terre survenu le 20 avril au Japon.

Grâce à cette expérience, les chercheurs ont pu mesurer un tremblement de terre à son point d’origine et non plus à la surface de la terre, comme c’est le cas habituellement. Les signaux obtenus sont « incroyables », déclare le directeur du projet Florian Amann, de l’Université d’Aix-la-Chapelle. On possède maintenant des données uniques sur la physique des tremblements de terre.

Mieux prévoir

Ce projet, nommé « FEAR », acronyme anglais pour « Fault Activation and Earthquake Rupture », doit permettre d’améliorer la prévisibilité des tremblements de terre. Les chercheurs veulent mieux comprendre ce qui se passe avant la survenance d’un séisme. Un grand tremblement de terre est précédé de milliers de petites secousses dont l’évolution contient beaucoup d’informations, relève Florian Amann.

Jusqu’à présent, aucun signal précurseur fiable d’un séisme n’avait été identifié, malgré des décennies de recherches. Comme l’on ne peut pas attendre qu’un tremblement de terre se produise au bon endroit, on en déclenche soi-même, avait expliqué Stefan Wiemer, de l’ETH Zurich, avant le déroulement de l’expérience.

De nouvelles expériences

Ces microséismes ont été suivis en ligne par trois équipes différentes. « Il y a tellement de personnes impliquées que nous étions extrêmement tendus et le succès a été si grandiose que nous devons, dans un premier temps, nous asseoir », ironise Florian Amann, cité dans le communiqué.

Présentement, l’eau qui a été injectée à haute pression dans la faille s’écoule de la montagne. La phase actuelle de l’expérience s’achève. Dans les semaines et mois qui viennent, de nouvelles expériences vont être menées. Il faudra aussi analyser les énormes quantités de données qui ont été récoltées.

ats/miro