Des camions chargés de roches concassées et de minerai sillonnent un paysage de cratères dans l’ouest de la Finlande. C’est là qu’a démarré fin février la première exploitation minière de lithium d’Europe, destinée à la production de batteries pour les voitures électriques ou les smartphones.

Des nuages de poussière flottent au-dessus de la mine à ciel ouvert de Syväjärvi, située dans la petite commune de Kaustinen, où du minerai de spodumène, contenant environ 1% d’oxyde de lithium, est extrait en cette journée ensoleillée de fin avril. «C’est la première mine de lithium en Europe» à des fins technologiques, explique à l’AFP qui s’est rendue sur place Hannu Hautala, directeur de l’exploitant minier Keliber.

Devisé à 723 millions de francs, le projet doit permettre de produire de l’hydroxyde de lithium affichant la qualité nécessaire pour les batteries, un composant essentiel à la fabrication de produits tels que les véhicules électriques et les smartphones. «Cela renforce l’indépendance vis-à-vis des importations en provenance, par exemple, des pays asiatiques et de l’Australie», précise le dirigeant.

La mine devrait être pleinement opérationnelle d’ici deux ans. Des camions transporteront le minerai vers une toute nouvelle usine de concentration. Là sera produit un concentré sableux ensuite acheminé vers une raffinerie pour fabriquer l’hydroxyde de lithium destiné à l’industrie européenne des batteries, selon Hannu Hautala qui ne souhaite pas dévoiler le nom de ses clients à ce stade.

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Six autres sites prévus

S’il existe des réserves de lithium au Portugal, Keliber est la première entreprise en Europe à disposer de l’ensemble de la chaîne de production, de la mine à l’usine de concentration et à la raffinerie dans un rayon de 43 kilomètres. A des stades plus ou moins avancés, d’autres projets de mines de lithium sont en cours de développement en Europe, notamment en Allemagne, en Autriche ou en République tchèque. Beaucoup se heurtent à une forte opposition.

Mercredi dernier, le président français Emmanuel Macron s’est déplacé dans l’Allier, à Échassières pour inaugurer la mine de lithium de l’entreprise Imerys. Ce vaste projet assis sur un des principaux gisements mondiaux de minerai de lithium devrait permettre, à partir de 2030, de produire 34 000 tonnes par an d’hydroxyde de lithium et équiper annuellement 700 000 voitures électriques.

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Fait peu connu du grand public, le sous-sol finlandais recèle de son côté certaines des plus importantes réserves de lithium du vieux continent, souligne Bo Langbacka, spécialiste au centre de recherche géologique de Finlande. «Il existe un type spécifique de granit dans cette région, qui recèle ce minerai, le spodumène», ajoute-t-il. Selon lui, d’autres entreprises ont probablement aussi commencé à prospecter ce minerai.

Le géant minier sud-africain Sibanye Stillwater investit dans le projet depuis 2022 et détient désormais près de 80% des parts, tandis que la société publique finlandaise Finnish Minerals Group en détient 20%. Le reste est détenu par un groupe d’actionnaires finlandais. Le patron de Sibanye Stillwater, Richard Stewart, relève que si cette mine est «assez petite», elle est «très, très importante pour l’entreprise» d’un point de vue technologique et stratégique, représentant le premier investissement majeur de la société en Europe.

Le projet Keliber s’étend sur 500 kilomètres carrés et, outre la mine de Syväjärvi, six autres sites miniers sont prévus dans cette région entourée de vastes zones humides asséchées utilisées pour la production de tourbe et de forêts. Dans la ville voisine de Kaustinen, qui compte un peu plus de 4.000 habitants, les sentiments à l’égard de ce projet à grande échelle sont mitigés, a confié à l’AFP Pilvi Jarvela, professeure de musique. «Du point de vue de l’emploi, cela a été positif, reconnaît-elle, mais bien sûr, les gens s’inquiètent de l’impact environnemental».

10% de la demande européenne

Si, selon l’exploitant, quelque 300 personnes seront employées à terme, l’activité était clairsemée, en cette journée de fin avril, autour de la raffinerie de lithium, dont la construction est en phase d’achèvement. Des essais avec de l’eau ont débuté, explique Sami Heikkinen, directeur technique de la raffinerie.

Et d’ajouter que si tout se passe comme prévu, les premiers sacs seront emballés à la fin de cette année, le produit final devant ressembler à des «cristaux de sucre blanc», conditionnés dans des sacs de 500 ou 1000 kg, prêts à être transportés soit dans des conteneurs maritimes, soit par camion.

Une fois que la raffinerie sera opérationnelle, environ 15 000 tonnes d’hydroxyde de lithium devraient être produites chaque année. Selon Bo Langbacka, cela représente environ 10% de la demande européenne en lithium, ce qui signifie que les importations de lithium chinois continueront de jouer un rôle central alors que l’Europe cherche à accélérer l’électrification des véhicules.

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Recyclage d’aimants en Allemagne

Animée de la même quête d’indépendance technologique, l’Allemagne inaugure ce mardi une usine de recyclage et de production d’aimants à base de terres rares dans le sud du pays. Lancée par la start-up HyProMag. Situé à Pforzheim, le site entend fournir en composants l’industrie automobile, l’aéronautique et le spatial ou encore les énergies renouvelables et l’électronique.

Ce projet fait partie des nombreuses initiatives lancées ces dernières années en Europe pour atteindre les objectifs ambitieux que s’est fixé Bruxelles en matière de souveraineté liée aux matériaux critiques. Depuis l’adoption en 2023 du Critical Raw Materials Act, l’UE veut garantir que le recyclage des matières premières stratégiques, dont les terres rares font partie, réponde à 25% de la demande de l’Union d’ici à 2030. En France, une start-up lyonnaise a commencé en mars 2025 la construction d’une usine similaire dans le sud-ouest du pays.

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Début février, la Cour des comptes européenne a estimé que l’UE peinait à réduire sa dépendance aux importations de matières premières critiques, et s’est montrée dubitative sur les perspectives du recyclage. Lors d’un forum économique germano-britannique organisé à Berlin lundi, où un accord de coopération sur les minéraux critiques a été signé, le ministre chargé des entreprises et du commerce du Royaume-Uni, Peter Kyle, a estimé qu’il fallait «faire beaucoup plus pour sécuriser nos chaînes d’approvisionnement et pour renforcer notre résilience».

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