Et si le mécanisme à l’origine de la maladie d’Alzheimer servait en réalité à protéger le cerveau ? Une telle idée, étudiée depuis quelques années, tient peut-être une nouvelle preuve, obtenue par des chercheurs du centre McCance pour la santé cérébrale, dans le Massachusetts. Pour rappel, la maladie d’Alzheimer se caractérise par l’accumulation de plaques de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau ainsi que par des modifications de la protéine tau, qui s’agrège en fibrilles autour des neurones.
Les chercheurs viennent justement de montrer que la protéine tau réagit à une infection virale des neurones. En infectant des cultures cellulaires de neurones humains avec le virus de l’herpès HSV-1, ils ont constaté que cela entraînait l’agrégation des protéines tau. Plus étonnant encore, ils ont découvert que la protéine était capable de se lier à la capside du virus, son enveloppe de protection, neutralisant ainsi l’infection. Les agrégats de virus herpès et de protéines tau étaient ensuite éliminés par les cellules de microglie, principales actrices du système immunitaire du cerveau. Cerise sur le gâteau, lorsqu’elles forment des agrégats, les protéines tau se détachent de la charpente de la cellule (le cytosquelette), et cela gêne la circulation du virus dans la cellule infectée ! Des travaux antérieurs sur les propriétés antimicrobiennes de la protéine tau avaient déjà montré que des fragments peptidiques de tau possèdent une forte activité antimicrobienne contre le staphylocoque doré et Escherichia coli.
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Voilà pour le rôle de tau, mais qu’en est-il de la protéine bêta-amyloïde, l’autre molécule liée à la maladie d’Alzheimer ? Sur ce point, de précédentes études avaient démontré qu’elle possède elle aussi des propriétés antimicrobiennes. Elle est capable de piéger, de tuer ou de neutraliser des infections bactériennes, fongiques et virales, à la fois dans des modèles in vitro et in vivo.
Ainsi, les gènes responsables des deux mécanismes associés à la maladie d’Alzheimer auraient d’abord été sélectionnés au cours de l’évolution en conférant un avantage de survie aux humains, en protégeant leur cerveau des infections à une époque où leur espérance de vie était de trente ans ou moins, sans conséquence donc sur le déclin cérébral à des âges plus avancés. Voilà qui expliquerait pourquoi la séquence génétique liée à la protéine bêta-amyloïde est conservée à l’identique chez les vertébrés depuis 400 millions d’années (les humains partagent notamment cette séquence avec les cœlacanthes, les fameux poissons-fossiles). Ce n’est qu’avec l’allongement de l’espérance de vie que ces mêmes gènes auraient révélé leurs effets indésirables, favorisant la maladie d’Alzheimer. L’évolution n’avait pas prévu que nous vivrions aussi longtemps…

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