Opinion
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Une initiative qui provoquerait chaos et incertitude
Notre économie souffre déjà des bouleversements mondiaux. Accepter l’initiative de l’UDC ne ferait qu’empirer les choses.
L’invité
Philippe Miauton- Directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie
Publié: 30.04.2026, 06h53
Alors que les crises étrangères mettent déjà sous pression tous les pans de notre économie, un nouveau scrutin s’attaque à la prospérité de notre pays. Le 14 juin prochain, peuple et cantons se prononceront sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» Ce texte vise à plafonner la population résidante permanente à 10 millions d’habitants avant 2050. En fixant une telle limite à la croissance démographique, cette initiative garantirait surtout une pénurie de main-d’œuvre et une instabilité économique. Il s’agit bien d’une «initiative du chaos», comme l’a rebaptisée une coalition des opposants à ce texte.
Disons-le tout de suite, les travailleurs étrangers, pointés du doigt malgré eux par cette initiative, contribuent au bon fonctionnement de notre système. Ils œuvrent dans les hôpitaux, les EMS, sur les chantiers, dans les usines, les magasins et les restaurants, dans des secteurs où le personnel suisse manque cruellement. Ils comblent également des emplois techniques ou des qualifications qui font défaut en Suisse. Tout cela au moment où les baby-boomers quittent en masse le marché du travail. Nos entreprises doivent pouvoir recruter des travailleurs européens lorsqu’elles ne trouvent pas de candidats localement. La libre circulation des personnes fait assurément partie de la solution. Nous n’abordons pas la question du financement de l’AVS, qui découlerait d’une baisse du nombre d’actifs dans le pays.
Fermer les frontières et s’attaquer à la voie bilatérale ne résoudra aucun des problèmes que rencontre notre pays au niveau de ses infrastructures et du logement. Cette réalité ne s’explique pas par une immigration non contrôlée comme le prétendent les initiants, mais par plusieurs facteurs avant tout politiques (manque de vision, promesses non tenues, financements insuffisants, etc.). Nos infrastructures sont simplement sous-dotées depuis des décennies.
Une hérésie
Saborder nos relations avec nos voisins européens, qui sont nos premiers partenaires commerciaux et sécuritaires, reste une hérésie dans un contexte déjà bouleversé par la situation géopolitique. En pleine guerre tarifaire avec les États-Unis, nous avons besoin de partenaires fiables. L’UE a démontré qu’elle remplissait ce rôle depuis vingt-cinq ans. L’exemple du Brexit illustre le danger que fait courir l’initiative: depuis que le Royaume-Uni a résilié l’accord sur la libre circulation des personnes, l’immigration – notamment illégale – n’a jamais été aussi élevée outre-Manche.
La résiliation de cet accord entraînerait par ailleurs la fin des six autres accords bilatéraux I et sonnerait également le glas des Accords de Schengen et de Dublin. On pourrait dire adieu, alors, à l’accès à la base de données SIS Schengen, essentielle pour lutter contre la criminalité transfrontalière, l’immigration illégale et le terrorisme. Schengen est précisément la réponse à l’immigration que l’initiative entend combattre.
Enfin, les initiants se lancent clairement dans le greenwashing en baptisant leur texte «Pour la durabilité». Ni la stabilité de l’emploi par rapport aux besoins, ni celle de nos relations avec nos voisins économiques, ni celle de notre AVS ne seraient épargnées. La seule chose durable que garantit ce texte, c’est d’ajouter du chaos aux incertitudes économiques actuelles!
Directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie
Sur l’initiative UDC
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