Au nom de la transition énergétique, des centaines de locataires de Suisse romande perdent leur logement. À Genève comme à Lausanne, les résiliations massives de baux se multiplient pour rénovation, sur fond de pénurie aiguë d’appartements.

Ils ont reçu la lettre recommandée comme un coup de massue. À Genève, 107 locataires du boulevard Carl-Vogt ont vu leur bail résilié en janvier.

À Lausanne, 16 familles du chemin de Monribeau ont connu le même sort il y a près d’un an. Le motif invoqué par les régies: des rénovations énergétiques d’ampleur, jugées incompatibles avec le maintien des habitants sur place.

>> Voir l’émission complète de Temps Présent : Mon toit ma bataille Mon toit ma bataille / Temps présent / 47 min. / hier à 20:11 12’000 bâtiments concernés à Genève

Pour respecter l’objectif de neutralité carbone fixé à 2050, la Suisse doit assainir l’ensemble de son parc immobilier. Rien qu’à Genève, 12’000 bâtiments sont concernés. Une obligation que les milieux immobiliers présentent comme une contrainte forte.

« Habituellement, nous prévoyons des amortissements sur 20 à 25 ans. Là, on doit immédiatement réaliser toute une série de travaux. Ce n’est pas un effet d’aubaine, c’est un effort qui est demandé aux propriétaires », plaide Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière, jeudi au micro de Temps Présent.

L’intérêt de résilier les baux, c’est de pouvoir établir de nouveaux contrats au moment de la remise en location

Fabrice Berney, secrétaire général de l’Asloca Vaud

Les défenseurs des locataires ne l’entendent pas ainsi. Pour Fabrice Berney, secrétaire général de l’Asloca Vaud, la rénovation énergétique sert souvent de prétexte: « Les bailleurs pourraient tout à fait laisser les locataires en place. Mais l’intérêt de résilier les baux, c’est de pouvoir établir de nouveaux contrats au moment de la remise en location ».

Des loyers qui ont bondi de 32%

Traduction: des hausses de loyer immédiates, là où la loi limiterait l’augmentation pendant cinq ans en cas de maintien des occupants. En vingt ans, les loyers suisses ont bondi de 32%.

C’est ma grotte, ma protection. J’appelle ça mon paradis

Colette, 70 ans, locataire expulsée de son appartement

La douleur est d’autant plus vive que l’attachement au logement dépasse le contrat. Colette, 70 ans, vit depuis près d’un demi-siècle dans son 4 pièces de Carl-Vogt, qu’elle loue moins de mille francs par mois. « C’est ma grotte, c’est ma protection. J’appelle ça mon paradis », confie cette artiste.

Marilène et Jeannot, ses voisins, y ont passé 32 ans. À Monribeau, Dominique, 62 ans, prend des médicaments pour dormir depuis qu’elle a reçu son congé.

Une issue encore possible

Trouver un toit ailleurs relève du casse-tête. Le taux de vacance n’atteint que 0,34% dans le canton de Genève, moins de 1% dans celui de Vaud. Et aucune obligation légale n’impose aux propriétaires d’accompagner les locataires dans leur relogement.

Une issue reste pourtant possible. Aux tours de la Rouvraie, sur les hauts de Lausanne, 160 résiliations notifiées en 2018 par UBS avaient provoqué un choc équivalent.

Constitués en association, les habitants ont mené quatre ans de négociations. Résultat: les congés ont été annulés et la majorité des locataires ont pu rester sur place, déplacés quelques semaines seulement le temps des travaux. Une exception qui inspire aujourd’hui les collectifs mobilisés à Carl-Vogt et Monribeau.

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Sofia Pekmez et Cédric Louis/hkr