Deux familles de victimes évoquent des défaillances dans la prise en charge des personnes blessées. Les procureures vont ouvrir une procédure portant sur la question des secours.
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, 41 personnes perdaient la vie dans l’incendie du Constellation et plus d’une centaine étaient blessées.
Dans les heures suivant les faits, le Ministère public valaisan ouvrait une instruction pénale pour établir d’éventuelles responsabilités dans le drame. A ce jour, 13 personnes, les époux Moretti et 11 personnes en lien avec la commune de Crans-Montana, sont ainsi notamment poursuivies pour homicide par négligence.
Selon les informations de la RTS, le Ministère public va ouvrir une nouvelle instruction pénale portant sur la gestion des secours dans les instants suivant le drame.
De source policière, les procureures ont décidé de séparer les causes pour éviter d’alourdir davantage la procédure principale qui compte déjà 13 prévenus. Cette décision est d’autant plus compréhensible qu’aucun des 13 inculpés ne porte de responsabilité dans les manquements qui auraient pu avoir lieu dans la prise en charge des personnes blessées.
>> Les précisions dans La Matinale : Des critiques visent la gestion des secours juste après le drame de Crans-Montana / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:25 Le courrier de Philippe Nantermod
D’après les recoupements du Pôle enquête de la RTS, deux avocats sont à l’origine de la décision du Ministère public de s’intéresser à la gestion des secours. Il s’agit du Suisse Philippe Nantermod, également conseiller national PLR (VS), et de l’Italien Fabrizio Ventimiglia, qui travaille main dans la main avec l’avocat genevois Pierluca Degni.
Philippe Nantermod a écrit en mars aux procureures menant l’instruction pénale. Dans ce courrier dont la RTS a pris connaissance, il dit que « les conditions et modalités » de la prise en charge de son client « ont joué un rôle déterminant dans l’évolution défavorable de son état de santé ».
« Gravité des blessures sous-évaluée »
Il précise que la gravité de ses blessures « a été largement sous-évaluée » et qu’il a ainsi subi « des complications considérables auxquelles il aurait échappé au moins partiellement en cas d’une meilleure prise en charge ».
Dans les grandes lignes, il serait question d’un masque à oxygène mal positionné sur ce jeune de 16 ans, d’une arrivée tardive de l’ambulance ainsi que d’absence de prise de conscience des secouristes de la gravité de son état de santé.
Pierluca Degni et Fabrizio Ventimiglia, eux, ont écrit à deux reprises aux représentantes du Ministre public. Ils représentent les intérêts d’une jeune Italienne de 16 ans brûlée sur 40% du corps et longtemps hospitalisée en Italie.
« Manque de bouteilles d’oxygène »
« Dans les heures suivant le drame, il manquait des civières, mais surtout des couvertures thermiques et des bouteilles d’oxygène », affirme Fabrizio Ventimiglia, interrogé par le 19h30. « Or, les bouteilles d’oxygène étaient indispensables pour que tous les blessés puissent respirer immédiatement. Ils ne le pouvaient pas en raison des fumées toxiques. »
Dans son courrier adressé aux procureures, il fait état d’un délai de prise en charge qui a « inévitablement entraîné une aggravation des brûlures, ainsi que des problèmes respiratoires ».
« Respect des victimes »
Fabrizio Ventimiglia et Philippe Nantermod ont appris mercredi que le Ministère public comptait enquêter sur la gestion des secours. L’avocat valaisan, par ailleurs conseiller national, n’a pas souhaité s’exprimer sur ce point.
Fabrizio Ventimiglia, lui, salue la démarche des magistrates. « Enquêter sur la gestion des secours est une question de respect des victimes, des blessés et de leurs familles. Il est essentiel de se pencher sur chaque aspect de cette nuit dramatique et tragique. »
Contacté par la RTS, le Ministère public n’a pas souhaité commenter sa décision.
Fabiano Citroni, Pôle enquête RTS