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2 mai 2026 à 7h42
Cela fait 46 ans, en 2026, qu’Ellen Desforges est installée rue de la Monnaie dans le Vieux-Lille (Nord). Ses vitrines aux numéros 24, 26 et 28 s’admiraient comme un coffret de bijoux, avec des yeux ravis balayant les objets décoratifs harmonieusement posés ou suspendus. L’artisane, qui a commencé en 1980 en vendant des bouquets de fleurs séchées, prend une retraite bien méritée, alors qu’elle a créé un commerce éphémère jusque le 12 juillet 2026. Depuis l’annonce de l’arrêt de son activité, une émotion vive s’est emparée de ses clients du Nord et d’ailleurs. « J’ai été sidérée par les messages de sympathie et de bienveillance », nous confie Ellen Desforges dans l’intimité de sa nouvelle boutique éphémère, située au 41, rue de la Monnaie. Le lieu ne sera ouvert que trois mois, jusqu’au 12 juillet, avant la fin de la belle histoire écrite par cette Lilloise pure souche. Rencontre.

Depuis avril 2026, la boutique a déménagé en face de sa localisation historique. ©Margot Nicodème« Pour moi, les objets ont une vie » : Ellen Desforges va fermer sa superbe boutique de décoration
En avril, Ellen Desforges a déménagé en face de sa boutique historique, dans la cellule qui a longtemps accueilli la marque de prêt-à-porter Scotch & Soda. Un déplacement qui n’était pas de son fait, puisque c’est le résultat d’un litige avec la mairie de Lille vieux de 5 ans. La Ville a voulu récupérer le bail des numéros 24, 26 et 28, pour un projet d’extension du musée de l’Hospice Comtesse, mettant la cheffe d’entreprise en fâcheuse posture. Ellen Desforges a finalement obtenu gain de cause face à la collectivité, et a profité, hasard heureux du calendrier, de la vacance de la case commerciale au 41 pour terminer sa carrière sur une note légère.

L’ancienne boutique des 24, 26 et 28 rue de la Monnaie a été vidée, après 46 ans d’occupation par la marque atypique. ©Margot Nicodème
Jusqu’au 12 juillet, la clientèle peut acquérir les derniers luminaires en forme de soucoupes, que l’on ne présente plus, les délicats articles relevant des arts de la table, ou encore les créations textiles, entièrement confectionnées par la fondatrice de l’enseigne. Des kimonos notamment, ou plutôt « des yukatas », car c’est un vêtement de tous les jours.
La Lilloise a fait de l’exotisme sa marque de fabrique, avec une inspiration puisée dans « les jardins japonais… »
« [Les Japonais] ont la culture de l’objet beau et utile. Ils privilégient la pureté et la simplicité des formes. À partir de là, je crée un univers qui m’est propre : pour moi, les objets ont une vie, il faut avoir beaucoup de plaisir à les utiliser, à les nettoyer… J’aime les objets qui ont une vie longue. »
Ellen Desforges, fondatrice de la boutique de décoration éponyme rue de la Monnaie à Lille

Il y a une inspiration « jardins japonais » chère à la patronne. ©Margot Nicodème
En plus de la sélection minutieuse des articles auprès de ses fournisseurs, elle engage un vrai travail de réflexion sur l’assemblement.

Ellen Desforges prend un grand soin à organiser ses vitrines de façon à ce qu’elles soient le plus inspirantes possible pour les amateurs de décoration. ©Margot Nicodème

Ce qui a fait l’ADN de l’enseigne, des objets décoratifs aux formes simples et épurés. ©Margot Nicodème
Ses présentations en vitrines sur et les étagères sont savamment pensées en amont, afin que chaque élément fasse sens. « Je fais des propositions d’environnements dans lesquels les objets sont mis en valeur. C’est comme s’ils se parlaient entre eux. J’ai le bonheur d’avoir une clientèle qui est séduite par ces mises en scène. »
« Des gens m’ont dit que c’était leur boutique de décoration préférée » : l’émotion des clients
Un « lien » avec les générations de clients – Ellen Desforges a vu défiler des mères puis leurs filles au fil des décennies – qu’elle n’aurait imaginé si fort. En effet, la commerçante s’est trouvée bouleversée par les innombrables marques d’affection reçues depuis l’annonce de son départ en retraite. « J’ai été très touchée. Des gens m’ont dit que c’était leur boutique de décoration préférée, certains en ont eu les larmes aux yeux… »

Ellen Desforges prend sa retraite, pour aller des jours paisibles dans sa maison des Flandres. ©Margot Nicodème
Mais à 69 ans, et après une telle carrière à mener sa barque seule – Ellen Desforges aborde rapidement les difficultés à gérer un commerce indépendant seule, avec toutes les taches, doutes, même, que cela implique – il est temps pour elle de tourner la page. Elle prévoit de souffler dans son habitation nichée dans les Flandres et de profiter des siens.

Les luminaires en forme de soucoupes (c’est notre interprétation…) comptent parmi les pièces fortes de la sélection de la cheffe d’entreprise. ©Margot Nicodème
Elle participera bien entendu aux soldes d’été et à la Braderie des commerçants du Vieux-Lille le 6 juin 2026. De belles occasions de s’emparer de pièces fortes (ou plus classiques) à prix réduits.
Mais est-ce vraiment un point final à l’aventure ? Rien n’est encore certain. En ce mois d’avril, l’entrepreneuse a reçu de nombreuses sollicitations, allant dans le sens d’une reprise. « Mais je ne sais pas encore. Mon nom pourrait rester, il faut que la continuité me corresponde… » Affaire à suivre, de très près.
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