Devenir une chanteuse reconnue est le rêve de beaucoup de jeunes, souvent grisés par des émissions télévisées. Tess Giordano, jeune chanteuse genevoise de 17 ans, a choisi un autre chemin pour réaliser son rêve. Entre les cours au collège, les répétitions et les auditions tardives, la série Ma vie sans filtre raconte l’envers du décor.

Il est 23 heures et Tess n’arrive pas à dormir. Sur sa to do list: réviser pour les semestrielles, préparer un concert dans cinq jours, gérer ses déclarations de droits d’auteur, envoyer une facture, rappeler un programmateur.

Finalement, elle se lève, attrape sa guitare et travaille un morceau jusqu’à épuisement. Demain, elle a cours à 8h.

On pourrait se dire que la musique, c’est juste trop le fun. Et puis non, c’est vraiment un gros travail

Tess Giordano

Cette scène, à elle seule, résume la série Ma vie sans filtre, ou le journal de bord d’une adolescente qui a décidé de faire de la musique son métier et qui, à 17 ans, en assume déjà toute la charge.

L’envers du décor

En quatre épisodes, on suit Tess dans sa filière intensive à l’Ecole des musiques actuelles à Genève (eMa), à la finale du Tremplin, à l’ouverture du festival Mai au Parc… jusque sur la grande scène du Montreux Jazz Festival. On la voit aussi gérer ses mails, négocier des cachets, encadrer son groupe, remplir ses droits musicaux. « On pourrait se dire que la musique, c’est juste être en train de jouer et que c’est trop le fun. Et puis non, c’est vraiment un gros travail », résume-t-elle.

Tess au piano en concert. Tess au piano en concert.

Ce qui rend la série actuelle, c’est précisément ce refus de la « mythologie ». La génération de Tess connaît la mécanique du métier mieux que ses aînés: elle sait qu’il faut savoir gérer son Instagram, ses interviews, ses arrangements et ses fiches d’impôts, tout en même temps. Et elle assume.

Des blessures intimes

Tess évoque également ses blessures intimes, celles qui d’une certaine manière façonnent ses textes et l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Par exemple, la maladie chronique dont elle souffre: la maladie de Willebrand, un trouble de la coagulation, qui rend chaque chute, chaque blessure, potentiellement grave. Le deuil aussi, avec une chasse au trésor laissée en héritage par sa tante Sylvie, disparue en novembre. Ou la place d’une mère seule qui a porté tout ça et qui apprend maintenant à laisser sa fille partir.

Au bout d’un moment, je vais devoir voler de mes propres ailes

Tess Giordano

Et puis il y a ce morceau, ‘Euphoria’, qui parle frontalement du regard de l’industrie musicale sur les jeunes artistes: « People in my street, keep watching, hoping I’ll make the wrong move [Les gens de ma rue m’observent sans cesse, dans l’espoir que je fasse un faux pas] ». À 17 ans, Tess Giordano sait déjà qu’on l’attend au tournant.

Une génération qui doute et qui avance

Ce qui frappe au fil des épisodes, c’est sa lucidité. Tess parle ouvertement des moments où elle a pensé arrêter, des doutes qui reviennent, du vertige du métier. Elle ne se survend pas. Elle travaille dur. Elle s’entoure. Elle pleure quand il faut, rigole avec son groupe, organise sa logistique et termine son collège pour avoir sa maturité, au cas où.

Tess Giordano en images

Le dernier épisode se referme sur un avion pour Berlin, premier voyage sans sa mère. Une étape avant Amsterdam, peut-être, où elle envisage un bachelor au conservatoire. « Au bout d’un moment, je vais devoir voler de mes propres ailes. »

>>La série Tess Giordano est disponible en quatre épisodes sur Play RTS.

Tim Robert-Charrue