La crédibilité d’une dynastie peut aussi être liée à la cohérence du noyau familial et à sa visibilité

« Trop de communication tue la communication », dit-on souvent. En matière d’images, le Palais royal mène les choses de façon à la fois contemporaine et classique. Efficace et humaine, sans jamais verser dans le matraquage, le racolage ou l’excès d’émotion. Les messages, sur les réseaux sociaux, sont orchestrés avec simplicité et sobriété. Mais ils « claquent » aussi. Cette photo du Souverain en compagnie de sa fille est une façon de mettre en lumière cette dernière, tout en rappelant en filigrane qu’elle est naturellement aussi importante que le reste de la fratrie.

Un équilibre mesuré au quotidien

C’est, comme on le sait, plus qu’un leitmotiv ou une philosophie, un vrai principe de vie chez le couple royal : assurer à leur progéniture l’attention qu’ils méritent chacun. Respecter leur individualité, leur personnalité. Les valoriser quand il le faut, de façon mesurée certes, mais sans brider les enthousiasmes ni les passions. Éviter aussi le syndrome de l’aîné, l’héritier – ici donc la princesse Élisabeth – qui occulterait l’espace médiatique. Même s’il est de bonne guerre, bien sûr, que les médias auscultent la trajectoire de celle qui sera un jour reine des Belges, et qui se prépare d’ailleurs à boucler bientôt son cursus à la Harvard Kennedy School.

Pour marquer les 66 ans du Roi et les 18 ans de la princesse Éléonore, voici le remake d’une photo iconique qui les réunissait en 2016, à l’occasion de leurs anniversaires.Pour marquer les 66 ans du Roi et les 18 ans de la princesse Éléonore, voici le remake d’une photo iconique qui les réunissait en 2016, à l’occasion de leurs anniversaires.1. EMBARGO: Cette image est sous embargo jusqu’au lundi 13 avril à 04h. 2. DROITS D’AUTEUR: La photo appartient au Palais royal et est mise à disposition de la presse à condition que les crédits du Palais et le nom du photographe, Vlad VDK, soient mentionnés. Attention : cette photo ne peut pas être mise en vente. A l’occasion du 66ème anniversaire de Sa Majesté le Roi et du 18ème anniversaire de Son Altesse Royale la Princesse Eléonore, respectivement les 15 et 16 avril, le Palais royal partagera une nouvelle photo les montrant ensemble. Cette photo a été prise dans le Domaine royal de Laeken. Des notes aux rédactions séparées suivront également pour leurs photos d’anniversaire individuelles. ©VLADVDK

Mais, au quotidien, il s’agit d’équilibrer les choses. C’est une évidence que toutes les familles, royales ou non, peinent parfois à appliquer. Le Palais y veille, les souverains aussi. Avec une forme de rigueur souple.

Cet équilibre est nécessaire, et même vital, pour le reste de la fratrie. D’une part, pour éviter le syndrome du « suppléant » dans la succession directe, qui revient en Belgique au prince Gabriel, et qu’on peut retrouver dans d’autres familles quand il s’agit de céder une entreprise ou de répartir des acquis. Il faut s’assurer que les tempéraments des plus jeunes, Emmanuel et Éléonore, ne se trouvent étouffés par le destin hors du commun de leurs aînés, qu’ils ne soient invisibilisés. Mais aussi – et c’est là qu’intervient le talent des parents et des équipes communicantes – qu’ils ne soient pas non plus exagérément exposés. Bref, tout un art qui fait de cette gestion royale une acrobatie sans fin.

À 18 ans, la princesse Éléonore sort de l’ombre et intrigue la Belgique : « Elle est sur le point d’éclore »

Éléonore arrive à la fin de son cursus scolaire à l’International School of Brussels, une école privée avec un enseignement dispensé entièrement en anglais. Elle y passera son baccalauréat international dans quelques semaines, suivant ainsi les pas de ses frères aînés. Auparavant, elle a été scolarisée en néerlandais au sein de l’école Heilig-Hartcollege à Tervuren, dans le Brabant flamand. Elle parle couramment le français, le néerlandais et l’anglais, un impératif dans la famille royale. Elle maîtriserait également un peu d’italien.

Le site de la monarchie belge nous apprend qu’elle joue du violon, aime le dessin et pratique, parmi moult disciplines, le ski, la voile, le tennis, le footing, mais aussi le vélo. On la sait férue de sport au sens large. Elle a d’ailleurs accompagné ses parents à plusieurs événements majeurs. C’est, par nature nous dit-on, une fervente supportrice des teams belges, Diables rouges entre autres, ou les Belgian Cats, qu’elle a soutenues à Athènes lors de leur grande victoire en juin dernier. La Princesse était « au comble de la joie » lorsque la Belgique a été sacrée championne d’Europe de basket féminin pour la deuxième fois d’affilée : l’équipe belge avait renversé l’Espagne pour s’imposer sur le fil au Pirée. Éléonore était « super enthousiaste » et a aimé, nous confirme-t-on, l’esprit d’équipe et l’ambiance des stades, cette saine émulation qui porte un groupe.

21 juillet 2025. La princesse Éléonore lors de la « party » donnée dans le parc de Bruxelles pour la Fête nationale.21 juillet 2025. La princesse Éléonore lors de la « party » donnée dans le parc de Bruxelles pour la Fête nationale.BRUSSELS, BELGIUM – JULY 21 : Princess Eleonore of Belgium during the « Party in the park » organised for the national Day 2025 in Brussels Park pictured on July 21, 2025 in Brussels, Belgium, 21/07/2025 ( Photo by Xavier Piron / Photonews ©XPI

Elle a aussi – ce point fait partie de toute éducation royale de qualité – fait du bénévolat une priorité de sa jeune vie. Elle s’engage ainsi régulièrement pour soutenir les plus vulnérables. Pendant le confinement, elle s’est entretenue par visioconférence avec des personnes isolées en maison de repos et a cuisiné régulièrement pour des seniors et des sans-abri. Elle fait aussi partie, depuis quelques années, de mouvements de jeunesse, notamment les scouts.

On ignore encore à quel métier la Princesse se destine. Ou vers quel enseignement supérieur elle va se tourner. La suite de son cursus pourrait avoir lieu à l’étranger, à l’image de sa sœur Élisabeth à l’Atlantic College, Oxford et Harvard, de son père le roi Philippe à Stanford, de plusieurs de ses cousins germains et de bien d’autres princes et princesses en Europe. Pour des raisons évidentes de liberté, d’ouverture et d’envergure internationale, et pour développer davantage encore le bagage linguistique et l’expérience culturelle qui s’imposent dans ces sphères.

À chacune de ses apparitions, les médias soulignent l’élégance et la beauté naturelle de la petite dernière du couple royal.À chacune de ses apparitions, les médias soulignent l’élégance et la beauté naturelle de la petite dernière du couple royal.Silhouette de liane, regard intense, réserve toute royale, la princesse Eléonore est à l’image de son éducation, tout en efficacité et discrétion. ©VLADVDK

Contrairement à l’aînée du couple royal, Élisabeth, qui, en tant que princesse héritière, sera appelée à régner un jour, Éléonore et ses frères ne bénéficieront pas d’une dotation. Bref, le champ est libre pour se choisir un avenir académique et professionnel. Et suivre une ligne claire. C’est fort heureux, car il faut rappeler que les enfants de monarques régnants resteront au moins encore un temps exposés, sinon surexposés. Et ce, malgré toutes les mesures de prudence et de modération prises par les équipes du Palais et le respect qu’adoptent en général les médias vis-à-vis d’eux, du moins dans leurs jeunes années.

Les enfants de souverains régnants resteront dans cette forme de lumière à la fois inégale et mesurée selon leur ordre dans la famille

Mais c’est une exposition fluctuante, inégale, pas simple à gérer, un peu à la manière d’enfants de stars hollywoodiennes, comme le relevait il y a quelques années Pascale Mormiche. Docteure en histoire moderne, collaboratrice du Centre de recherche du château de Versailles, celle-ci est spécialiste de l’éducation des princes et des élites aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ces derniers, soulignait-elle dans un entretien, « étaient conscients de leur statut dès leur plus jeune âge. […] Mais les rois-enfants n’étaient pas des enfants-rois. Les portes s’ouvraient devant eux sans qu’ils aient besoin de les toucher, mais ils ne faisaient pas ce qu’ils voulaient, ils étaient soumis à de nombreuses règles. » L’historienne rappelle, toujours en parlant des princes de l’époque, que « leur maturité était construite par l’éducation. En effet, tout leur apprentissage était structuré de telle sorte qu’ils soient capables de tenir leur rang. […] Dans leurs appartements, les princes et les princesses étaient libres de ne plus être en représentation publique. C’est en privé qu’ils pouvaient laisser éclater leurs tristesse, colère ou exaspération. […] Les parents des princes et des princesses étaient extrêmement occupés et souvent amenés à se déplacer. Les valets et les femmes de chambre constituaient donc une deuxième famille pour les enfants. Ils garantissaient leur éducation et leur sécurité. »

À chacune de ses apparitions, les médias soulignent l’élégance et la beauté naturelle de la petite dernière du couple royal.À chacune de ses apparitions, les médias soulignent l’élégance et la beauté naturelle de la petite dernière du couple royal.Scène bucolique pour la princesse dans l’éclat de sa jeunesse. Eléonore aime la nature et le sport. Des traits qu’elle partage avec le reste de la fratrie. ©VLADVDK

Ceci relève d’un autre siècle, bien sûr, mais le point commun reste celui-ci : les enfants de souverains régnants sont et resteront, qu’on le veuille ou non, dans cette forme de lumière à la fois inégale et mesurée selon leur ordre dans la famille. Et c’est pour les préserver de ce type d’écueils que le Roi et la Reine ont veillé à ce que leurs quatre enfants soient constamment placés sur un pied d’égalité et bénéficient d’une attention familiale permanente, tant psychologique et émotionnelle que didactique, prenant ainsi le parfait contre-pied de cette éducation d’un autre siècle gérée par le personnel. Ils les ont choyés avec fermeté, les ont entourés d’une attention constante, ont communiqué avec eux même lors de voyages lointains. Ils ont veillé à ce que les sphères de liberté que permet en principe la jeunesse soient scrupuleusement respectées. À ces ingrédients s’ajoute un trait contemporain : l’encouragement constant à viser haut, à s’accomplir dans leur propre domaine de prédilection, pour mieux s’épanouir et suivre leur voie.

Celle des enfants royaux, même ceux non appelés à régner, compte cependant souvent de la représentation. Là aussi, qu’on le veuille ou non : ce rôle n’est pas écrit dans le marbre ni dans la Constitution, mais la réalité d’une dynastie, sa crédibilité, peut aussi être liée à la cohérence du noyau familial et à sa visibilité. « Etre vu pour être cru », tel était le credo de la reine Elizabeth II. Cependant, en Belgique comme dans d’autres monarchies européennes, l’heure est à la modération, à l’efficacité. Sur ce plan comme sur d’autres, les Souverains ont fait – et continuent à faire – un sacré boulot.

Sujet publié dans l’édition prnt de Paris Match Belgique le 30/04.26