La base de données Discogs – une vaste encyclopédie musicale en ligne – recense 809 artistes qui ont choisi d’introduire le mot «Primitive» dans leur pseudonyme: The Primitive Quartet, Ministry Of Primitive Arts, Primitive Knot (on connaît, c’est très bien), Johnny Primitive, Primitive Overflow…
On devine quels sont les cheminements esthétiques qui peuvent mener à l’adoption de cet adjectif: une incertitude face à la sophistication, un goût pour le brut de décoffrage, une envie de faire résonner les cavernes. Or, parmi ces huit centaines de groupes et de projets musicaux, il en est un avec lequel les qualités précitées s’accordent parfaitement: Primitive Man.
Ce gang a été fondé en 2012 à Denver. Une formation classique de ce que l’on appelle à peu près depuis Motörhead un power trio: guitare et voix (Ethan Lee McCarthy), basse (Jonathan Campos), batterie (Joe Linden, depuis 2015). Et qui fait le choix de se glisser dans un registre lui aussi documenté – les spécialistes et les amateurs parlent de sludge, un metal lourd, aux oscillations lentes, et qui donne beaucoup d’espace au chuintement de l’électricité. Un genre autrefois popularisé par Eyehategod (leurs voisins du sud-ouest, en Louisiane).
Il y a bien entendu ici quelque chose comme une filiation, sinon une inspiration. Mais là où Eyehategod battait (et bat toujours) le groove marécageux du bayou, Primitive Man (ils viennent des montagnes, 1600 mètres d’altitude tout de même) préfère des découpes plus froides…
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… mais d’une brutalité chaloupante assez inattendue. Plongez dans leur corpus – Scorn (2013), Caustic (2017), Immersion (2020) et le dernier élément, Observance (2025, publié chez Relapse Records). Ce sont autant de câbles électriques empoignés à pleines mains: des riffs amples, lents (aucun tricotage de triples croches ici) et qui semblent en effet tout droit sortis du Pléistocène, une basse en forme de croûte terrestre, et une batterie qui prend souvent plaisir à pulser au tempo de la tectonique des plaques.
Dans quel objectif? On pourra parler ici d’un plaisir par l’aplatissement, d’une transe au train de sénateur, voire d’une catabase cavernicole. Rupestre, Primitive Man? Peut-être. Mais ces énergumènes savent comment s’y prendre lorsqu’il s’agit de mettre les doigts dans la prise.
Primitive Man. Sunset Bar, Martigny. Lu 4, 19h30. En première partie: Kollaps, et So Below.
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