Le groupe niçois Fraction, l’une des formations les plus identifiables de la scène rock radicale française depuis trois décennies, vient de mettre en ligne un nouveau titre dédié à la mémoire de Quentin Deranque, jeune militant de 23 ans décédé en 2026 sous les coups de militants d’extrême gauche. La chanson, disponible depuis cette semaine sur les plateformes de streaming et sur YouTube, prolonge la veine militante qui caractérise le groupe depuis sa fondation et illustre le rôle qu’a toujours joué la musique, à droite comme à gauche, dans la construction d’une mémoire collective et d’un imaginaire militant.
Le clip est dispo ici
Une chanson-mémorial dans la grande tradition du rock engagé
Le format choisi par Fraction n’a rien d’inédit dans l’histoire du rock militant. La chanson-hommage à un camarade mort constitue un ressort puissant et ancien, qui traverse tous les courants politiques. À gauche, on pense aux titres dédiés à Clément Méric ou à Carlo Giuliani, et notamment ceux de Brigada Florès Magon, ou Brixton Cats.
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À droite, plusieurs morceaux ont été dédiés ces dernières années à des militants disparus dans des circonstances dramatiques, sur le modèle de la chanson-tombeau qui inscrit le nom du défunt dans la mémoire militante par la répétition rituelle. Le refrain de Fraction reprend cette structure rituelle : « Quentin Présent », formule reprise des cérémonies d’appel des morts qui ponctuent depuis des décennies la vie associative et militante de la droite radicale française ou italienne.
On pense aux chansons pour Sébastien Deyzieu, pour Julien Quemener, ou en Italie, pour Sergio Ramelli;
Musicalement, le titre s’inscrit dans la continuité du virage métal opéré par le groupe à partir de l’album Le son d’histoire (2000), avec des sonorités hardcore et thrash qui caractérisent les productions niçoises depuis le milieu des années 2000. Riffs lourds, batterie martelée, chant scandé : la formule est connue de tous les amateurs de la scène.
Fraction ne cherche pas forcément le grand public, mais s’adresse à une communauté militante.
Trois décennies d’une scène musicale méconnue
Né à Nice en 1994 sous le nom de Fraction Hexagone, le groupe a pris son nom actuel au tournant des années 2000. Il s’est imposé comme l’une des formations marquantes de ce que les chroniqueurs spécialisés appellent le rock identitaire français (RIF) — courant musical qui se revendique en filiation à la fois du punk hardcore français des années 1980 et de la scène RAC (rock anti communiste) européenne. Plusieurs albums studio, plusieurs mini-CDs, un nombre important de participations à des compilations et des concerts à travers l’Europe entière ont jalonné une carrière interrompue par une mise en sommeil de plusieurs années avant le retour du groupe en 2021 avec l’album Réveille-toi !, marquant le retour de Pascal au chant en lieu et place de Philippe.
Comme toute scène musicale à message politique fort, Fraction a connu sa part de controverses judiciaires et médiatiques. La chanson Une balle, en 1998, avait notamment valu au groupe une mise en examen pour « complicité de provocations non suivies d’effets à des atteintes volontaires à la vie et à l’intégrité de la personne », procédure finalement interrompue pour vice de procédure grâce à l’avocat Éric Delcroix. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque, certains commentateurs établissant un parallèle — qui faisait écho à la procédure simultanée contre NTM — sur la responsabilité pénale des artistes pour leurs textes. La question, traitée à l’époque, n’a jamais cessé d’agiter le débat français : où s’arrête la liberté d’expression artistique ?
Le contexte mémoriel : la mort de Quentin Deranque
Le titre s’ancre dans une actualité douloureuse. Quentin Deranque, jeune militant de la mouvance nationale, est mort en 2026 selon une chronologie et un récit que la chanson de Fraction restitue à sa manière : il assurait la sécurité d’une action militante quand il a été pris à partie par un groupe d’antifas cagoulés qui l’ont passé à tabac. Les paroles évoquent le rôle qu’ont joué, dans le climat ayant rendu possible cette agression, certains discours politiques et médiatiques de l’antifascisme militant.
Tu étais un jeune militant, Pour une action, tu avais répondu présent Tu assurais la sécurité Pour ta patrie, pour tes idées Mais le destin a frappé Ton corps s’est brisé sur les pavés REFRAIN : Nous n’oublierons jamais ! Quentin mort à 23 ans ! Nous n’oublierons jamais ! Quentin Présent ! Une meute d’antifas t’a encerclé Ils t’ont fait tomber, t’ont tabassé Lynché à coups de pied par des hommes cagoulés Ces chiens enragés se sont acharnés Les lâches ont frappé sans relâche ! Les lâches ont frappé sans relâche ! Laissé pour mort, abandonné. Tu as succombé, sous les regards fermés REFRAIN : Nous n’oublierons jamais ! Quentin mort à 23 ans ! Nous n’oublierons jamais ! Quentin Présent ! Politiques et médias, complices Impunité totale pour ces milices Au nom de la lutte contre « le mal » Des soutiens jusqu’à l’Assemblée Nationale L’antifascisme distille sa haine depuis des années Pour certains, c’est un véritable permis de tuer REFRAIN : Nous n’oublierons jamais ! Quentin mort à 23 ans ! Nous n’oublierons jamais ! Quentin Présent ! Ton sacrifice ne sera jamais effacé Quentin Présent ! Le combat continue, pour nos idées Quentin Présent ! Ni oubli, ni pardon Quentin Présent ! Nous nous battrons en ton nom Quentin Présent !
L’affaire Deranque s’inscrit dans une série d’incidents — agressions à Rennes en 2025, agressions de militants identitaires sur d’autres campus, etc. — qui ont nourri un sentiment d’impunité au sein d’une partie de la jeunesse engagée à droite. La chanson de Fraction se fait l’écho frontal de ce sentiment, dans des termes qui ne ménagent ni les groupes d’extrême gauche violents ni leurs « soutiens jusqu’à l’Assemblée nationale », pour reprendre une expression du texte qui vise sans les nommer certains élus dont la complaisance avec les groupes antifa a fait l’objet d’articles documentés.
Une question culturelle plus large
Au-delà du cas Fraction et du cas Deranque, la sortie de ce titre pose une question culturelle qui mérite d’être posée pleinement : pourquoi la chanson militante de droite est-elle systématiquement renvoyée à ses marges quand son équivalent de gauche est, depuis quarante ans, intégré au patrimoine populaire et même institutionnel ? Bérurier Noir, dont le « La jeunesse emmerde le Front National » a été repris en chœur par des générations entières et programmé sur des scènes subventionnées, n’a jamais été inquiété pour ses paroles. La Brigada Flores Magón, Ya Basta (qui chantait notamment « Une balle pour les partis racistes » en visant explicitement le FN de l’époque), Noir Désir, Les Sales Majestés, La Ruda Salska, et tant d’autres ont tenu — et tiennent encore — un discours d’une radicalité politique que personne ne songe à interdire, et c’est tant mieux pour la liberté de création.
Que cette même liberté soit refusée, dans l’espace médiatique dominant, aux formations de l’autre bord, est une asymétrie qui devrait interroger tous ceux qui se réclament sincèrement du pluralisme culturel. On peut être en désaccord profond avec des chansons sans pour autant dénier au groupe le droit d’exister, de produire, de chanter et de pleurer ses morts comme les autres pleurent les leurs. La culture ne se subdivise pas en bonnes et mauvaises sensibilités. Elle se déploie ou elle s’asphyxie.
Le titre est disponible sur YouTube et sur les principales plateformes de streaming. Il marque le retour discographique du groupe quelques années après Réveille-toi ! (2021) et confirme la vitalité d’une scène musicale qui, malgré les obstacles et la censure, continue de produire et de toucher son public.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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